postmarketOS, Linux pour faire durer vos appareils pendant 10 ans
Sommaire
Walid: Bienvenue sur le podcast Projets Libres, le podcast de LinuxFr.org. Je suis Walid Nouh et aujourdâhui, on va parler de postmarketOS, un systĂšme dâexploitation Linux pour vos tĂ©lĂ©phones mobiles. Je suis trĂšs excitĂ© de faire cet enregistrement parce que je suis moi-mĂȘme utilisateur sur un de mes tĂ©lĂ©phones de postmarketOS et que quand je suis passĂ© au FOSDEM 2026 pour voir lâĂ©quipe, on mâa dit quâil nây avait pas de francophones. Mais en fait, si, il y en a deux francophones, ils sont avec moi ! Câest Antoine Martin et Ranny Bergamotte qui sont tous les deux des contributeurs de confiance de postmarketOS. Alors Ranny et Antoine, bienvenue sur le podcast. JâespĂšre que vous allez bien.
Antoine: Bien, merci bien Walid de nous avoir invitĂ©s Ă participer dans votre podcast. Oui, tout Ă fait. Mon nom câest Antoine Martin. Je suis contributeur de confiance, je pense, depuis dĂ©cembre [2025]. Je suis il et le pronom et lui. Donc, vraiment ravi dâĂȘtre ici.
Walid: OK, super. Et Ranny, bienvenue Ă toi aussi.
Ranny: Merci. Oui, je suis Ranny. Je suis contributeur de confiance depuis un an maintenant. Ă peu prĂšs deux ans que je suis dans le projet et je mâoccupe principalement de choses autour du marketing et dâart.
Présentation des invités
Walid: Top. On va commencer par vous prĂ©senter un peu plus en dĂ©tail. Donc, je vais vous laisser la parole pour nous dire qui vous ĂȘtes. Et puis, quand est-ce que vous avez commencĂ© Ă dĂ©couvrir le logiciel libre ? Ranny, je te laisse la parole si tu veux bien commencer.
Ranny: Oui, donc, comme jâavais dit, je fais principalement du marketing et de lâart. Donc, je suis un des contributeurs les moins techniques : le codage, je nây connais rien du tout. Mais il y a plein de choses Ă faire quand on est dans postmarketOS. Donc, en ce moment, je gĂšre le rĂ©pertoire pour le marketing. On a un rĂ©pertoire pour les Ćuvres dâart. Donc, par exemple, les stickers, jâen ai fait pas mal. On a eu des trams pour les confĂ©rences. Donc, ces petites choses-lĂ , il y a plein de petites choses comme ça quâil faut faire. Donc, je mâoccupe de ça. Et puis, câĂ©tait quoi lâautre question ? Jâai oubliĂ©.
Walid: Que tu dises qui tu es et puis comment tu as découvert le logiciel libre.
Ranny: Donc, pour dĂ©couvrir le logiciel libre, jâavais peut-ĂȘtre 14 ans, quelque chose comme ça. Et on mâavait donnĂ© un vieil ordinateur qui datait de, je ne sais plus, au moins 10 ans. Et ça marchait avec Windows 7. CâĂ©tait beaucoup trop long. Et donc, jâai mis Xubuntu. Câest lĂ oĂč jâai commencĂ© Ă utiliser Linux. Et puis, une fois que jâai utilisĂ© Linux, jâai tellement aimĂ© que⊠Ensuite, quand jâai un autre ordinateur, jâĂ©tais retournĂ© sur Windows pour quelque temps. Mais aprĂšs, il y avait Windows 11. Et ça mâa tellement agacĂ© que jâai dĂ©cidĂ© de retourner Ă Linux.
Et puis, depuis, puisque je ne contribue pas financiĂšrement Ă mes projets, je me suis mis Ă contribuer avec mon temps : puisque je suis Ă©tudiant, jâavais du temps. Donc je me suis mis Ă contribuer aux projets de logiciels libres. Et un jour je voulais essayer dâutiliser Linux sur les tĂ©lĂ©phones mobiles, donc jâai achetĂ© un PinePhone Pro. Et jâai mis postmarketOS dessus.
Dâailleurs, câest un peu une histoire marrante. Le PinePhone Pro, son modem, en fait, je lâai cassĂ©. Et pendant trois mois, jâai essayĂ© de le refaire marcher. Jâai ouvert le tĂ©lĂ©phone, etc. Et Ă la fin, jâai pu rĂ©ussir Ă le rĂ©parer. Par contre, le modem ne marche toujours pas, parce que les rĂ©seaux dâInternet ici, en AmĂ©rique, ne supportent pas le tĂ©lĂ©phone⊠Et donc, je ne lâutilise toujours pas. Mais je me suis retrouvĂ© avec postmarketOS, donc voilĂ , ça, câest mon histoire.
Walid: Excellent. Et toi, Antoine ?
Antoine: Oui, en fait, mon histoire de dĂ©but ressemble beaucoup Ă celle de Ranny, dans la mesure que jâĂ©tais jeune, 14-15 ans, avec beaucoup de temps, puis surtout une frustration profonde avec Windows, qui mâa entraĂźnĂ© Ă installer Linux pour une premiĂšre fois. En fait, ça a pris trois tentatives Ă lâĂ©poque, mais la troisiĂšme, jâĂ©tais vendu. Puis, depuis les annĂ©es, jâai continuĂ© dâutiliser Ă©videmment Linux.
La question sâest posĂ©e pour moi de comment est-ce quâon pourrait libĂ©rer le mobile ? Et moi aussi, mon background, mes expĂ©riences ne sont pas trĂšs techniques. Jâen ai pas Ă©tudiĂ© en informatique. Jâai vraiment appris, comme on dit au QuĂ©bec, sur le tas. En fait, jâai commencĂ© avec Alpine Linux en matiĂšre de contribution au le logiciel libre. Jâai beaucoup appris Ă travers lâadministration systĂšme.
Et donc, naturellement, je suis devenu mainteneur de paquets. Et Ă©ventuellement, je voulais donner mon temps Ă postmarketOS. Surtout pour on a tout un chantier de gouvernance en ce moment, et jâai une certaine expertise en la matiĂšre. MalgrĂ© mes Ă©tudes en sociologie, jâai eu beaucoup de temps Ă apprendre comment fonder des organismes, surtout des organismes communautaires. Et donc, je me suis dit, je pourrais contribuer. Et donc, en ce moment, je travaille beaucoup sur la gouvernance, sur la crĂ©ation de lâentitĂ© lĂ©gale de postmarketOS. On en parlera dâavantages tantĂŽt, mais aussi rĂ©flĂ©chir Ă comment nous pouvons rendre nos espaces accessibles pour des personnes de divers profils. Donc, voilĂ .
Quâest-ce que postmarketOS ?
Walid: TrĂšs intĂ©ressant, ces prĂ©sentations. La premiĂšre chose quâon peut faire, câest commencer par expliquer, pour les gens qui ne connaissent pas, qui nâauraient pas Ă©coutĂ© les Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents, comment est-ce que vous dĂ©finiriez postmarketOS ? Antoine, est-ce que tu veux commencer ?
Antoine: Je pourrais y aller, tout Ă fait. A priori, on lâa dĂ©jĂ mentionnĂ©, câest un systĂšme dâexploitation basĂ© sur Linux qui vise Ă sâinstaller sur des smartphones, des tĂ©lĂ©phones intelligents, et câest open source, du logiciel libre, basĂ© sur Linux. En ce moment, le public cible, Ă©tant un projet relativement nouveau, en 2017 câest nouveau, câest vraiment des dĂ©veloppeurs, des hackers, des hobbyistes, des amateurs, amatrices, des personnes qui donc nĂ©cessairement vont ĂȘtre plus habiles avec la technologie.
Mais Ă©videmment, dans nos horizons, on veut sâadresser au grand public dans le but que nos tĂ©lĂ©phones soient vraiment les nĂŽtres. Donc, la mission, câest vraiment de dĂ©velopper des logiques libres visant le mobile, visant Ă prolonger la durĂ©e de vie des appareils Ă©lectroniques grand public, et surtout en donnant aux utilisateurs les moyens de contrĂŽler pleinement leurs appareils.
Donc, comme ça sâarticule donc sous deux points, le dĂ©veloppement durable, on sâentend, les tĂ©lĂ©phones ne sont pas faits pour durer longtemps, et donc nous, on veut vraiment soutenir des tĂ©lĂ©phones pour plusieurs annĂ©es, nous visons 10 ans. Et le deuxiĂšme aspect, câest vraiment lâaspect de souverainetĂ© numĂ©rique. Nous pensons que les ordinateurs devraient agir dans lâintĂ©rĂȘt de leur personne utilisatrice, donc ne pas contribuer au cauchemar quâelle reprĂ©sente la publicitĂ© ciblĂ©e en matiĂšre de confidentialitĂ©. Et donc, nĂ©cessairement, on a une vision Ă©mancipatrice des grands GAFAM, les grandes entreprises de technologie qui, on le voit bien aujourdâhui, nous causent bien des problĂšmes. Donc, ça, je dirais que ce sont les aspects les plus importants.
Walid: En quoi postmarketOS serait diffĂ©rent des autres distributions Linux quâon va trouver actuellement pour ces tĂ©lĂ©phones ? Quâest-ce qui fait vraiment la diffĂ©rence de postmarketOS ?
Antoine: Donc, comment, par exemple, se distingue dâAndroid (qui est basĂ© sur downstream Linux), qui serait, on sâentend, lâalternative la plus directe ? TrĂšs simplement, Android, bien que câest du logiciel libre dans le sens grand du terme, Google fait le dĂ©veloppement direct de ce systĂšme dâexploitation. Nous, on voit un enjeu avec ça et on le voit depuis plusieurs annĂ©es que Google, de plus en plus, encadre le dĂ©veloppement dâAndroid, rend difficile lâaccĂšs Ă son Ă©cosystĂšme Ă des projets libres.
Nous avons donc un rapport critique avec Android, vu que câest un Ă©cosystĂšme qui se ferme de plus en plus, un peu Ă la Apple. Et de plus en plus, il est pratiquement impossible dâutiliser Android et iOS par extension, sans compte Google ou Apple. Au sein mĂȘme de ce systĂšme dâexploitation, il y a intĂ©gration directe de publicitĂ© ciblĂ©e par des choses techniques comme Advertising ID Client, de choses qui donnent une identitĂ© directe Ă nos tĂ©lĂ©phones, permettant aux publicitaires de nous cibler directement. Cela cause, pour nous, un problĂšme au niveau de la vie privĂ©e, la protection de la confidentialitĂ©.
Et donc, de plus en plus, il y a comme cette promotion dâapplications qui sont propriĂ©taires, qui collectionnent nos donnĂ©es Ă©galement. Je pourrais en dire davantage, les problĂšmes avec Android que nous, on identifie. A partir de septembre 2026, il va devenir de plus en plus compliquĂ©, en fait, impossible, dâinstaller des applications de tierce partie sur Android, sans passer par Google Play, sans passer par toute la structure de confirmation dâidentitĂ© des personnes qui dĂ©veloppent les applications, et donc dâĂȘtre obligĂ©s finalement, malgrĂ© Android comme plateforme dite ouverte, de se conformer Ă la vision de Google.
Tout en, et ça, le contexte politique plus large peut ĂȘtre introduit, tout en Ă©tant dans un contexte politique, surtout aux Ătats-Unis, de fascisation des entreprises GAFAM, ça, câest les grandes Google, Apple, Amazon, etc., etc. Et donc, on se retrouve vraiment dans un contexte politique oĂč politiquement, en tant que personne utilisatrice, on est rendu vulnĂ©rable. Et donc, nous, on sâinscrit lĂ -dedans, en voulant dĂ©velopper, se dĂ©marquer dâAndroid, et vouloir vraiment mettre des bases non seulement techniques, mais aussi au niveau social, politique, pour que, comme on lâa mentionnĂ© tantĂŽt, que finalement, les applications, les tĂ©lĂ©phones, les ordinateurs quâon utilise sont Ă nous, et pour nous.
Puis, je pourrais aussi en dire aussi davantage sur comment on sâinscrit dans lâĂ©cosystĂšme de Linux plus largement. Bien quâon se dĂ©marque dâAndroid, un rapport critique ce genre-lĂ de projet, nous voulons aussi sâinscrire trĂšs directement dans lâĂ©cosystĂšme Linux pour permettre la collaboration avec dâautres distributions de Linux sur mobile. Donc, on travaille explicitement avec dâautres partenaires pour dĂ©veloppe, le kernel Linux et dâautres interfaces telles que Phosh](phosh.mobi/), Plasma, Gnome, SXMO, ModemManager, ModemManager, donc tous les projets auxquels nous contribuons activement.
Le produit de ces projets-lĂ , on en bĂ©nĂ©ficie, mais on fait du dĂ©veloppement quâon contribue ensuite upstream. Et aussi au niveau du dĂ©veloppement kernel, on a une approche qui vise Ă contribuer directement au kernel mainline. Le terme francophone mâĂ©chappe, mais jâespĂšre que les personnes vont ĂȘtre en mesure de nous suivre. Et donc, ça, ça fait quâon ne se met pas dans notre coin Ă faire nos affaires tout seul. On veut sâinscrire, on sâinscrit dans un Ă©cosystĂšme plus large qui vise des horizons similaires aux nĂŽtres.
Walid: Je pense quâon en reparlera peut-ĂȘtre aprĂšs, mais effectivement, cette contribution avec lâupstream direct kernel mainline, peut-ĂȘtre officielle, je ne sais pas comment on dit en français, mais câest quelque chose qui est assez diffĂ©rent dâautres distributions Linux. Je pense Ă des gens comme Ubuntu Touch ou mĂȘme SailfishOS qui ont pris des branches diffĂ©rentes. Moi, câest ça qui mâa attirĂ© aussi pas mal sur postmarketOS. CâĂ©tait le fait de dire que, en fait, si les gens, ils font le travail une fois dâupstream, de remonter au niveau du kernel Linux les modifications, aprĂšs, en fait, ça bĂ©nĂ©ficie Ă tout le monde et puis le travail, il est dĂ©jĂ fait. Donc, voilĂ , câest ça que je trouvais intĂ©ressant.
Antoine : 100%. Parce que tout Ă fait, il faut que nos ressources soient partagĂ©es avec dâautres projets. Ăa, câest la force du logiciel libre. Câest ĂȘtre en mesure de mutualiser notre temps, notre Ă©nergie, nos ressources, notre infrastructure dans une telle maniĂšre que lâon puisse tous et toutes en bĂ©nĂ©ficier. Et câest pour ça dâailleurs, que dâautres projets comme le nĂŽtre utilisent plutĂŽt les kernels comme Android. Ou plutĂŽt les kernels qui sont dĂ©veloppĂ©s par ou qui sont fournis par les fabricants directement. Et donc nous, nĂ©cessairement, lorsquâon commence le port, le dĂ©veloppement pour un tĂ©lĂ©phone intelligent, nĂ©cessairement au dĂ©but on utilise des kernels quâon appelle downstream, mais trĂšs vite, on dĂ©courage, en fait, leur utilisation. On a mis une structure de dĂ©veloppement en place qui pousse Ă faire le mainline le plus que possible. Justement, pour Ă©viter un scĂ©nario dans lequel on nâa finalement pas vraiment, la capacitĂ© Ă mettre Ă jour nos propres kernels, nos biens. En tout cas, je mâĂ©pargne un peu, mais on va en parler plus tantĂŽt, sans doute.
Lâhistoire de postmarketOS
Walid : Maintenant, on pourrait commencer par revenir au tout dĂ©but. Moi, ce que jâaimerais que vous nous expliquiez, parce que moi, je ne la connaissais pas, câest lâhistoire de postmarketOS. Je lâai dĂ©couvert Ă travers les podcasts de postmarketOS, mais ça on en parlera un peu plus tard.
Et donc, Dans le tout premier Ă©pisode de podcast, on parle de lâhistoire de postmarketOS, ce qui est assez intĂ©ressant. Peut-ĂȘtre, Ranny, est-ce que tu veux nous expliquer, si tu sais, comment naĂźt postmarketOS, qui travaille dessus et pourquoi la personne dĂ©cide de crĂ©er postmarketOS ?
Ranny : Oui, postmarketOS a Ă©tĂ© créé en 2016 par Ollie Paranoid. Donc, ça a Ă©tĂ© créé en 2016 en privĂ©, puis il a publiĂ© en 2017. Donc, câest Oliver Smith et son pseudo sur internet, câest Ollie Paranoid.
Il avait mis sur Hacker News et Reddit. Et il y a eu pas mal de gens qui ont trouvĂ© le projet et qui se sont joints. Et donc, ça a créé un communautĂ©. Puis, ca a créé lâĂ©quipe qui est devenue lâĂ©quipe dâaujourdâhui.
La raison pour laquelle il avait créé ça, câĂ©tait parce quâĂ lâĂ©poque, Il Ă©tait trĂšs frustrĂ© avec les offres de logiciels pour tĂ©lĂ©phone, comme on avait parlĂ© un peu plus tĂŽt. Avec Android, il y a des problĂšmes de souverainetĂ© digitale et de vie privĂ©e. Et iOS nâest pas mieux non plus. Et aussi, Ă ce moment aussi, Il y avait quelques projets de linux sur mobile qui existaient dĂ©jĂ , mais le problĂšme, câĂ©tait quâils ne sont que pour des tĂ©lĂ©phones spĂ©cifiques. Et donc, si tu voulais avoir un tĂ©lĂ©phone diffĂ©rent avec Linux, Il fallait faire une distribution complĂštement nouvelle. Il Ă©tait trĂšs frustrĂ©e avec ça et avait essayĂ© de faire une distribution qui marche sur plusieurs tĂ©lĂ©phones. La façon dont il a dĂ©cidĂ© de faire ça, Câest en utilisant des paquets pour les tĂ©lĂ©phones spĂ©cifiques qui permet dâavoir une distribution qui marche pour plusieurs tĂ©lĂ©phones. Et le tout est assemblĂ© avec pmbootstrap qui est un outil qui permet de gĂ©nĂ©rer lâimage. Et cela permet aussi de faire des dĂ©veloppements beaucoup plus vite en utilisant les paquets dâAlpine. Et donc, oui, Il y a des gens qui ont trouvĂ© le projet intĂ©ressant, ils sont joints, Et puis voilĂ .
Walid : DĂšs le dĂ©part, Ollie avait dans lâidĂ©e de supporter pas mal de tĂ©lĂ©phones ?
Ranny : Câest un peu la raison pour laquelle il avait créé la distribution, parce que tous les autres nâavaient pas cette fonctionnalitĂ©.
Walid : Et dÚs le départ, il avait dit « on va supporter les téléphones pour 10 ans » ?
Ranny : Oui, donc originalement, la question, câĂ©tait le nom de la distribution, et il sâest dit quâon ne peut pas dire « distribution contre lâindustrie principale », ce nâest pas un nom normal. Et donc, Il a pensĂ© que le problĂšme, câest que les tĂ©lĂ©phones Android ont tendance Ă ne que recevoir des mises Ă jour pendant 2-3 ans ou plus. Peut-ĂȘtre des mises Ă jour de sĂ©curitĂ© 3 ans au plus, câest Ă peu prĂšs tout. Et donc, tu es constamment forcĂ© Ă acheter un nouveau tĂ©lĂ©phone.
Donc, du coup, il pensait sur ça, et le nom est devenu postmarketOS : post, qui est aprĂšs, market, le marchĂ©. Donc, câest les tĂ©lĂ©phones qui sont aprĂšs marchĂ©. Il a ensuite pensĂ© : câest quoi un tĂ©lĂ©phone qui est vraiment aprĂšs marchĂ© et quâon pourrait supporter ? Le Nokia N900, qui avait dĂ©jĂ 10 ans Ă ce point-lĂ . Et il a dit, allons, faisons un support de 10 ans. Et donc, Il a ajoutĂ© le support pour le Nokia N900.
Nokia N900 tournant sur postmarketOS (source postmarketOS wiki)
Walid : Au dĂ©but, quand il crĂ©e postmarketOS, câest juste un collectif. Câest-Ă -dire, câest juste des gens qui viennent et qui commencent Ă travailler ensemble. Il nâa pas créé de structure particuliĂšre. Il nây a pas dâassociation. Il nây a rien au dĂ©part ?
Ranny : Au dĂ©but, je recommande le premier Ă©pisode [du podcast] de postmarketOS, les choses sâĂ©taient assemblĂ©es, un peu comme ça. Ils en parlent, par exemple, dans le premier [Ă©pisode du] podcast. CâĂ©tait en 2020, donc ça fait trois ans aprĂšs le dĂ©but le projet.
Au dĂ©but, ils avaient mis en place un systĂšme pour construire les paquets binaires. Il y avait un serveur qui Ă©tait dans le placard et câĂ©tait une chose quâil fallait quâil le fasse fonctionner lui-mĂȘme. Donc il y avait plein de choses comme ça.
Walid : CâĂ©tait artisanal, quoi.
Ranny : VoilĂ , parfait, artisanal. Et donc, oui, au dĂ©but, CâĂ©tait vraiment comme ça. Je pense aussi, par exemple, que les deux autres contributeurs qui Ă©taient sur le podcast ont dit, quâils ont commencĂ© Ă travailler dessus. Bon, Ollie Ă©tait la seule personne qui avait les permissions. Donc, il a dit, « voici tes permissions maintenant ». Bien sĂ»r, maintenant, on fait un peu plus attention. Mais dans ces temps-là ⊠Oui, Ils Ă©taient en train de juste faire du hacking et de construire le systĂšme.
Walid : DâaprĂšs le premier Ă©pisode, jâai lâimpression que les toutes premiĂšres personnes qui sont arrivĂ©es, câest plutĂŽt des europĂ©ens ?
Ranny : Oui, Il y avait aussi Clayton qui est de lâAmĂ©rique, sur le cĂŽtĂ© ouest. Mais oui, sinon, principalement, Câest EuropĂ©ens. Jâai lâimpression mĂȘme plus que câest beaucoup de contributeurs en Allemagne. Mais principalement en Europe et ça, câest, je pense, parce que les projets libres sont gĂ©nĂ©ralement plus connus et faits en Europe quâen AmĂ©rique.
Walid : Antoine, est-ce que tu as des choses Ă rajouter ?
Antoine : Dans le fond, oui. MĂȘme avant, la crĂ©ation dâun processus actuel de se doter dâune entitĂ© lĂ©gale, je pense que ça fait depuis au moins 2-3 ans que les pratiques de gouvernance sont re-questionnĂ©es au sein de postmarketos pour que, finalement, on puisse mieux travailler ensemble et intĂ©grer de plus en plus de personnes.
En fait, je pense que ça fait trois ans, ou deux ans que le programme de contributeurs de confiance a Ă©tĂ© créé, permettant finalement de sortir un peu du collectif initial, et intĂ©grer des nouvelles personnes pour ĂȘtre en mesure dâĂ©tendre nos capacitĂ©s de dĂ©veloppement davantage.
Donc, ça, câest quelque chose qui est quand mĂȘme, je dirais, pour moi un point critique dans lâhistoire de postmarketOS, parce que ce nâest pas tous les projets qui ont. Ce rĂ©flexe-lĂ de se questionner à « Ah, mais comment est-ce quâon peut sâĂ©tendre ? Comment est-ce quâon peut sortir de notre collectif de fondateurs, fondatrices originales ? »
Ranny : Pour ajouter à ça, nous nous sommes agrandi, surtout ces quelques derniÚres années, grùce à cette structure de gouvernance et à grùce à nos efforts. Le projet est plus visible.
Je pense que, Pablo avait qui a contribuĂ© Ă notre Ă©quipe, avait dit « ça nous a pris plus de six ans Ă avoir six ou huit contributeurs sur lâĂ©quipe, mais sur les quatre derniĂšres annĂ©es, je pense, on a eu ajoutĂ©, je ne sais plus, 12 ou 14 nouveaux contributeurs ». Donc, notre projet est toujours en train dâagrandir, surtout, ces derniĂšres annĂ©es, On a pu vraiment avancer sur des projets, faire de lâautomatisation et vraiment faire de nouvelles choses et de nouveaux projets dans postmarketOS.
Quels matériels font tourner postmarketOS
Walid : Oui, câest trĂšs intĂ©ressant, cette histoire. Actuellement, pour donner une idĂ©e aux gens, vous estimez quâil y a combien de tĂ©lĂ©phones qui sont supportĂ©s ? Et dâailleurs, est-ce quâil nây a que des tĂ©lĂ©phones ou est-ce quâil y a aussi des ordinateurs, des tablettes ? Quâest-ce que vous en savez du nombre dâappareils supportĂ©s ?
Ranny : Oui, donc je sais quâil y a environ une centaine de tĂ©lĂ©phones qui sont plutĂŽt bien supportĂ©s. Il y a pas mal de tĂ©lĂ©phones qui sont downstream, donc ce sont des contributeurs individuels qui ont mis ensemble un paquet pour faire marcher, mais ils nâutilisent pas nĂ©cessairement des versions de Linux les plus rĂ©cents.
Et puis, bien sĂ»r, on supporte des matĂ©riels autres que les tĂ©lĂ©phones. Donc, postmarketOS nâest pas que les tĂ©lĂ©phones, ça câest trĂšs important, on veut faire plus que juste les tĂ©lĂ©phones maintenant. Donc, bien sĂ»r, il y a les tĂ©lĂ©phones vieux comme Nokia, il y a les tĂ©lĂ©phones de nos jours. Un de nos membres, Luca [Weiss], en fait partie de Fairphone. Et donc, le Fairphone 5 et 6, quand ils sont sortis, on a reçu support dans postmarketOS dĂšs le premier jour. Donc, on a des tĂ©lĂ©phones vieux et nouveaux. On a des tablettes, donc on a diffĂ©rentes tablettes.
On a aussi des Chromebooks, parce que pas mal de Chromebooks fonctionnent sur ARM et non pas x86. Donc, on supporte pas mal de Chromebooks. Bien sĂ»r, les laptops et les PC Ă la base de x86, on les supporte, il nây a pas de problĂšme lĂ . Il y a aussi les SBC (Single board computer), donc par exemple le Raspberry Pi ou le Radxa, diffĂ©rentes SBC de Radxa. Il y a dâautres choses qui sont aussi supportĂ©es. Ce que jâaime beaucoup avec postmarketOS, câest de voir toutes les diffĂ©rentes façons dont les matĂ©riels sont utilisĂ©s. Il y a des gens qui utilisent des tĂ©lĂ©phones pour faire du VJing ou de lâart.
postmarketOS sur un Chromebook Asus Flip CM3 (source wiki postmarketOS)
Ah oui, jâavais vu aussi Ă un moment, Luca avait postĂ© sur comment ils avaient attachĂ© des lunettes intelligentes avec des Ă©crans, attachĂ© Ă un tĂ©lĂ©phone qui marchent postmarketOS. Il y a des gens qui ont mis des choses comme un cluster de kubernetes sur leur tĂ©lĂ©phone. Il y a une personne qui avait utilisĂ© leur tĂ©lĂ©phone pour faire un serveur pour faire fonctionner leur imprimante en 3D. Il y avait pas mal de serveurs. Il y avait quelquâun qui avait aussi un serveur de Matrix.
Jâavais aussi vu un post oĂč quelquâun avait utilisĂ© un montre qui faisait marcher le postmarketOS sur la montre. Et la montre Ă©tait comme un collier pour une petite poupĂ©e, câĂ©tait trĂšs mignon. Et oui, il y a plein de tĂ©lĂ©phones, plein dâautres petits matĂ©riels plus exotiques comme les montres, les lunettes, etc. Et avec tous des fonctionnements diffĂ©rents.
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Walid : Et Antoine, par exemple, quels sont les matĂ©riels qui sont le mieux supportĂ©s ? Câest-Ă -dire, si par exemple, je nâai pas de tĂ©lĂ©phone encore et que je veux essayer de postmarketOS et que je veux essayer de me trouver, par exemple, en seconde main, un tĂ©lĂ©phone. Enfin, en seconde main ou si je veux en acheter un. Mais quâest-ce que le projet recommande comme tĂ©lĂ©phone pour avoir un bon support ?
Antoine : Câest cette question qui nous a amenĂ© Ă retravailler nos diffĂ©rentes catĂ©gories dâappareils que lâon soutient. Nous avons en fait quatre catĂ©gories qui nous permettent de communiquer les attentes que les personnes utilisatrices devraient avoir des appareils que nous soutenons. Soit downstream, testing, communautĂ© et main.
La catĂ©gorie main est vraiment par excellence pour communiquer que cet appareil-lĂ est le mieux soutenu. En fait, on a retravaillĂ© la catĂ©gorie main pour Ă©vacuer tous les appareils que lâon nâest pas en mesure de dire que ça, câest prĂȘt pour ĂȘtre utilisĂ© de façon quotidienne. Et finalement, on a zĂ©ro appareil. Câest pour ça quâon a retravaillĂ© cette catĂ©gorie-lĂ . Câest pour se donner des hauts standards pour cette catĂ©gorie-lĂ . En ce moment-lĂ , on a zĂ©ro appareil que lâon peut dire 100 % tout est utilisable. Mais câest de cette perspective-lĂ , oui.
Pour rĂ©pondre Ă ta question, en ce moment, puisque le projet est Ă un niveau oĂč câest plus pour des personnes qui dĂ©veloppent, les personnes qui sont des hobbyistes, on nâest pas encore du lĂ . Cela dit, moi, mon dada aussi, câest de soutenir des appareils plus exotiques. Je suis personnellement le mainteneur pour PineNote, qui est un appareil, une tablette ayant un Ă©cran e-ink, donc de liseuse Ă©lectronique. Je pense que les tablettes, les laptops, câest des appareils qui sont trĂšs faciles Ă soutenir parce que, justement, il nây a pas les composantes les plus complexes, comme les modems, qui sont trĂšs difficiles Ă dĂ©velopper pour parce quâil y a souvent du code propriĂ©taire quâil faut redĂ©velopper, finalement.
Walid : Les tablettes, ça a un autre avantage aussi, mais peut-ĂȘtre on en parlera plus tard, câest que lâĂ©cran, il est plus grand. Et donc, tu as moins de problĂšmes avec le cĂŽtĂ© responsif des applications que tu peux avoir sur le petit tĂ©lĂ©phone. Il y a plein dâapplications oĂč, en fait, tu es obligĂ© de mettre en 100 % parce que sinon, ça dĂ©borde de lâĂ©cran. Et quand tu mets en 100 %, câest tout petit, tu nâarrives plus trop Ă voir parfois oĂč tu cliques et tout. Alors que la tablette, certainement, câest mieux que ses fins. Câest agrĂ©able comme format. Oui, Ranny?
Ranny : GrĂące aux efforts des projets upstream, le support pour les Ă©crans plus petits ces derniĂšres annĂ©es a beaucoup augmentĂ©, surtout dans les projets comme GNOME et Plasma Mobile. Maintenant, on a les applications qui utilisent Kirgami. Le suivant pour GNOME, câest GTK, les choses qui sont dessus GTK. Zut, jâai oubliĂ©, ce que câest (Adwaita).
Walid : Bon, ce nâest pas trĂšs grave.
Ranny : VoilĂ , surtout avec GNOME et Plasma Mobile, les applications pour les Ă©crans plus petits, le support a beaucoup augmentĂ© ces derniĂšres annĂ©es. Donc, on est trĂšs contents quâupstream nous aide avec ça.
Antoine : Oui, puis si je peux me permettre un bĂ©mol pour la catĂ©gorie communautaire, il y a encore bien des appareils que tu peux utiliser facilement. Le soutien est bien. Mais pour nos standards, on nâĂ©tait pas encore rendu lĂ . Donc, aussi, dans la catĂ©gorie main quâon a retravaillĂ©e, on prĂ©voit justement quâil y ait comme toute une Ă©quipe, que les mainteneurs ne soient pas juste une personne qui peut disparaĂźtre, ou devenir occupĂ©e, ou avoir des enfants, mais quâil y ait une Ă©quipe entourant ces appareils-lĂ pour quâon puisse vraiment vĂ©ritablement offrir une structure de soutien autour de cet appareil-lĂ . Pour que finalement, les personnes qui installent ça, nâaient pas besoin de se soucier quâune mise Ă jour va briser quelque chose. Ăa, câest ce quâon veut Ă©viter.
Walid : Mais si lĂ , aujourdâhui, par exemple, je suis un peu geek, jâai envie de tester, le projet postmarketOS, il recommanderait de partir sur quel tĂ©lĂ©phone ? Est-ce quâil y a des tĂ©lĂ©phones qui sont⊠Vous savez que câest globalement, mĂȘme si ce nâest pas parfait, câest bien supportĂ©, et que si je prends ce tĂ©lĂ©phone-lĂ , ça va fonctionner.
Ranny : Je dirais surtout de regarder un autre wiki, oĂč il y a tous les tĂ©lĂ©phones listĂ©s, mais je sais, par exemple, le OnePlus 6 et le Pixel 3a sont des tĂ©lĂ©phones qui sont avec de plutĂŽt bons supports. Les choses comme tĂ©lĂ©phoner avec le modem marchent. Et aussi, Fairphone, parce quâon a le support de Luca, et aussi ces tĂ©lĂ©phones ont des trĂšs bons supports. Donc les tĂ©lĂ©phones de Fairphone plutĂŽt marchent bien. Donc, câest ce que je recommande, mais encore, regardez sur le wiki pour plus de dĂ©tails.
Antoine : Oui, tout Ă fait. Dans le fond, on a tout documentĂ© sur nos wikis et documentĂ© de façon trĂšs en dĂ©tail les fonctionnalitĂ©s qui sont soutenues sur les appareils. Donc, il y a une page juste pour les appareils au niveau soutien communautaire. Et juste en regardant ça, mettons le Purism Libre 5, sur toutes les colonnes, câest oui, câest soutenu. Et donc, le OnePlus 6, comme tu avais mentionnĂ©, le Fairphone. AprĂšs, il y a des fonctionnalitĂ©s dans lesquelles ils sont partiellement soutenus. Par exemple, ici, je regarde le Fairphone 4 au niveau des appels et de la camĂ©ra, câest soutenu partiel, câest-Ă -dire quâon nâest pas en mesure de dire que ça va toujours fonctionner ou que la qualitĂ© va ĂȘtre excellente.
Walid : Pour les auditrices et les auditeurs qui voudront savoir plus typiquement sur pourquoi le OnePlus 6 et 6T, sont des appareils qui sont super bien supportĂ©s sous Linux, je vous invite Ă aller Ă©couter lâĂ©pisode avec Arnaud Ferraris dâintroduction de Linux sur mobile parce quâil revient assez en dĂ©tail sur ces plateformes-lĂ et pourquoi elles sont bien supportĂ©es. VoilĂ , donc câĂ©tait un petit apartĂ©.
Si on passe maintenant au fonctionnement de postmarketOS, alors lĂ , comment ça se passe le dĂ©veloppement ? Comment ça marche ? Quâest-ce quâil y a comme diffĂ©rentes fonctions ? Qui travaille sur quoi ? Comment est-ce que câest organisĂ©, le dĂ©veloppement ?
Walid : comment ça marche ? quâest-ce quâil y a comme diffĂ©rentes fonctions ? qui travaille sur quoi ? comment est-ce que câest organisĂ©, le dĂ©veloppement ?
Antoine : ça, câest mon dada parce que jâadore rĂ©flĂ©chir au workflow et comment on travaille ensemble. Câest ça qui fait la diffĂ©rence entre un projet Ă une personne et un projet Ă 100. A priori, tout le dĂ©veloppement se fait sur notre propre GitLab, notre propre forge de code. le repo central, je dirai, pmaports, est le repo dans lequel on a toutes les dĂ©finitions de paquets : les kernels, les paquets des appareils. Câest vraiment le cĆur du dĂ©veloppement.
Toutes les propositions de changement, les merge requests sont faites dans ce cadre-lĂ . On sâorganise Ă©galement de façon synchrone et asynchrone au niveau des dĂ©cisions. On se rencontre, il y a une rencontre aux deux semaines dâĂ©quipe oĂč tous les membres actuellement, les contributeurs au cĆur du projet, ainsi que les contributeurs de confiance, sont invitĂ©s Ă participer durant cette rencontre aux deux semaines qui durent gĂ©nĂ©ralement autour dâune heure. Toutes dĂ©cisions qui sont prĂ©sentĂ©es dans le cadre de ces rencontres-lĂ sont soumises Ă des votes de façon asynchrone sur GitLab. ceci permet, Ă toutes les dĂ©cisions, que toute personne, quâelle soit au Japon, aux Ătats-Unis, donc au niveau enjeu de temps, est en mesure de participer dans la gouvernance du projet, que ce soit au niveau gouvernance technique, au niveau gouvernance plus traditionnelle, au niveau des dĂ©cisions.
On a plusieurs comitĂ©s de travail, mais qui sont plus ad hoc. il nây a pas de comitĂ© de travail de façon permanente, sauf le comitĂ© finance, on pourra en discuter plus tard, au niveau de comment cela fonctionne. Selon les besoins de lâĂ©quipe, des comitĂ©s sont créés. Par exemple, moi, je suis sur le comitĂ© de fondation pour aider Ă faire le travail, finalement, pour la fondation de lâentitĂ© lĂ©gale. Le dĂ©veloppement est organisĂ© en attachant des mainteneurs Ă des paquets, des paquets qui gĂšrent, finalement, les appareils. Parfois, on a des Ă©quipes autour des appareils plus spĂ©cifiques. Oui, et puis jâai ignorĂ© quelques comitĂ©s plus permanentes
Ranny : il y a lâinfrastructure.
Antoine : oui, câest ça. il y a un comitĂ© infrastructure, qui donc sâoccupe nĂ©cessairement du GitLab et toute lâinfrastructure plus technique du projet. La finance, jâai dĂ©jĂ mentionnĂ©. On a aussi un comitĂ© qui gĂšre les rĂ©seaux en ligne, ainsi quâun comitĂ© qui gĂšre la phase de test des appareils avant de sortir une nouvelle version de postmarketOS.
Finalement on a aussi un comité permanent sur le code de conduite de la communauté, donc intervenir quand il y a des conflits ou quand il y a une personne qui ne respecte pas notre code de conduite.
Walid : une question. donc, ces rĂ©unions en ligne, toutes les deux semaines, Ă quelle heure câest fait ? parce que si tu as des gens qui sont aux Ătats-Unis, si tu as des gens qui sont au Japon, si tu as des gens qui sont en Europe, quel fuseau horaire vous utilisez ?
Antoine : notre fuseau horaire de rĂ©fĂ©rence, câest Europe centrale. Comme câest un projet oĂč la plupart des membres se retrouvent donc en Europe, câest vraiment le fuseau horaire le plus de rĂ©fĂ©rence. GĂ©nĂ©ralement, me semble, si je le traduis depuis mon fuseau horaire, câest en soirĂ©e. bon, pour moi, câest en aprĂšs-midi, on sâentend, Ă©tant Ă MontrĂ©al. NĂ©cessairement, ça veut dire quâil y a des personnes qui ne peuvent pas participer, dâoĂč pourquoi on a une composante asynchrone au niveau de comment les dĂ©cisions sont prises, ainsi que comment sont communiquĂ©es ces dĂ©cisions.
Ranny : et maintenant, on enregistre notre rencontre. Comme ça les gens qui ne peuvent pas y assister peuvent aussi entendre. Et puis on a bougĂ© toutes les dĂ©cisions pour quâelles soient non synchrones sur Gitelab. Cela permet de faire les dĂ©cisions sans ĂȘtre dans les rĂ©unions. Dâailleurs, toutes nos notes de rĂ©union sont ensuite mises publiquement sur le Handbook. MĂȘme le public peut savoir de quoi on a parlĂ© dans chaque rĂ©union parce quâon veut ĂȘtre Ă une organisation trĂšs transparente. VoilĂ .
Walid : et pour la communication au quotidien, vous avez un canal Matrix. quâest-ce que vous avez pour chatter entre vous au quotidien ?
Antoine : oui, oui, je dirais. notre Matrix. On a des canaux IRC, puis Matrix. Nos canaux IRC sont davantage pour le commun des mortels qui contribuent Ă postmarketOS, tandis que Matrix, câest plus pour la communication entre les contributeurs de confiance et les contributeurs plus centraux. Câest le moyen par lequel on communique principalement.
Chaque contributeur a aussi un courriel, mais ça, câest plus utilisĂ© pour communiquer quâil y a une dĂ©cision qui est soumise Ă un vote et quâon invite tous et toutes Ă y participer pour quâon ait un quorum sur cette dĂ©cision-lĂ . Câest un autre aspect aussi Ă mettre au clair. on a aussi toute petite dĂ©cision, elle est soumise Ă un quorum de 25 %. donc, câest vraiment pour souligner Ă quel point on a des attentes envers nous-mĂȘmes relatifs Ă lâaspect dĂ©mocratique de notre projet.
Les profils des membres de lâĂ©quipe
Walid : dans toute lâĂ©quipe, lĂ , par exemple, Ranny, toi, tu as plutĂŽt un profil sur le projet artistique. tu ne fais pas forcĂ©ment du code. il y a diffĂ©rents types de profis. Quâest-ce quâon peut dire sur le profil des gens qui sont lĂ ? Je pense quâil y a des gens trĂšs techniques, des gens peut-ĂȘtre un peu moins ?
Ranny : oui, donc, il y a des gens divers, en effet. La partie artistique est vraiment plutĂŽt petite, mais je sais que, par exemple, on a un contributeur dikasp qui ne fait que les fonds dâĂ©cran. Ce sont de trĂšs jolis fonds dâĂ©cran.
Et puis, de temps en temps, on a des contributeurs qui viennent pour mettre des stickers ou dâautres fonds dâĂ©cran. jâavais aussi travaillĂ© avec PastelSolitude pour faire une nouvelle mascotte. En français, je ne sais pas.
Walid : oui, une mascotte, câest ça.
Ranny : une mascotte, ok. de faire une nouvelle mascotte. Donc nous espĂ©rons pouvoir avoir une nouvelle mascotte quand le nouveau nom du projet sortira dans le futur. on ne peut pas dire grand-chose sur ça pour lâinstant, mais ça va arriver. Et donc, oui, nâimporte qui peut se joindre [au projet]. Je sais aussi, par exemple, cĂŽtĂ© non technique, Antoine pourrait en dire plus sur cela, mais des gens qui travaillent sur la gouvernance et la finance.
Le futur changement de nom de postmarketOS
Walid : attends, pourquoi vous voulez changer de nom ? pourquoi pas postmarketOS ? pourquoi changer ce nom-lĂ ?
Ranny : on veut Ă©ventuellement changer notre nom parce que postmarketOS est un peu long. On trouve que le nom nâest pas trĂšs joli, et on veut dĂ©passer lâidĂ©e quâon est coincĂ©s sur les appareils qui sont vieux. Maintenant on fait du support pour les nouveaux appareils comme le Fairphone.
On veut Ă©ventuellement, dans le futur, peut-ĂȘtre travailler avec des fabricants de tĂ©lĂ©phones. et donc, on veut dĂ©passer cette idĂ©e que postmarketOS est uniquement pour les appareils plus vieux, et on veut un nouveau nom.
Cela nous a pris un peu de temps de dĂ©cider. On a trouvĂ© un nom : malheureusement, on nâa pas encore finalisĂ© le truc de trademark [marque dĂ©posĂ©e], mais en principe, ça devrait arriver, jâespĂšre bientĂŽt. On verra. ça prend du temps, ces choses-lĂ .
Le rythme de sortie des versions
Walid : Antoine, tu voulais rajouter quelque chose ?
Antoine : oui, je pourrais aussi mentionner comment on gĂšre les frĂ©quences de sortie, comme câest aussi un aspect important de notre fonctionnement et puisque notre upstream, câest Alpine Linux.
On suit donc la sortie dâAlpine Linux. Chaque version de postmarketOS est rattachĂ©e Ă la derniĂšre version stable dâAlpine. Par exemple, en ce moment, on attend toujours la sortie dâAlpine Linux version 3.24 pour ensuite commencer la phase de test de postmarketOS version 26.06, qui nous permet finalement de faire une sortie. GĂ©nĂ©ralement Ă peu prĂšs un mois plus tard quâAlpine Linux.
Donc, ça, ça veut dire quâentre les sorties, il se passe six mois, et on a toujours un canal quâon appelle Edge, qui est toujours en cours de dĂ©veloppement. merci.
Walid : je nâai pas posĂ© la question au dĂ©part, mais pourquoi sâĂȘtre basĂ©s sur Alpine Linux ?
Ranny : je pense quâon lâavait fait avec Alpine Linux parce quâAlpine Linux est un systĂšme qui est trĂšs lĂ©ger. Et pour le tĂ©lĂ©phone, câest extrĂȘmement important parce que, surtout les vieux tĂ©lĂ©phones, quelque chose qui nâest pas lĂ©ger ne marchera pas.
Antoine : oui, puis je rajouterais lĂ -dessus que, peut-ĂȘtre que câest le mainteneur de paquets en moi qui parle dâAlpine Linux, mais je trouve le gestionnaire de paquets dâAlpine Linux trĂšs Ă©lĂ©gant. Les dĂ©finitions de paquets sont trĂšs accessibles. câest mon impression. Ranny, je ne sais pas si tu peux me confirmer, mais mon impression, câest Ă©galement que, durant la confection de lâinfrastructure, nĂ©cessairement une infrastructure qui doit soutenir plusieurs diffĂ©rents types de processeurs, soit x86, ARM, ARM32, ARM64, RISC-V, etc., etc. il y a peu de distributions qui sont en mesure dâoffrir une infrastructure si dynamique, puis si accessible, comme le principe KISS, Keep It Stupid, Simple dâArch Linux. En tout cas, pour moi, câest une des raisons pourquoi jâai commencĂ© Ă contribuer Ă Alpine Linux, câest une des raisons de pourquoi postmarketOS semblait trĂšs attrayant. Je trouve que câest trĂšs Ă©lĂ©gant comme infrastructure de compilation et de gestion de paquets.
Les projets portés par postmarketOS
Walid : dans lâĂ©pisode gĂ©nĂ©ral sur Linux sur mobile, Ă un moment, Arnaud parle de diffĂ©rents projets qui sont portĂ©s par postmarketOS. il parle, par exemple, de 81VoltD. avez-vous des sous-projets qui sont créés Ă travers postmarketOS, qui ensuite, derriĂšre, vont profiter au reste de lâĂ©cosystĂšme ?
Antoine : lâidĂ©e, câest que les personnes qui contribuent Ă postmarketOS aient la libertĂ© de mettre en place des projets qui peuvent ĂȘtre utiles Ă dâautres projets. 81VoltD, câest un exemple. Un projet quâon vient juste dâannoncer, un financement pour, câest q6voice(d). jâignore les dĂ©tails techniques, mais ça permet Ă des appareils basĂ©s sur Qualcomm, je pense, de gĂ©rer des appels audio. Donc oui, lorsquâil y a des dĂ©veloppeurs parmi nous qui veulent faire avancer des projets, ils sont en mesure de sâorganiser, dâutiliser lâinfrastructure au minimum de postmarketOS, ainsi que, comme on lâa vu dans le cas de q6voice(d), de proposer un budget, de dĂ©bloquer un budget qui permet le dĂ©veloppement finalement. Et tout ça dans une perspective que ça soit utile pour dâautres projets.
Les diffĂ©rents repos dâapplications
Walid : on reparlera tout Ă lâheure du financement parce que câest trĂšs intĂ©ressant. je voulais parler du packaging des applications. On a parlĂ© dâAlpine Linux : quand tu lances le magasin dâapplications de postmarketOS, tu as plusieurs sources pour avoir tes applications. je voulais que vous en disiez deux mots, de savoir quelles sont les diffĂ©rentes sources quâon a pour rĂ©cupĂ©rer les paquets, que je les installe sur son tĂ©lĂ©phone ou sur sa tablette.
Antoine : oui, je dirais que la source principale, câest le repository principal dâAlpine Linux. En fait, lorsque tu fais apk add firefox, par exemple, ils vont chercher directement sur les repositories dâAlpine Linux. Et donc, pour tout ce quâil reste, câest-Ă -dire les kernels spĂ©cifiques quâon utilise, lĂ , on va chercher dans nos propres repos que nous, on compile nous-mĂȘmes. Alors, nĂ©cessairement, on nâa pas dâautres repos officiels Ă proposer autre que ça il y a Ă©galement Flatpak qui est utilisĂ© pour certaines applications qui ne sont pas intĂ©grĂ©es dans Alpine Linux. Moi, personnellement, je suis le mainteneur pour le paquet Electron, qui est utilisĂ© par plusieurs applications de desktop comme Signal ou VS Code. Je suis le mainteneur, mais câest un paquet qui est excessivement difficile Ă maintenir Ă©tant⊠je vais blĂąmer Google ici, mais bref, câest assez complexe comme programme. Câest pour ça que câest encore dans le testing repository, donc quâil nâest pas encore finalement soutenu pour les sorties stables. NĂ©cessairement, ça veut dire que postmarketOS dĂ©pend aussi de paquets Flatpak pour certaines fonctionnalitĂ©s end-user comme Signal, par exemple, Ă moins que du monde veuille tester le paquet Signal. En tout cas, je suis aussi le mainteneur pour ça. Et puis, Ă date, ça tient trĂšs bien, mais parfois, on ne le sait pas parce quâon invite le monde Ă dire quand les choses brisent.
Walid : câest intĂ©ressant. il y a un paquet Alpine Linux pour Signal ? Câest ça que tu dis ?
Antoine : oui. en testing, Jâessaie dâamĂ©liorer lâĂ©cosystĂšme, le support pour Electron, puis les applications dĂ©rivĂ©es dâElectron pour justement ĂȘtre en mesure de soutenir cela directement sur postmarketOS sans passer par Flatpak. Mais ça demande quand mĂȘme beaucoup de temps parce que le cycle de dĂ©veloppement de Electron est trĂšs, trĂšs rapide. Pour quelquâun comme moi qui donne son temps gratuitement, je nâarrive pas toujours Ă suivre.
Note : il semble quâune version Linux arm64 soit en cours chez Signal.
Walid : dans le cadre de ce processus de packaging, en mâintĂ©ressant, par exemple, Ă Ubuntu Touch, donc aux gens qui travaillent sur Ubuntu Touch, lâexemple de Signal, par exemple, il y a Fla de Framasoft que jâai interviewĂ© qui mâa pointĂ© vers des commits oĂč ils ont des patches typiquement pour Signal, pour rendre responsive lâinterface. Ce nâest pas quelque chose que vous faites sur postmarketOS : vous allez plutĂŽt essayer de travailler upstream directement ou de remonter les bugs pour que ça soit corrigĂ© par lâapplication ?
Antoine : notre politique, câest de vraiment sâattacher Ă upstream le plus possible. Donc, lorsquâil y a lâintĂ©gration de patches qui fait des grands changements, câest vraiment plus ad hoc, câest vraiment plus temporaire. Il ne faut pas finalement crĂ©er une zombification dans laquelle on crĂ©e notre propre version de quelque chose. Puis ça, câest aussi la tendance de la politique dâAlpine Linux en cette matiĂšre.
Ranny : les paquets quâon a dans le repository, câest principalement des choses spĂ©cifiques pour les tĂ©lĂ©phones ou certaines machines. toutes les applications, on a tendance de toujours faire upstream dans Alpine. comme ça, tout le monde peut en bĂ©nĂ©ficier.
Walid : quand on package une application pour Alpine Linux, il nây a pas de diffĂ©rence entre la version mobile et la version desktop. ce sont les mĂȘmes versions ?
Antoine : exactement, ce sont les mĂȘmes versions. Câest pour ça quâon encourage vraiment les projets upstream. On travaille dans le sens oĂč les projets upstream puissent justement, de façon dynamique, ĂȘtre plus [tournĂ©s] vers le mobile. cela dit, il y a comme une exception, je pense, qui vaut la peine dâĂȘtre mentionnĂ©e : de mĂ©moire, câest le Firefox Mobile Config, qui est une configuration mobile quâon soutient pour ĂȘtre en mesure de rendre dynamique Firefox puisse sâadapter Ă des Ă©crans plus petits. Câest une exception, cette rĂšgle-lĂ . mais il me semble que câest aussi un projet qui est maintenu dâune telle maniĂšre que dâautres projets peuvent lâutiliser. dâautres distributions mobiles Linux.
Les environnements de bureaux supportés
Ranny : et puis aussi, les environnements desktop sont aussi dans pmaports, je pense. A part ça, les paquets pour les machines individuelles, toutes ces options.
Walid : tout Ă lâheure, jâai oubliĂ© de vous poser la question de savoir quels environnements de bureau vous supportez. parce quâon a parlĂ© de [KDE] Plasma Mobile, on a parlĂ© de GNOME [Shell Mobile]. Quâest-ce quâil y a qui est disponible dans postmarketOS ?
Ranny : oui, donc on en a pas mal. On a Phosh, qui est à base de GNOME. il y a Plasma Mobile, qui est à base de KDE, bien sûr. il y a SXMO, qui est un environnement assez intéressant, qui est tiling.
Walid : je ne sais pas comment dire en français « tiling ».
Ranny : il y a GNOME Mobile, qui est basĂ© sur GNOME, bien sĂ»r. il y a dâautres comme Lomiri, XFCE. AprĂšs on a ajoutĂ© des environnements pour les Ă©crans plus grands : donc il y a Cosmic, Sway, i3wm, Mate. on a mĂȘme le support pour Plasma Bigscreen, Kodi. Donc on a plein dâenvironnements pour toutes les diffĂ©rentes fonctions. Ce que jâaime beaucoup avec postmarketOS, câest que puisque câest juste un paquet, on peut supporter presque nâimporte quelle configuration de tĂ©lĂ©phone, avec nâimporte quel environnement pour faire marcher avec.
Walid : mais il y a quand mĂȘme des gens qui sont responsables du fait que ça sâintĂšgre bien. Il y a une personne qui est en charge, par exemple, de tout ce qui est KDE Mobile, comme une personne qui est en charge de Phosh, par exemple ?
Antoine : oui.
Walid : ça fait du monde. ça fait du monde pour supporter tout ça.
Antoine : oui, tout Ă fait. il me semble quâil y a mĂȘme des Ă©quipes. Câest-Ă -dire quâil y a un mainteneur qui a le mandat de maintenir, mettons, SXMO. Mais il y a des Ă©quipes qui se dĂ©veloppent autour de ces interfaces-lĂ pour ĂȘtre en mesure aussi coordonnĂ©es avec lâupstream pour dĂ©velopper, amĂ©liorer finalement le projet. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes autour du projet, dâoĂč la nĂ©cessitĂ©, il y a quelques annĂ©es, de retravailler la gouvernance pour ĂȘtre en mesure de nous organiser finalement pour ĂȘtre en mesure dâaccueillir un grand nombre de personnes.
Walid : mais tous les environnements, ils sont supportĂ©s de la mĂȘme maniĂšre ? ou est-ce quâil y a des environnements, on va dire, qui sont plus importants que dâautres ? parce que jâavais lâimpression quâil y avait plutĂŽt KDE Mobile, Phosh et SXMO, je ne sais pas. Donc ceux-lĂ , ce sont ceux qui sont les plus maintenus et les plus mis en avant ?
Ranny : oui, gĂ©nĂ©ralement, ils ont le meilleur support pour les tĂ©lĂ©phones. Surtout Phosh, par exemple, parce que câest travaillĂ© par Purism, je pense. Ils ont vraiment une Ă©quipe dĂ©diĂ©e Ă travailler sur le logiciel. Et puis, oui, dâautres, comme Cosmic, qui est juste maintenu par Clayton. Donc, le support est moins bien, mais ça marche aussi.
Je dirais peut-ĂȘtre Phosh, Plasma, Plasma Bigscreen et peut-ĂȘtre un peu de SXMO, ce sont vraiment les environnements principaux quâon supporte.
Le systĂšme de test dâintĂ©gration matĂ©rielle postmarketOS (hardware-ci)
Walid : je voulais que vous parliez quelques minutes du systĂšme de testing. parce quâau FOSDEM, cette annĂ©e, il y a eu une confĂ©rence dessus qui a Ă©tĂ© assez incroyable, je trouve, oĂč justement, lâĂ©quipe expliquait le systĂšme de testing matĂ©riel quâils ont mis en place. je ne sais pas lequel de vous deux va en parler, Antoine, peut-ĂȘtre ?

Ranny : on a deux parties sur les systÚmes. donc, il y a la partie équipe dont Antoine pourrait parler, puis il y a la partie, en effet, comme vous avez dit, de FOSDEM, dont je pourrais parler un peu.
Walid : vas-y, si tu veux commencer, Ranny, et puis comme ça, Antoine continuera.
Ranny : comme vous avez dit, Ă postmarketOS, on avait cette prĂ©sentation sur le Hardware CI. Câest une chose quâon est vraiment content dâavoir faite et quâon est toujours en train de faire. Câest un systĂšme qui permet de tester les tĂ©lĂ©phones ou nâimporte quel appareil avec le GitLab CI.
Diagramme intégration continue matérielle dans postmarketOS (source postmarketOS)
Comment ça marche ? Disons par exemple pour que chaque tĂ©lĂ©phone, on veut tester une nouvelle version de Linux dessus avec des patches quâon a faits. Le tĂ©lĂ©phone est attachĂ© Ă un harnais quâon a créé nous-mĂȘmes. donc, on a un harnais qui est dâailleurs libre. Donc, si vous voulez commander votre propre harnais, toutes les instructions sont sur Git.
Harnais de tests matériels postmarketOS (source postmarketOS)
Ce harnais, dâabord, il donne du courant au tĂ©lĂ©phone parce quâon ne veut pas quâen testant le tĂ©lĂ©phone pendant plusieurs annĂ©es, on utilise la batterie, parce quâĂ©ventuellement ça va gonfler et câest un risque dâincendie. Donc, le harnais fournit du courant au tĂ©lĂ©phone et ensuite se connecte aussi aux ports USB pour dĂ©livrer lâimage Ă tester.
Le tĂ©lĂ©phone lui-mĂȘme utilise U-Boot ou Fastboot et peut recevoir lâimage, le harnais hardware, et ensuite relier un serveur. donc, ça peut ĂȘtre un Raspberry Pi ou nâimporte quoi qui est en train de marcher avec CI-Tron. donc, CI-Tron, câest un programme qui communique entre GitLab et le tĂ©lĂ©phone. Câest un projet qui est utilisĂ©, par exemple, par Valve pour tester leur SteamDeck.
Ce que CI-Tron fait, câest que ça reçoit lâimage et puis ça la donne au tĂ©lĂ©phone, et ça reprend les rĂ©sultats du test et ça donne le rĂ©sultat au GitLab. Du cĂŽtĂ© GitLab, on peut faire fonctionner les tests automatiquement, par exemple avoir un nouveau noyau de Linux : si tu mets un nouveau noyau avec un nouveau paquet dans pmaports, ça peut automatiquement le tester. Donc, ça te compile le paquet de Linux, ça lâenvoie au tĂ©lĂ©phone, le tĂ©lĂ©phone le fait fonctionner : soit ça marche, soit ça ne marche pas. Sâil y a des problĂšmes, ça te dit quâil y a des problĂšmes. si ça marche, ça marche.
Eventuellement, on veut ajouter des tests pour les choses comme les camĂ©ras. LâidĂ©e est que tu peux dire, si tu as fait des changements dans la camĂ©ra ou quelque chose qui fait marcher la camĂ©ra sur le tĂ©lĂ©phone, ça pourrait prendre la photo et puis ça tâenvoie la photo quâil a prise pour voir si ça marche ou pas. Je sais que quelquâun avait aussi, par exemple, fait un test pour les appels. Le tĂ©lĂ©phone envoie un appel, un numĂ©ro sur lâInternet et il y a un haut-parleur qui est attachĂ© qui ensuite envoie un enregistrement dans le tĂ©lĂ©phone et ensuite, on veut comparer si lâenregistrement est bon et voir si lâappareil peut aussi retransmettre un enregistrement et Ă©couter pour voir la qualitĂ© du son et si le son marche. Cela permet de faire les tests sur les tĂ©lĂ©phones physiques dâune façon automatique qui ensuite permettra dâavoir beaucoup moins de bugs et de faire les choses beaucoup plus vite puisque câest tout automatisĂ©.
Walid : super intéressant. donc, ça veut dire que les gens qui testent, ils ne sont pas physiquement à cÎté des appareils. ça passe par Internet ?
Ranny : oui, ça passe par Internet. et en plus, puisquâon peut juste envoyer le PCB, le harnais, nâimporte qui peut contribuer son appareil au testing. Par exemple, si moi jâai un appareil, moi jâai le PinePhone, je pourrais prendre un harnais, je pourrais mettre le PinePhone. Si quelquâun veut tester quelque chose sur GitLab, eux, ils nâont pas de PinePhone, mais moi jâen ai, je peux tester pour eux.
Ensuite, on peut envoyer ça Ă quelquâun dâautre qui a un OnePlus 6. je pense quâon a envoyĂ© des harnais dans quelques hackerspaces en Allemagne qui vont relier Ă ĂȘtre des tĂ©lĂ©phones. Cela permet de tester nâimporte oĂč dans le monde, avec nâimporte qui, avec nâimporte quel tĂ©lĂ©phone. MĂȘme si tu nâas pas le tĂ©lĂ©phone toi-mĂȘme, tu peux le tester.
Walid : câest gĂ©nial parce que ça, câest un vrai problĂšme. jâai Ă©coutĂ© justement une confĂ©rence de gens de Ubuntu Touch [FOSDEM 2024 The Journey to Ubuntu Touch 20.04 on PINE64] oĂč ils disaient que le problĂšme, câĂ©tait que si tu nâas pas le tĂ©lĂ©phone, en fait, tu ne peux pas faire un port parce que tu nâas pas le tĂ©lĂ©phone physiquement sous la main. donc lĂ , vous avez rĂ©solu comme ça le systĂšme. ça, câest gĂ©nial. oui. Antoine, tu voulais rajouter quelque chose ?
Antoine : pour accompagner cette infrastructure-lĂ , et ça, parce que câest tout nouveau, cela fait bien longtemps quâon doit rĂ©flĂ©chir aux pratiques de test des appareils. On a une Ă©quipe, telle que mentionnĂ©e tantĂŽt, on a une Ă©quipe qui coordonne les tests Ă chaque sortie de version. Donc on se prĂ©voit, avant chaque sortie, une semaine complĂšte de tests oĂč est-ce quâon invite le comitĂ© de test Ă tester la nouvelle version. On a aussi, dans le GitLab, une checklist Ă complĂ©ter et oĂč est-ce que les mainteneurs de ces appareils-lĂ sont inclus. On est donc en mesure de vraiment assurer quâau minimum, lâappareil est en mesure de sâinitialiser. Câest souvent lĂ quâon dĂ©couvre quâon a brisĂ© quelque chose depuis la derniĂšre version, puis quâon est en mesure dâensuite mettre en place des fixes [correctifs] avant la sortie. Câest lĂ aussi quâon teste les interfaces de façon plus dĂ©libĂ©rĂ©e : les mainteneurs de lâinterface sont en mesure de la tester, et ainsi dâautres personnes aussi.
Ranny : Ă chaque sortie, on a beaucoup de gens qui essaient la nouvelle version de postmarketOS et qui testent toute lâinterface, etc. Chaque sortie, câest une grosse coordination entre beaucoup de gens de tester tout ça et de sâassurer que tout fonctionne.
Walid : donc ça, ça veut dire que, lorsque vous décidez que vous faites une espÚce de freeze, enfin, je ne sais pas comment ça marche, mais vous dites aux gens, vous prenez la version Edge et vous testez, ou comment ça marche ?
Antoine : oui, donc on fait a priori un freeze. donc, on forke lâĂ©tat actuel de Edge et on invite les personnes Ă tester lâimage qui ressort de ce premier, on va dire, release candidate. Ensuite, on applique la rĂ©solution de ces bugs-lĂ au sein de Edge, quâon backporte [reporte] sur la version quâon est en train de tester. Cela permet dâexplicitement annoncer Ă lâĂ©quipe quâon ne dĂ©veloppe plus de nouvelles fonctionnalitĂ©s, on est juste en phase testing. GĂ©nĂ©ralement, comme je disais tantĂŽt, ça dure une Ă deux semaines, des fois un peu plus longtemps, dĂ©pendant de sâil y a des fonctionnalitĂ©s vraiment brisĂ©es quâil faut ĂȘtre en mesure de rĂ©soudre.
La gouvernance de postmarketOS
Walid : jâavais fait une partie sur la gouvernance de postmarketOS, mais je pense quâon en a pas mal parlĂ© un peu avant. je ne sais pas si vous avez des choses supplĂ©mentaires Ă dire quâon nâaurait pas dites.
Antoine : je pourrais peut-ĂȘtre partager un peu nos horizons pour la gouvernance. On a dĂ©jĂ dit beaucoup sur comment on fonctionne, mais Ă©videmment, nous, on vise des horizons dans lesquels tous et toutes les utilisateurs de postmarketOS peuvent participer dans la gouvernance du projet.
Donc, ça veut dire quâon ne veut pas que la condition de participer au projet soit des capacitĂ©s techniques. On veut ĂȘtre en mesure que la direction du projet soit dĂ©mocratique et accessible. Câest pour ça quâen ce moment, on est en train de se crĂ©er en tant quâorganisme Ă but non lucratif au sein de la Belgique. On est dans le processus dâĂ©crire notre premiĂšre version de notre charte. donc, ça, câest du travail pour, Ă priori, rĂ©pondre aux obligations reliĂ©es Ă une demande de bourse au sein de lâUnion europĂ©enne, mais aussi pour ĂȘtre en mesure Ă©ventuellement dâouvrir notre base de membres Ă des personnes du reste du monde. Câest de crĂ©er une entitĂ© lĂ©gale qui est au sein de laquelle câest lâĂ©quipe qui est membre pour Ă©ventuellement ouvrir. Ă©ventuellement, jâaimerais voir ça dâici un Ă deux ans, mais on verra. et donc, ça, câest les horizons quâon imagine.
Donc, lĂ , on est en train dâintĂ©grer la pratique actuelle au sein dâune charte qui est lĂ©galement, Ă©videmment, renforçable avec un conseil dâadministration pour crĂ©er, finalement, une espĂšce de pouvoir partagĂ© entre ceux et celles qui ont une capacitĂ© technique et une expĂ©rience technique pour avancer les choses et un conseil dâadministration qui est redevable dĂ©mocratiquement Ă la base. Et donc, pour Ă©viter cet enjeu que, du moins, personnellement, jâai constatĂ© dans lâĂ©cosystĂšme oĂč est-ce que, finalement, câest plus les personnes ayant les capacitĂ©s techniques qui mĂšnent le projet, ça, ça crĂ©e un contexte, une structure plus mĂ©ritocratique, technocratique, qui nâest pas en soi problĂ©matique.
Mais si on veut que la plus grande quantitĂ© de personnes qui sont nĂ©cessairement, qui vont nĂ©cessairement ĂȘtre downstream ou qui vont ĂȘtre nĂ©cessairement affectĂ©es par les dĂ©cisions de lâĂ©quipe, on veut une contrebalance dĂ©mocratique. Donc, câest lĂ , en ce moment, la vision de gouvernance quâon est en train dâarticuler pour, ainsi, finalement, pas juste libĂ©rer nos appareils, mais libĂ©rer les personnes qui utilisent ces appareils.
Walid : une question et une remarque. Pour la remarque, pour les auditrices et auditeurs qui sont intĂ©ressĂ©s, on parle des fondations ou des associations en Belgique et le rĂŽle particulier quâont les AISBL et ce genre de choses. vous pouvez Ă©couter lâĂ©pisode sur le projet Tryton et aussi lâĂ©pisode sur la fondation Eclipse [et aussi lâĂ©pisode sur la fondation OpenRail]. VoilĂ , jâen dis pas beaucoup plus, mais il y a pas mal de sujets lĂ -dedans, sur pourquoi la Belgique, pourquoi câest spĂ©cifique, etc.
Ma question, câest : est-ce que vous vous ĂȘtes inspirĂ©s ou est-ce que vous vous inspirez, au niveau de la gouvernance, de projets existants ?
Antoine : oui, oui. beaucoup de travail de recherche, avant de travailler sur la charte, vient de FreeCAD, de la GNOME Foundation, de KDE. on sâinspire beaucoup de ce qui se fait dĂ©jĂ . et aussi, câest dâintĂ©grer nos propres innovations en matiĂšre de gouvernance, comme le programme de contributeurs de confiance.
Walid : vous nâavez pas parlĂ© de ce programme-lĂ . en quoi il consiste ? Ranny, peut-ĂȘtre, est-ce que tu veux en dire deux mots ? quâest-ce que câest ce « trusted contributors » ?
Ranny : le contributeur de confiance, câest un programme qui, si tu as travaillĂ© assez dans postmarketOS, te permet de soumettre une demande pour faire partie de ce groupe-lĂ . Câest documentĂ© dans nos docs sur postmarketos.org. cela permet ensuite dâavoir un groupe de personnes qui contribuent Ă lâorganisation, Ă lâadministration, et qui peuvent voter sur les dĂ©cisions du projet.
Eventuellement, je pense, lâidĂ©e, câest quâon va faire en sorte que tout le monde soit des contributeurs de confiance, et de plus avoir des contributeurs de cĆur. lâidĂ©e, câest vraiment que nous soyons tous dĂ©mocratiques. et cela permet dâavoir plus de personnes en qui on a confiance, de pouvoir participer et de prendre des dĂ©cisions.
La communauté de postmarketOS
Walid : lâheure tourne, on va un petit peu avancer, parce quâil y a encore beaucoup de choses Ă dire. On va certainement un peu dĂ©border, mais ce nâest pas grave. Je voudrais quâon parle de la communautĂ© de postmarketOS et de la maniĂšre dont vous communiquez aussi Ă la communautĂ©.
Dâabord, quâest-ce que vous savez de votre communautĂ© ? Est-ce quâil y a des endroits dans le monde oĂč il y a plus de gens de la communautĂ© ?
Ranny : oui, donc je dirais, en gĂ©nĂ©ral, jâai lâimpression quâil y a plus de gens qui viennent de lâEurope, parce quâil y a une culture plus large sur les logiciels libres. Il y en a un peu sur le cĂŽtĂ© ouest de lâAmĂ©rique. Sur le cĂŽtĂ© est, oĂč jâhabite, il nây a pas grand-chose. Câest une chose que je dis souvent de moi-mĂȘme, mais oui, câest principalement en Europe quâon a des gens de la communautĂ©. Mais quand mĂȘme, postmarketOS reste un projet international. Je sais trĂšs bien quâon a des gens au Japon, en Chine, peut-ĂȘtre, je ne sais pas, en AmĂ©rique, puis en Europe, et certainement dâautres. Je pense quâil y a quelques gens de lâAmĂ©rique du Sud que je vois de temps en temps. mais oui, nâimporte qui peut se joindre Ă notre communautĂ©.
Walid : est-ce que vous avez des Ă©vĂ©nements dans lesquels vous pouvez vous retrouver ? Comme lĂ , par exemple, il y avait des gens qui se sont retrouvĂ©s Ă Bruxelles, au FOSDEM. Est-ce que vous avez des Ă©vĂ©nements un peu habituels ? Comment ça sâorganise pour pouvoir justement physiquement se rencontrer entre contributeurs ?
Ranny : alors lĂ , je peux dire, grande nouvelle : nous sommes en train en ce moment dâorganiser une confĂ©rence Ă lâuniversitĂ© dâAachen, en Allemagne, du 25 au 27 septembre. Câest une confĂ©rence de postmarketOS en Allemagne, donc spĂ©cifiquement pour nous.
On invite tout le monde Ă nous rejoindre. Les tickets sont disponibles en ligne sur notre site. Câest la premiĂšre fois quâon fait ça Ă Aachen. Sinon, gĂ©nĂ©ralement, on se rĂ©unit tous les ans au FOSDEM.
On a toujours un hackathon qui se passe les jours suivant le FOSDEM pour se rencontrer en plus et prendre des décisions sur la direction du projet. Le FOSDEM, ça nous donne une bonne opportunité de se rencontrer, tout le monde.
Nous avons aussi pas mal de membres du projet qui vont Ă des confĂ©rences individuellement. Je sais que rĂ©cemment, Luca et Pablo sont allĂ©s Ă Nice pour Embedded Recipes. Ils ont fait un talk sur le Hardware-CI. Moi-mĂȘme, je serai Ă la DefCon Ă Las Vegas en aoĂ»t. Donc, si vous ĂȘtes Ă la DefCon, dites bonjour.
Dâailleurs, je vais aussi dire, si vous ĂȘtes dans la communautĂ© de postmarketOS, mĂȘme si vous nâĂȘtes pas un membre de lâĂ©quipe, vous pouvez vous-mĂȘme reprĂ©senter postmarketOS en confĂ©rence. Tout ce quâon demande, câest dâĂȘtre respectueux et de respecter le code de conduite. On peut vous envoyer des stickers pour distribuer. Et lĂ , câest oĂč je dis que vraiment, postmarketOS est un projet de communautĂ©. Donc, voilĂ , si vous allez en confĂ©rence, on aime toujours rencontrer les gens.
Walid : 25 au 27 septembre, ce nâest pas dĂ©cembre.
Ranny : oui, septembre.
Walid : oui, sur le site, câest Ă©crit septembre. parce que tu as dit dĂ©cembre, câest pour ça.
Ranny : ah bon, mince.
Walid : je me suis dit, ah, ça a changé. ok.
Ranny : oui, non, le 25 au 27 septembre, oui. désolé.
Walid : super intĂ©ressant. et la question que je me posais, câest, par exemple, Luca, il travaille chez Fairphone. Est-ce que dans la communautĂ©, il y a dâautres gens qui travaillent chez des fabricants de tĂ©lĂ©phones ou chez des sous-traitants ? Bref, est-ce quâil y a des gens de lâindustrie qui, dâailleurs, potentiellement ont accĂšs Ă du savoir-faire, des documents qui peuvent aider, quoi ? Est-ce quâil y a des gens de lâindustrie qui sont dans la communautĂ© de postmarketOS ?
Ranny : lĂ , je ne sais pas trop. Je sais que, certes, Luca fait partie de lâĂ©quipe. AprĂšs ça, je ne saurais pas trop. Je sais certainement, dans certains projets upstream, il y a des gens qui font partie de lâindustrie, ce qui est normal. Nous travaillons aussi avec Sendero Linux, qui est une petite entreprise numĂ©rique qui vend des tĂ©lĂ©phones. Donc, si tu veux acheter un OnePlus 6 avec postmarketOS dĂ©jĂ dessus, tu peux aller chez Second Wind Computers. Mais sinon, pour ce que je sache, non, pas vraiment. donc, oui, sâil y a des gens qui sont intĂ©ressĂ©s, soyez les bienvenus.
La communication du projet
Walid : vous, en tant que projet postmarketOS, comment est-ce que vous communiquez ? vous utilisez quels réseaux sociaux ? Est-ce que vous avez une newsletter ? Comment est-ce que vous vous organisez pour communiquer vis-à -vis de votre communauté ?
Ranny : donc, les choses, les annonces et les informations, nous les mettons sur Mastodon. On a un compte Mastodon avec certaines choses, par exemple, je pense quâen ce moment, il devrait y avoir le vote pour le fond dâĂ©cran sur Mastodon.
Nous avons aussi un Lemmy, je pense, qui nâest pas trĂšs utilisĂ©, mais ça existe. Et puis, bien sĂ»r, Matrix, oĂč on fait beaucoup de notre dĂ©veloppement, notre support. Tout ça se passe Ă travers Matrix. et puis, chaque mois, ou non, chaque deux semaines ? je ne sais plus⊠chaque mois, je pense, nous avons notre blog qui parle de tout ce qui sâest passĂ© dans le mois prĂ©cĂ©dent dans postmarketOS. Câest prĂ©cisĂ©ment Ollie qui lâĂ©crit avec des gens qui lâaident.
Donc, chaque mois, on a ce blog. et puis, bien sûr, on a les podcasts. On a notre propre podcast pour postmarketOS. Cet été, je veux aussi essayer de faire plus de marketing pour postmarketOS.
Donc, sâil y a dâautres gens qui sont intĂ©ressĂ©s Ă faire un podcast avec nous, Ă©crivez-moi un message. si tu peux trouver mon adresse mail sur la page team. Et puis les confĂ©rences, bien sĂ»r. donc, voilĂ .
Walid : une petite prĂ©cision pour les gens qui ne seraient pas au courant, Lemmy, câest une alternative Ă Reddit qui fait partie du Fediverse.
Antoine, est-ce que tu as des choses à rajouter ou pas sur cette partie-là de la communauté et des moyens de communication ?
Antoine : non, non. Ranny, je te laisse.
Le financement de postmarketOS
Walid : ok. alors, je voudrais quâon passe Ă lâautre gros morceau. câest le financement. Parce que vous, vous ĂȘtes bĂ©nĂ©voles, comme je pense tout le monde dans lâĂ©quipe. Donc qui finance postmarketOS ? Antoine ?
Antoine : a priori, tout le monde dans lâĂ©quipe est bĂ©nĂ©vole. il nây a pas de permanence ou dâemployĂ©s permanents. La totalitĂ© de notre financement vient soit de dons, contributions automatiques de la communautĂ©, soit par des subventions.
A cause de ça, finalement, on a des financements assez limitĂ©s. Cela dit, la totalitĂ© de tout ça va soit dans lâinfrastructure, soit dans des coĂ»ts fixes de ce genre-lĂ , des coĂ»ts dâĂ©vĂ©nements, etc., ainsi que pour subventionner des projets oĂč des personnes sont en mesure de dĂ©bloquer du temps pour ĂȘtre en mesure dâavancer les projets plus spĂ©cifiques.
Principalement, tout ça est gĂ©rĂ© sur une plateforme qui sâappelle Open Collective, qui est une plateforme de gestion de budget collectif, qui adhĂšre au principe de transparence radicale. Tout est Ă lâair ouvert, nâimporte qui qui contribue, soit par un don rĂ©current ou dâune fois, peut voir finalement comment lâargent est utilisĂ©. Cela rĂ©sonne beaucoup avec notre approche dĂ©mocratique.
Cela dit, lâannĂ©e derniĂšre, on avait eu beaucoup plus de dons que prĂ©vus : on avait prĂ©vu un budget et puis on avait donc un surplus. La façon dont on a dĂ©cidĂ© dâutiliser ce surplus-lĂ , câest en crĂ©ant un programme de soutien financier aux personnes qui contribuent au projet. Le terme en anglais exact, câest le Contributor Support Program : câĂ©tait un projet pilote. On voulait voir comment ça fonctionnait pour finalement, de notre surplus, soutenir les tĂąches plus nĂ©cessaires pour le fonctionnement du projet, et pour assurer que ce soit toujours fait de façon dĂ©mocratique, justement au sein de nos blogs par mois, on a un rapport de comment cet argent-lĂ est utilisĂ©, par qui.
Donc ici, on parle beaucoup de projets, justement, beaucoup de gouvernance qui a Ă©tĂ© menĂ©e par Pablo [Correa GĂłmez], a Ă©tĂ© faite Ă travers ce programme-lĂ . Clayton [Craft], Ă travers le projet Duranium, qui est un projet pour permettre des mises Ă jour quâon dit atomiques, câest-Ă -dire que sâil y a un bris, on peut retourner une version en arriĂšre, et Stefan [Hansson] sur le pmbootstrap, sur le dĂ©veloppement des outils, etc., etc. Ce sont juste quelques exemples, mais câest quelque chose quâon a tentĂ© de faire pour permettre de dĂ©bloquer plus de temps pour les choses lorsque il y a des besoins collectifs que lâĂ©quipe identifie.
Bon, le programme a fini parce que lĂ , tout le surplus est utilisĂ©. Pour lâinstant, on est en train de faire une rĂ©flexion sur ce quâon a mis dans ce programme-lĂ , ce quâon peut changer pour, si mettons, on a des surplus pour lâannĂ©e prochaine.
Walid : vous avez aussi des dons de la fondation NLnet.
Antoine : oui, tout Ă fait. on fait des demandes de subvention Ă NLnet. LâannĂ©e passĂ©e, on a eu une subvention importante de NLnet. Et puis lĂ , on a fait une demande Ă©galement au sein de la Commission europĂ©enne, pour finalement quâon puisse dĂ©bloquer davantage de temps au sein de notre Ă©quipe pour avancer le projet.
Walid : pareil, jâinvite les auditrices et les auditeurs, si vous ne connaissez pas NLnet, ça devient un peu dur si vous Ă©coutez depuis longtemps le podcast, parce que je pense que je nâen parle pas Ă tous les Ă©pisodes, mais je vous invite Ă aller Ă©couter lâĂ©pisode que jâai fait avec Lwenn de NLnet, qui explique tout ça en dĂ©tail. Câest assez passionnant. Donc des dons qui vous permettent de dĂ©gager du temps de personnes pour travailler sur le projet.
Antoine : exact.
Walid : Les financements, ils ne sont quâeuropĂ©ens, ou vous pouvez aussi aller chercher des financements dans dâautres pays ?
Antoine : Actuellement, les subventions que lâon est allĂ© chercher sont davantage europĂ©ennes, tout simplement parce que lâĂ©cosystĂšme europĂ©en est beaucoup plus alignĂ© avec soutenir des projets de logiciel libre. Malheureusement, en AmĂ©rique du Nord, on est bien en retard Ă cet effet. On lâa bien vu.
Jâaime bien lâEurope. Je pense quâil y a bien des choses que vous faites mieux quâici. Mais je vous Ă©pargne mes critiques de chez nous. Par contre, je nâai pas les nombres au niveau des dons de particuliers. Je ne sais pas. Jâimagine que ça va ĂȘtre davantage des personnes en Europe Ă©galement, puisque le projet a tendance Ă ĂȘtre plus centrĂ© autour de chez vous. finalement.
Walid : on en a parlĂ© en tout dĂ©but, en introduction, mais est-ce quâil y a des projets avec lesquels vous collaborez le plus ? Je pense, par exemple, dans un des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents, Arnaud disait quâavec Mobian, il Ă©tait beaucoup en contact avec les gens de postmarketOS. Je donne aussi comme exemple, jâai vu passer sur Mastodon en fin dâannĂ©e derniĂšre, quâil y avait⊠alors, je ne sais pas si ça a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©, comment ça sâest passĂ©, mais les gens de SailfishOS qui avaient dĂ» libĂ©rer la pile USB et quâelle a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e par postmarketOS, et que dans Edge, quand tu branches ton tĂ©lĂ©phone, tu as des options supplĂ©mentaires que tu nâavais pas avant. comment est-ce que vous avez des grandes contributions avec dâautres projets ?
Ranny : puisquâon a cette politique de vraiment travailler upstream, ça veut dire que de maniĂšre, on a tendance de vraiment collaborer avec dâautres projets. Je pense que beaucoup de nos contributeurs de postmarketOS, travaillent beaucoup upstream. Bien sĂ»r, on travaille avec les environnements, comme Plasma Mobile. je pense que câest Bart Ribbers, qui est dans notre Ă©quipe, mais il travaille aussi upstream. Phosh, bien sĂ»r, GNOME Mobile. Ensuite, comme vous avez dit, il y a ces projets, des fois sur certains appareils spĂ©cifiques, par exemple, il y a une Ă©quipe pour le SoC de Snapdragon, le MS, je ne sais plus le chiffre exact, mais il y a comme ça des projets qui travaillent sur certains appareils individuels, pour les bĂ©nĂ©fices de tous les projets Ă base de Linux.
Et puis ensuite, on travaille avec dâautres projets. par exemple, le Hardware-CI, câĂ©tait fait avec Martin [Roukala], qui, pour la partie de CI-Tron, on fait dâautres choses avec, par exemple, le libcamera. Il y avait une personne dans notre Ă©quipe qui travaillait un peu sur ça.
Donc, puisque postmarketOS a tellement de choses upstream, forcĂ©ment, en fait, on est toujours en train de travailler avec dâautres.
postmarketOS et lâindustrie
Walid : je voulais savoir si vous aviez des contacts avec lâindustrie, comme lĂ , tout Ă lâheure, tu disais quâil y avait aux Ătats-Unis un magasin ou quelquâun qui fournissait des tĂ©lĂ©phones avec postmarketOS installĂ©. Est-ce que vous avez des contacts avec les fabricants de tĂ©lĂ©phones ?
Ranny : oui, donc, en effet, on a ce petit programme-là avec Sendero Linux, qui est un magasin en ligne pour le OnePlus 6. Ensuite, je sais que dans le passé, on avait un programme avec Pine64, aussi Fairphone, grùce de Luca.
Sinon, je sais, de temps en temps, il y a des fabricants qui nous offrent Ă envoyer leurs appareils. Il y avait un nouveau appareil qui est apparu il y a peut-ĂȘtre six mois ou un an, je ne sais plus entiĂšrement, mais ils nous avaient proposĂ© dâenvoyer des appareils Ă nos dĂ©veloppeurs.
VoilĂ , câest Ă peu prĂšs ce quâon fait. on nâa pas tellement de connexions, mais on essaie de toujours accueillir. et voilĂ , si vous ĂȘtes intĂ©ressĂ©s, envoyez-nous un message, comme toujours.
Walid : je vous propose de passer Ă la conclusion. avant de vous laisser le mot de la fin, vous aviez ajoutĂ© dans la trame comment contribuer pour celles et ceux qui le dĂ©sirent. trĂšs bonne question, Ă laquelle je nâavais pas pensĂ©. alors, je vous laisse rĂ©pondre Ă comment, si moi, jâai envie de contribuer, comment est-ce que je fais pour contribuer Ă postmarketOS ?
Comment contribuer Ă postmarketOS
Ranny : oui, donc voilĂ , si tu veux contribuer, on a plein de diffĂ©rents endroits oĂč contribuer. Donc, ça dĂ©pend un peu de ce que tu veux faire. Si tu veux faire du testing, tu peux joindre notre Ă©quipe de testing. les dĂ©tails sont, je pense, sur le wiki. Sinon, vous pouvez aller sur la page de postmarketOS pour contribuer. Il y a un bouton pour contribuer. on essaie aussi, en ce moment, de permettre aux gens plus non techniques dây contribuer. Il y a aussi, par exemple, le packaging. Donc, si vous ĂȘtes intĂ©ressĂ©s par ça, ou des choses autour du hardware, du noyaux Linux, ou des drivers, si vous ĂȘtes une personne technique, il y a plein de choses Ă faire.
Pour les gens moins techniques, en ce moment, je suis en train dâessayer de rendre les contributions non techniques plus faciles. En principe, bientĂŽt, on devrait avoir une section sur notre site pour diverses tĂąches. Ce sera des tĂąches comme du marketing, de la communication, de la finance, de la gouvernance. Donc, voilĂ , si vous ĂȘtes une personne non technique, bientĂŽt, on devrait avoir une section sur notre site qui permet de trouver des tĂąches avec une personne associĂ©e avec, qui peut vous aider Ă faire la tĂąche. On essaie aussi dâacquĂ©rir des profits divers, non seulement sur la partie technique, mais aussi du marketing, de la finance, tout. On essaie vraiment dâagrandir ce quâon peut faire.
Walid : Antoine, est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?
Antoine : oui. en fait, je pense que Ranny a tout dit, mais on invite aussi aux contributions financiĂšres. Si vous trouvez que ce quâon fait est important, Open Collective est la place pour faire des dons rĂ©currents ou des dons unitaires. Câest de mĂȘme quâon arrive Ă finalement soutenir notre infrastructure. Le projet de CI-Tron de testing quâon met en place va ĂȘtre aussi financĂ© Ă travers ça. Donc câest une façon que vous pouvez contribuer si vous nâavez pas nĂ©cessairement le temps ou les expertises pour le faire. Il y a aussi donc les dons, et Ă©videmment, aussi, essayez pour postmarketOS de lâinstaller sur votre tĂ©lĂ©phone ou votre appareil, de constater que ça fonctionne ou bien si ça ne fonctionne pas, de participer, de signaler finalement les bugs pour quâon soit en mesure de trouver des⊠finalement de rĂ©gler ces bugs-lĂ .
Le mot de la fin
Walid : je vous laisse Ă tous les deux un mot de la fin. si vous voulez faire passer un message supplĂ©mentaire ou dire quelque chose aux auditrices, aux auditeurs avant quâon se quitte. Je vous laisse la parole. Antoine, est-ce que tu veux commencer ?
Antoine : oui, je nâavais pas prĂ©parĂ© un mot de la fin, mais je voulais te remercier Walid pour nous accueillir de mĂȘme. Moi, je pourrais partager un peu mon ressenti de postmarketOS : je suis rentrĂ© en dĂ©cembre, donc ça fait seulement six mois que je suis parti pour le projet. mais je suis trĂšs, trĂšs impressionnĂ© personnellement avec le projet et jâinvite au soutien de toute forme : non seulement au niveau technique, on a des personnes vraiment qui ont une expertise comme je pense que vous pouvez voir Ă travers nos diffĂ©rents projets, trĂšs uniques, mais moi, je suis trĂšs impressionnĂ© par le travail de gouvernance, les rĂ©flexes quâil y a. Une chose quâon ne voit pas assez dans notre milieu, câest quâon a tendance Ă , en fait, traiter des problĂšmes sociaux par des solutions techniques. Câest un peu un biais que lâon a en Ă©tant des personnes plus techniques.
Mais je vois ici un projet qui ne fait pas juste ça, qui ne fait pas juste traiter un problĂšme social. Ici on pourrait dire la problĂ©matique, câest Google, puis des monopoles et tout ça, puis tout le rapport de pouvoir qui vient avec. Mais on ne traite pas juste ça comme un problĂšme technique, mais on offre aussi des solutions sociales, Ă travers la maniĂšre dont on sâorganise. Moi, en tout cas, je trouve ça trĂšs inspirant. Et puis sâil y a des divers profis qui veulent sây mettre, moi, je ne suis pas informaticien, je suis sociologue. Bon, jâai pris pause sur ma maĂźtrise, mais, je vais me dire sociologue, je vais oser dire ça. En tout cas, jâaimerais croire quâon est, Ranny et moi, la preuve quâon nâa pas besoin dâĂȘtre informaticien, informaticienne de formation pour avancer un projet de ce genre. Donc câest mon mot de motivation : libĂ©rez-vous des GAFAM, en tout cas !
Walid : Ranny, ton mot de la fin.
Ranny : oui, encore vraiment, un grand merci de nous avoir, Walid, sur le podcast. Essayez postmarketOS, si ça vous intĂ©resse. partagez avec vos amis. Si vous voulez contribuer, envoyez-nous un message sur Matrix ou trouvez une tĂąche Ă faire. On a plein de choses Ă faire, techniques et non techniques, comme on a dit. Oui, câest tout.
Il y a la phrase quâOllie aime toujours dire Ă la fin des rĂ©unions, qui est : « happy hacking » !
Walid : super. Ă©coutez, merci beaucoup. je dois vous dire que je suis un grand enthousiaste et que jâen parle tout le temps Ă tout le monde. Jâai toujours mon tĂ©lĂ©phone pour le montrer Ă des gens, e je trouve ça vraiment passionnant. Si on y mettait certainement le temps et lâargent nĂ©cessaire, ça pourrait peut-ĂȘtre rĂ©pondre Ă la question de quâest-ce quâon va faire le jour oĂč Android se sera refermĂ© ?
Câest pour ça que je trouve ça important de faire cette sĂ©rie, de parler Ă tous les gens qui font des distributions Linux pour les tĂ©lĂ©phones, pour essayer de comprendre chacun ce quâils font, quelles sont les diffĂ©rences, oĂč est-ce quâils en sont, pour que les gens puissent se faire une idĂ©e de oĂč est-ce quâon en est, est-ce quâon est loin, ou est-ce quâon nâest pas loin dâavoir un tĂ©lĂ©phone de tous les jours sous Linux.
JâĂ©tais trĂšs impatient de vous parler. Merci beaucoup Ă tous les deux. Pour les auditrices et les auditeurs, je vous invite Ă essayer si vous avez un tĂ©lĂ©phone et que vous ne savez pas quoi en faire et quâil est supportĂ© sous postmarketOS. Vous nâavez rien Ă perdre Ă part certainement pas mal de temps Ă essayer de flasher, tester, etc. Jai commencĂ© par le KDE Plasma Mobile et puis aprĂšs, en discutant avec les gens au FOSDEM, il mâon dit « ah, tu devrais quand mĂȘme essayer Phosh ». et effectivement, avec Phosh, jâai pas mal trouvĂ© mon bonheur.
Ecoutez, Ranny, Antoine, merci beaucoup. je suis vraiment ravi. jâespĂšre avoir lâoccasion de vous avoir en quelques temps sur le podcast Ă nouveau pour nous raconter oĂč est-ce que vous en ĂȘtes. dâici lĂ , encore merci beaucoup pour vous et le temps que vous avez consacrĂ© pour venir parler de postmarketOS.
Production de lâĂ©pisode
- Enregistrement Ă distance le 1r juin 2026
- Trame : Walid Nouh
- Montage : Walid Nouh
- Transcription : Ranny Bergamotte (un grand merci Ă lui)
Utilisation dâIA
Vous pouvez consulter notre charte IA.
Production :
- Réduction du bruit dans Audacity via OpenVino et le modÚle DeepNetFilter2
- Transcription : whisper-medium via mufidiwiwhi en local
- Amélioration de la transcription : gemma4-26b en local via outil interne (21k tokens en sortie)
Publication :
- Traduction en anglais des posts réseaux sociaux : en local avec Jan et Mistral-Small-3.2-24B-Instruct
- Recherche de sources autour du Radxa et dâune confĂ©rence Ubuntu Touch : Perplexity
Licence
Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieure
LâERP Tryton : histoire et perspectives N. Evrard & C. Krier â B2CK
Lâhistoire de lâERP Tryton
Sommaire
Walid: bienvenue sur ce nouvel Ă©pisode de Projets Libres! Aujourdâhui, câest un Ă©pisode un peu spĂ©cial. Les deux invitĂ©s que jâai aujourdâhui, ce nâest pas la premiĂšre fois que je les interview. Il se trouve que la premiĂšre fois que jâai participĂ© Ă une interview⊠câĂ©tait il y a 15 ans, sur une radio qui sâappelait Radio Panic, avec FrĂ©dĂ©ric PĂ©ters, Fabrice Flore-ThĂ©bault et Pierre Cros. On avait une Ă©mission qui sâappelait Good Morning Stallman, Ă laquelle on participait. Et un jour, le 14 janvier 2009, nous avons reçu nos invitĂ©s, Nicolas Evrard et CĂ©dric Krier, pour prĂ©senter ce qui Ă©tait Ă lâĂ©poque, je pense, une des premiĂšres interviews de Tryton, un ERP open source dont on va parler aujourdâhui. Donc voilĂ , 15 ans aprĂšs, normalement, si vous Ă©coutez cet Ă©pisode, il doit sortir le 14 janvier 2024, câest-Ă -dire 15 ans pile aprĂšs la premiĂšre interview. Petite touche humoristique. Et cette idĂ©e dâinterview mâest venue parce que ça fait longtemps que je voulais parler de fork et faire une sĂ©rie sur ce que câĂ©tait que les forks. Jâai repensĂ© Ă cette interview et jâai donc recontactĂ© Nicolas et CĂ©dric. Ils ont gentiment acceptĂ© mon invitation. Donc jâespĂšre que vous allez bien tous les deux.
Nicolas: oui, oui, on va bien. Jâai un peu peur quâon rĂ©pĂšte ce quâon a dit il y a 15 ans, mais voilĂ .
Walid: ça fait 15 ans, ça va. Je pense quâon ne dira pas la mĂȘme chose Ă mon avis. Alors pour les auditrices et les auditeurs, je mettrai dans les notes du podcast le lien vers lâĂ©mission de Good Morning Stalman de 2009. VoilĂ , pour ceux qui sont motivĂ©s, ils pourront aller Ă©couter. La premiĂšre partie, câest que je vais vous demander Ă tous les deux de vous prĂ©senter, nous expliquer un petit peu quel est votre parcours. Comment vous avez connu le logiciel libre ?
Nicolas: bon, je vais y aller moi, je suis plus vieux. Donc, Nicolas Evrard, je suis un dĂ©veloppeur Tryton. Comment jâai connu le logiciel libre ? Câest Ă lâuniversitĂ©, dans les annĂ©es 90, donc ça fait quand mĂȘme un bail lĂ maintenant. On bossait sur des Unix et Ă la maison, pour faire des TP, le plus simple câĂ©tait dâavoir un Linux. Et donc jâai installĂ© une Red Hat, qui si je me rappelle bien Ă©tait la 5.2. Et puis voilĂ , puis finalement jâai mis une Debian et je me suis retrouvĂ© Ă bosser sur Zope, un framework de dĂ©veloppement web en Python. Puis une chose en amenant une autre, je me suis retrouvĂ© Ă faire de lâOpenERP, TinyERP mĂȘme Ă lâĂ©poque ça sâappelait, qui est devenu OpenERP. Et puis jâai quittĂ©, câest devenu Odoo. Et jâai rencontrĂ© CĂ©dric peu avant de quitter, puisque pour la petite histoire je faisais les interviews des gens qui arrivaient chez Odoo et jâai interviewĂ© CĂ©dric. Et il mâa bien plu parce quâil lisait ses emails par Mutt. Ce qui est complĂštement stupide, mais bon, voilĂ . CâĂ©tait une façon de trier les gens quand mĂȘme.
CĂ©dric: ouais, donc, CĂ©dric, jâai une formation dâingĂ©nieur. Jâai commencĂ© Ă connaĂźtre le logiciel libre, je pense, pendant aussi mes Ă©tudes. Jâai dĂ» installer une Mandrake Ă lâĂ©poque (NDRL : pour en savoir plus voir lâinterview de GaĂ«l Duval), que jâavais eue dans un magazine, câĂ©tait des CDs. Jâai un peu laissĂ© de cĂŽtĂ©. Jâai commencĂ© mon parcours professionnel comme dĂ©veloppeur dans une sociĂ©tĂ© qui faisait un logiciel pour des banques, en Cobol. Je suis restĂ© quelques annĂ©es lĂ , et puis jâai switchĂ©, et jâai travaillĂ© dans une boĂźte qui Ă©tait dans la sĂ©curitĂ©, qui faisait des network appliances. Et aprĂšs ça, jâai Ă©tĂ© engagĂ© chez Tiny, pour travailler sur TinyERP. Et puis, quelques annĂ©es aprĂšs⊠on a dĂ©marrĂ© Tryton et maintenant on travaille tous les deux chez B2CK, une sociĂ©tĂ© quâon a créée pour le support du logiciel.
Walid: je me rappelle trĂšs bien de la Red Hat 5.1 ou 5.2, on doit avoir Ă peu prĂšs le mĂȘme Ăąge. Vous ĂȘtes basĂ© en Belgique, vous ĂȘtes basĂ© oĂč ?
Cédric: on est à LiÚge.
Nicolas: tous les deux liégeois.
Walid: alors maintenant que vous ĂȘtes prĂ©sentĂ©s, commençons par introduire Tryton. La plupart des gens qui sont lĂ , je ne suis pas sĂ»r quâils connaissent Tryton. Donc dĂ©jĂ , câest un ERP, un logiciel Enterprise Resource Planning. Câest un logiciel dont le but est de gĂ©rer un peu lâensemble des process dâune sociĂ©tĂ©. Est-ce que vous pouvez nous prĂ©senter Tryton ?
CĂ©dric: oui, en fait, on a mĂȘme plutĂŽt tendance Ă dire que câest plutĂŽt un progiciel quâun ERP. Câest un peu plus large que vraiment les features (NDLR : fonctionnalitĂ©s) dâun ERP. Câest vraiment un peu au-delĂ .
Donc, Tryton, câest un logiciel libre, quâon a dĂ©veloppĂ©, qui vient initialement dâun fork de TinyERP. On en parlera un peu plus tard. Ses caractĂ©ristiques, câest quâil est Ă©crit en Python, quâil se base sur une base de donnĂ©es Postgres, quâil est sur une architecture trois tiers. Donc on a un client, un client lĂ©ger, un serveur qui est le serveur applicatif, donc il y a la connaissance mĂ©tier, les process mĂ©tiers, etc. Et puis la base de donnĂ©es pour le stockage.
Cédric Krier
On a deux clients, en fait, deux clients lĂ©gers. Un client dans le navigateur, Ă©crit en JavaScript. et un client ou bureau Ă©crit avec GTK, compilĂ© en application native. AprĂšs, les fonctionnalitĂ©s quâon a de base, câest les grosses fonctionnalitĂ©s quâon attend dâun ERP : achat, vente, gestion de stock, comptabilitĂ©, facturation, productionâŠ
Nicolas: vente en ligne plus ou moins, enfin il y a moyen de construire. Câest aussi ça qui est dans la philosophie de Tryton, câest quâon fournit les briques pour aller plus loin. Tout nâest pas intĂ©grĂ©. Jâimagine que les gens connaissent mieux Odoo. Et Odoo, ça vient avec son e-commerce dedans, et avec Tryton, câest plutĂŽt construit sur le cĂŽtĂ©. On a dâailleurs construit quelques-uns.
CĂ©dric: une des idĂ©es dâarchitecture du logiciel, câest dâĂȘtre modulaire, pouvoir activer les modules dont on a besoin, et crĂ©er des modules si on veut en plus. Et en plus dâĂȘtre interopĂ©rable, donc on peut lâutiliser, dâĂȘtre facile Ă connecter Ă dâautres applications, Ă dâautres solutions. Et donc entre autres pour lâe-commerce, on a un module pour se connecter Ă Shopify, un module pour Vuestorefront. Et on a dĂ©jĂ dĂ©veloppĂ© plusieurs fois des petits connecteurs pour dâautres e-commerces. On a aussi des solutions de connexion avec des solutions de paiement en ligne. On gĂšre automatiquement : on a Stripe et Braintree, filiale de Paypal. Vraiment, lâidĂ©e câest lâinteropĂ©rabilitĂ©.
Nicolas: jâajouterais en plus que le projet, cette vision dâinteropĂ©rabilitĂ© a permis quâil y ait dâautres projets qui sont construits en parallĂšle Ă Tryton. Entre autres, il y en a un logiciel libre qui sâappelle GNU Health, qui est donc un logiciel de gestion dâhĂŽpitaux et de dossiers patients. Il se dĂ©ploie, alors il paraĂźt, en Espagne, mais essentiellement dans les pays en voie de dĂ©veloppement. On en a vu au Laos, il y en a en Afrique, on sait quâil y en a aussi en Argentine, en JamaĂŻque, Ă Cuba, je pense. Mais je pense quâil y a des cliniques en Espagne qui lâutilisent. Et il y a aussi un logiciel de gestion dâassurance qui sâappelle Coog, Ă©ditĂ© par des clients Ă nous, qui fait de la gestion dâassurance et qui se base sur Tryton. Et eux, ils ont pris essentiellement la compta, mais rien du tout de la vente, du stock, etc. Et ils ont construit des centaines de modules qui gĂšrent des assurances.
Cédric: autre exemple de verticalisation, il y a aussi GnuVet, une version pour la gestion de vétérinaires.
Walid: vous avez fait des petits, lĂ !
Nicolas: oui, oui, oui.
Walid: alors, justement, commençons par la genĂšse de Tryton. Pour parler de la genĂšse de Tryton, il faut donc parler de lâĂ©poque oĂč vous Ă©tiez chez OpenERP. Moi, ce que jâaimerais comprendre, câest quel est le cheminement qui vous a amenĂ© Ă vouloir crĂ©er Tryton, en fait ?
CĂ©dric: je pense quâon va me refaire une petite prĂ©cision. En rĂ©alitĂ©, jâai dĂ©marrĂ© le projet avec un autre associĂ©, Bertrand, qui travaille aussi chez Tiny, et Nicolas a rejoint par aprĂšs. Donc, vraiment la genĂšse du projet Tryton, ce serait plutĂŽt de mon cĂŽtĂ©. AprĂšs, Nicolas a eu un peu la mĂȘme dĂ©marche, mais de maniĂšre un peu diffĂ©rente. Donc, Tiny, ça sâappelait Tiny Ă lâĂ©poque, la boĂźte, et qui Ă©ditait Tiny ERP, un logiciel gestion dâentreprise aussi open source.
En tant quâemployĂ© dans la structure, qui Ă©tait une petite structure, je crois quâon Ă©tait moins de 10 Ă lâĂ©poque, avec mon collĂšgue Bertrand, on Ă©tait, aprĂšs une annĂ©e et demie, deux ans de travail dans la sociĂ©tĂ© et dâexpĂ©rience, pas trĂšs contents en rĂ©alitĂ© du service au client qui Ă©tait fourni. On Ă©tait toujours un peu pas Ă lâaise par rapport aux promesses faites au client et par rapport Ă ce que la solution offrait et ce quâil fallait dĂ©velopper, rĂ©parer en cours de route, etc. Donc, câĂ©tait assez frustrant en tant quâemployĂ© de ne pas avoir la possibilitĂ© de fournir un travail considĂ©rĂ© valorisant. Du coup⊠on sâest dit quâon pouvait faire mieux. Et de lĂ , assez rapidement, je pense quâon sâest dĂ©cidĂ©, en deux ou trois mois, on sâest dit on va se lancer. Et donc, on a dĂ©missionnĂ© et puis on a dĂ©marrĂ©.
Cédric Krier
On nâa pas directement repris le code qui Ă©tait hĂ©bergĂ© un subversion (NDLR : autrement appelĂ© SVN), mais en fait, câĂ©tait un subversion qui Ă©tait privĂ©e. Donc, en tant quâemployĂ©, on y avait accĂšs, mais en nâĂ©tant plus employĂ©, on nâĂ©tait plus censĂ© y avoir accĂšs. Donc, on nâa pas repris, on nâa pas su reprendre lâhistorique, parce quâĂ lâĂ©poque, le logiciel Ă©tait juste publiĂ© en release, de maniĂšre un peu irrĂ©guliĂšre. Et donc on est reparti dâune archive, mais on ne lâa pas intĂ©grĂ©e telle quelle directement dans notre dĂ©pĂŽt. On a repris des bouts, bloc par bloc, parfois en réécrivant des parties, et on a reconstruit en piochant dans le code existant. Ce qui nous a permis, dĂšs le dĂ©but, de corriger des erreurs quâon connaissait de lâarchitecture initiale, dâessayer dâĂ©viter de les reprendre pour notre dĂ©part. Avec le temps, on sâest aperçu quâon avait laissĂ© passer des problĂšmes Ă cette Ă©poque-lĂ quâon ne connaissait pas. Et de lĂ , on a commencĂ© Ă reconstruire. Ăa, câĂ©tait vraiment pour le cĆur, le cĆur avec le client lĂ©ger.
Walid: donc, en fait, la dĂ©cision de faire votre propre boĂźte et votre propre ERP, elle nâest pas liĂ©e Ă des problĂ©matiques techniques, elle est liĂ©e Ă des problĂ©matiques de relations clients, câest bien ça ? Ou il y en a aussi des problĂ©matiques techniques, en fait ?
CĂ©dric: quand on Ă©tait employĂ©, on avait identifiĂ© des problĂšmes techniques quâon a essayĂ© de faire corriger et de rectifier en interne. Mais on nâavait pas la possibilitĂ©, on ne nous a pas donnĂ© les moyens de pouvoir le faire. Ă lâĂ©poque, je sais bien que la sociĂ©tĂ© nâavait pas beaucoup de ressources non plus, donc câĂ©tait difficile, il fallait balancer entre le client et ce genre de dĂ©veloppements. AprĂšs, on ne connaissait pas tout de la sociĂ©tĂ©, on nâĂ©tait pas dans les secrets du management Ă lâĂ©poque. Nous, on avait lâimpression quâon pouvait faire mieux. Mais ce nâĂ©tait pas possible de le faire en interne, enfin dans la structure. La structure Ă©tait plus Ă courir aprĂšs des clients, Ă essayer de rentrer un maximum de clients que de rectifier les problĂšmes de genĂšse du projet.
Nicolas: pour la petite histoire, en fait, quand je suis parti et que jâai fait engager CĂ©dric Ă Fabien (NDLR Pinkears, fondateur de TinyERP) Ă lâĂ©poque, je suis parti avec quelquâun que jâai rencontrĂ© chez Tiny, qui sâappelle GaĂ«tan de Menten, et on est partis tous les deux avec, exactement ça câest trĂšs drĂŽle, les mĂȘmes constats et les mĂȘmes envies de changer techniquement les choses et dâavoir une autre relation au code et Ă la façon de faire les choses de façon gĂ©nĂ©rale. Bon, nous ça sâest plantĂ© beaucoup plus, Tryton a rĂ©ussi Ă sâen venir, nous ça nâa pas du tout marchĂ©. Parce que nous, on a réécrit dĂšs le dĂ©but from scratch, on nâa pas voulu du tout ĂȘtre dans le fork. En fait, on a voulu partir de zĂ©ro et câest le plus difficile.
Walid: il y a naissance de Tryton. Si je comprends bien, les premiĂšres actions, ces premiĂšres actions, câest reprendre le code, faire du nettoyage, etc. Vous publiez une premiĂšre version quand ?
CĂ©dric: jâai regardĂ© le premier commit quâon a fait, le 19 dĂ©cembre 2007. Et la premiĂšre release, on lâa faite le 17 novembre 2008, donc quasiment un an. Je pense que câest Ă peu prĂšs ce quâon sâĂ©tait donnĂ© comme objectif : un an pour avoir une solution utilisable, dĂ©montrable, et pour commencer Ă essayer dâattirer des clients. On a eu un client trĂšs tĂŽt, qui nous a suivis dĂšs le dĂ©marrage, ce qui nous a permis de survivre pendant cette annĂ©e-lĂ . Ă la premiĂšre release, assez rapidement, il y a une petite communautĂ© qui sâest créée, principalement des gens qui venaient de TinyERP et qui Ă©taient un peu déçus aussi par la qualitĂ© et par la gestion du projet. Je pense quâon a surtout capitalisĂ© sur le fait que nous, on a directement publiĂ© le dĂ©pĂŽt. Notre dĂ©pĂŽt Ă©tait public, ce qui nâĂ©tait toujours pas, je pense, le cas de TinyERP Ă lâĂ©poque. Avec notre premiĂšre release, on avait une discussion ouverte et on Ă©tait prĂȘts Ă discuter avec les contributeurs Ă©ventuels, ce qui nâĂ©tait absolument pas le cas chez Tiny. Il y avait bien un forum, mais en fait, câĂ©tait plutĂŽt un forum dâutilisateurs qui sâentraidaient, et les employĂ©s de la sociĂ©tĂ© nâavaient pas dâautorisation dâaller aider sur ce forum, ça ne passait que par une relation commerciale.
Walid: dans quel Ă©tat dâesprit vous Ă©tiez quand vous avez fait le fork ? Je mâexplique, jâai participĂ© Ă un fork dâun projet libre, et pendant un an câĂ©tait la grosse excitation, parce quâil y avait des possibilitĂ©s qui sâouvraient et tout. Alors, dans quel Ă©tat dâesprit vous Ă©tiez Ă ce moment-lĂ ?
CĂ©dric: assez enthousiastes, on nâavait pas de passif. On nâavait pas Ă prendre en considĂ©ration un passĂ©, maintenir une compatibilitĂ© avec quelque chose dâexistant, etc.
Donc câest vrai quâon pouvait casser tout et dĂ©cider de changer des grosses choses, de faire des gros changements structurels sans trop de contraintes. Et donc câest vrai que pendant cette annĂ©e-lĂ , câĂ©tait assez gai de dĂ©velopper et de travailler sur le projet. Mais une fois quâon a fait une premiĂšre release, on sâest imposĂ© des rĂšgles.
Cédric Krier
Et du coup, ces rĂšgles ont un peu cadenassĂ© : il y a eu plus de challenges pour arriver Ă faire ce quâon voulait dans les contraintes quâon sâest donnĂ©es. Et un petit peu moins de libertĂ©, mais dans un sensâŠ
Walid: câĂ©tait quoi ces rĂšgles ?
CĂ©dric: un utilisateur doit pouvoir passer dâune version Ă lâautre sans avoir besoin de services externes. Ce qui permet de ne pas avoir de vendor lock-in, ce qui est souvent reprochĂ© sur certains projets : Ă partir du moment oĂč ils utilisent leurs solutions libres, on est obligĂ© de passer par leur service pour maintenir, parce quâil y a personne dâautre qui ne sait le faire. Câest ce que fait Odoo pour lâinstant. Ăa, câĂ©tait une premiĂšre contrainte. Essayer dâavoir une backward compatibility (NDLR : compatiblitĂ© descendante) des API le plus possible. Bien quâon ait dĂ©cidĂ© Ă plusieurs reprises de casser cela, on a fait la publicitĂ© de ces changements, expliquĂ© et mis tout le monde au courant.
Walid: je voulais vous demander quel Ă©tait le panorama en fin 2008 des ERP libres et open source. Il y avait quoi ? Il y avait Dolibarr, TinyERP, il y avait quoi dâautre ?
Nicolas: Dolibarr, TinyERP, ERP5. CâĂ©tait un ERP fait en Python, si je me rappelle bien, par un Lillois ou quelque chose comme ça. Les concepts Ă©taient un peu intĂ©ressants, dâailleurs. Je me rappelle, il y a eu un bouquin sur le design des logiciels, et il y a un chapitre dessus. Ăa existe toujours dâailleurs. Ah bah oui, il y a eu un commit il y a cinq jours. VoilĂ .
Cédric: GnuCash. Je ne sais pas si ça peut se monter comme ERP, mais il y a GnuCash qui existe.
Nicolas: un truc en Java, comme Compiere.
Cédric: ⊠Compiere.
Walid: il nây avait pas grand-chose.
Nicolas: non. Au final, il nây a toujours pas grand-chose.
Cédric: ERPnext.
Nicolas: ERPnext en effet.
Cédric: oui. Il y a aussi⊠Alexor.
Walid: il y avait de la place pour un nouvel ERP libre open source.
CĂ©dric: la premiĂšre concurrence, je pense, câest avec Excel. Dans beaucoup dâentreprises, ils travaillent avec Excel. Donc, il faut remplacer Excel, on remplace souvent Excel. Ou alors aprĂšs, il y a vraiment les logiciels propriĂ©taires, Navision, SAP. Câest plutĂŽt la concurrence que les autres logiciels open source.
Walid: vous publiez la premiĂšre version, vous avez une communautĂ© qui se crĂ©e. La question que je me pose, câest : est-ce que vous gardez des contacts Ă lâĂ©poque chez Tiny ? Est-ce que vous savez sâils regardent un peu ce que vous faites ? Est-ce que vous, vous regardez ce quâils font aussi ? Est-ce quâil y a des Ă©changes un peu dans un sens ou dans les deux ? Comment ça se passe ?
Cédric:
le dĂ©but Ă©tait un peu chaotique. Parce quâon a eu une premiĂšre affaire avec Fabien, donc Fabien Pinckaers, le directeur de lâentreprise, qui, assez rapidement, quand on a publiĂ© du code, etc., nous a accusĂ©s de le voler. Alors quâon Ă©tait repartis sur la version publique, ce qui Ă©tait sous licence GPL2. De ce point de vue-lĂ , on nâa en fait rien Ă se reprocher. Dâailleurs, aprĂšs nous avoir accusĂ©s de maniĂšre publique, on a juste Ă©crit une premiĂšre lettre avec lâaide dâun avocat pour lui dire quâil se calme un peu sur les accusations. Et dâailleurs ça nâa jamais Ă©tĂ© plus loin.
Cédric Krier
Donc je pense que câĂ©tait plus une crainte dâavoir un concurrent qui dĂ©barque quâautre chose.
Walid: câĂ©tait pour dire bienvenue.
Cédric: si on veut.
Ensuite, par la suite, il y a eu du code qui a Ă©tĂ© repris. Je pense principalement Ă une petite librairie quâon avait dĂ©veloppĂ©e, quâon avait appelĂ©e VAT Number, qui est pour valider les numĂ©ros de TVA dâun peu partout, de plein de pays. Et donc, on collectait des formats et on ajoutait des validateurs, etc. Et on a retrouvĂ© notre code repris tel quel, en copier-coller, Ă lâintĂ©rieur des modules dâOdoo. Ce qui ne nous avait pas trop plu, câĂ©tait le manque⊠Ils nâavaient pas gardĂ© lâattribution de lâauteur, le copyright. Au niveau licence, câĂ©tait bon parce que ça restait GPL, si je me rappelle bien.
Cédric Krier
On a dĂ» un peu leur rappeler quâil fallait mettre⊠Ils ont mis le nom en commentaire quelque part dans le fichier. Ce nâest pas tout Ă fait la bonne pratique, mais on nâa pas Ă©tĂ© plus loin que de leur rappeler ça. Donc, il y a eu ce genre dâĂ©changes de code qui sont partis dans cette direction-lĂ . Ce quâon a mĂȘme trouvĂ© un peu regrettable, câest que nous, on a tendance Ă dĂ©velopper des librairies pour des fonctionnalitĂ©s gĂ©nĂ©rales qui ne sont pas directement liĂ©es Ă Tryton ou Ă lâERP, de maniĂšre Ă ce quâelles puissent ĂȘtre utilisables par dâautres. Et on a vu quâils ne rĂ©utilisaient pas notre librairie, mais la bundle de maniĂšre un peu cachĂ©e. On trouvait que câĂ©tait un peu dommage de ne pas avoir cet esprit oĂč justement on aurait pu contribuer ensemble sur un projet⊠un bout de code, un bout de projet
Nicolas: oui, par exemple. Sensiblement la mĂȘme idĂ©e, câest quand on a fait notre client. Parce quâil y a le client JavaScript, il y a le client GTK, donc desktop. Pour faire les tests, on a fait aussi un client en ligne de commande, enfin, plus ou moins. Au final, ce client, il a aussi eu une existence. Enfin, lâidĂ©e a Ă©tĂ© reprise. Ils auraient Ă©videmment pas pu reprendre exactement la mĂȘme chose. Mais il y a eu de lâinspiration, je pense, des deux projets de lâun Ă lâautre. On est passĂ©s Ă lâActive Record (NDLR : un design pattern logiciel, un patron de conception). Ils ont suivi un an ou deux plus tard. Et nous, on regarde ce quâils font et ça nous inspire de temps en temps.
CĂ©dric: nous, de maniĂšre claire et publique. Il nous arrive de voir des commits passer ou des changements chez Odoo et de dire : « ah bah tiens, câest peut-ĂȘtre intĂ©ressant, câest une idĂ©e intĂ©ressante ». Et du coup, on ouvre un bug dans notre bug tracker avec le lien vers le commit en disant : « tiens, ils font ça comme ça, ça pourrait ĂȘtre applicable pour nous et ça pourrait ĂȘtre intĂ©ressant ». Dans lâautre sens, il y a, je pense, clairement la volontĂ© de ne pas parler du projet Tryton. Du coup, on nâa pas vraiment de preuves, mais il y a parfois des coĂŻncidences, des choses. On dĂ©couvre quâon a une idĂ©e, on dĂ©veloppe quelque chose, et on retrouve lâidĂ©e un peu similaire qui est dĂ©veloppĂ©e quelques mois aprĂšs. Alors, câest possible que ce soit des coĂŻncidences ou pas. Câest difficile Ă savoir. Mais de leur cĂŽtĂ©, je pense clairement que le mot dâordre câest dâignorer et de faire comme si le projet Tryton nâexistait pas.
Walid: donc le projet est en licence GPL V3+. Quand vous avez récupéré le code au départ, il était en licence quoi ? GPL2 ? Il était déjà en licence ?
CĂ©dric: en GPL2. On lâa upgradĂ© Ă la GPL3. CâĂ©tait Ă lâĂ©poque oĂč la GPL3 venait de sortir. Il y avait tout un terme autour de la Tivoization. On sâest dit que câĂ©tait probablement une bonne idĂ©e dâupgrader.
Walid: quelque chose dâautre qui mâintĂ©resse beaucoup. Jâai Ă©coutĂ© dâautres podcasts que je mettrai en description dans lesquels vous parlez un peu du deuxiĂšme sujet qui mâintĂ©resse : la gouvernance que vous avez mise en place. Il y a cette volontĂ©, dĂšs le dĂ©part, de faire en sorte que le code reste libre. Jâai trouvĂ© ça vraiment trĂšs intĂ©ressant, surtout dans une pĂ©riode un peu troublĂ©e comme maintenant oĂč les projets ont tendance Ă changer de licence pour passer sur des licences plus ou moins libres. Et puis entre-temps, vous avez aussi créé une fondation. Est-ce que vous pouvez un peu mâexpliquer le cheminement qui a conduit Ă la gouvernance que vous avez maintenant ? Est-ce que câĂ©tait ce que vous vouliez faire au dĂ©part ? Et puis maintenant, quelle est la gouvernance ? Comment le projet est-il gĂ©rĂ© maintenant ?
CĂ©dric: je pense quâau dĂ©marrage du projet, Bertrand et moi, nous nâavions absolument aucune idĂ©e de comment le projet allait ⊠au niveau communautaire⊠de comment on allait gĂ©rer. On nâavait absolument pas de vision. On sâĂ©tait dit : on va faire un projet open source comme les autres projets open source.
Nicolas: au niveau de la licence, il y a le fait que tout bĂȘtement⊠OpenERP ou Odoo, je ne sais plus, Tiny, je pense. Tiny a toujours le copyright sur une partie du code, et donc on ne peut pas le changer. On voulait le changer, il faudrait quâon demande, et je ne pense pas quâils seraient dâaccord.
Mais sinon, notre vision Ă ce niveau-lĂ , ça a toujours Ă©tĂ© dâattribuer le code aux personnes qui lâont Ă©crit, dans le sens oĂč plus de personnes ont le copyright, plus il est difficile de changer ensuite. Et donc, ça oblige le code Ă rester open source. Câest aussi pour ça quâil nây a pas de CLA, Contributor License Agreement, parce quâun CLA, au final, ça donne lâautorisation Ă une boĂźte de faire ce quâelle veut avec son code.
Nicolas Evrard
Je ne sais pas si on en a vraiment discutĂ©, mais câest quelque chose sur lequel on Ă©tait dâaccord quasi naturellement.
CĂ©dric: oui, nous, dĂšs le dĂ©but, on sâest attribuĂ© Ă chacun le copyright du code quâil a Ă©crit. Ăa ne sert Ă rien de faire autrement. Et on ne voit pas dâintĂ©rĂȘt Ă le faire autrement. Quâest-ce que ça nous apporterait, Ă part des contraintes juridiques ? Il faudrait un CLA, il faudrait en avoir un, le faire signer, le conserver, etc. Et pour quel intĂ©rĂȘt ? Si on me demande de signer un CLA, câest parce quâon veut changer la licence par aprĂšs.
Walid: câest parce que lâentreprise garde le droit de faire ce quâelle veut avec le logiciel auquel une communautĂ© de gens a potentiellement contribuĂ©, ce qui est assez sournois finalement quand on y pense.
CĂ©dric: oui, oui. Et alors, je dois dire aussi, je pense quâil y a un point Ă rajouter.
Au dĂ©but du projet, la communautĂ© sâest principalement construite avec des gens venant du monde de Tiny, dâOpenERP et Odoo, qui ont eu une forte tendance Ă changer de licence tous les 3-4 ans. Ils sont passĂ©s dâune GPL Ă , je pense, une AGPL, puis une LGPL, et maintenant ils ont un mix avec une partie propriĂ©taire et une partie qui reste LGPL, mais ils se rĂ©servent le droit de basculer du code dâun cĂŽtĂ© Ă lâautre. Tous ces changements de licence ont créé une crainte chez certains utilisateurs ou participants Ă cette communautĂ©, qui se sont redirigĂ©s vers nous. Et du coup, câĂ©tait un critĂšre important pour eux : sâassurer que les rĂšgles nâallaient pas changer en cours de route.
Cédric Kreir
Nous, dĂšs le dĂ©part, on disait que lâidĂ©e Ă©tait dâavoir B2CK comme une entreprise qui contribue au projet, mais qui reste une entreprise comme les autres. De ne pas avoir un avantage ou la possibilitĂ© de dire, Ă un moment donnĂ©, « la communautĂ© est assez grande, maintenant hop on ferme, on garde pour nous et on vous fait payer une licence pour la suite ». CâĂ©tait une crainte que beaucoup avaient, et du coup notre mode de travail⊠la maniĂšre dont on gĂ©rait dĂ©jĂ Ă©tait rassurant. Du coup, on a pu construire cette idĂ©e que plus on partage le copyright, plus câest protĂ©gĂ©, et plus la licence est figĂ©e. Câest un peu ce qui sâest passĂ© avec le kernel Linux (NDLR : noyau Linux), qui dâailleurs nâa pas pu passer Ă la GPL3 parce quâil nâest pas possible dâavoir lâaccord de tous les contributeurs. Ă lâĂ©poque, la clause initiale nâavait pas mis « ou plus tard ». Câest ça, donc câest une GPL2 stricte.
Nicolas: ça nous permet dâembrayer sur la fondation, parce que la fondation vient dâune de ces craintes en rĂ©alitĂ©.
Ă ce moment-lĂ , on avait B2CK, et on est allĂ©s rencontrer des gens en Espagne qui Ă©taient utilisateurs dâOpenERP et contributeurs de certains modules, etc. Une de leurs craintes, câĂ©tait en effet que B2CK copie ce quâavait fait Tiny et prenne le contrĂŽle sur la chose. Et une façon de les rassurer, câĂ©tait de crĂ©er la fondation. La fondation, câest un mĂ©canisme juridique en Belgique qui permet de crĂ©er une sorte de sociĂ©tĂ© avec un but particulier, qui doit ĂȘtre non commercial, si je me rappelle bien.
Nicolas Evrard
CĂ©dric: câest sĂ©curiser un bien.
On a dĂ» donner Ă la fondation un bien, qui est en fait le nom Tryton, simplement. La fondation a pour objet de le protĂ©ger. Donc, on a dĂ©fini des rĂšgles, mais ce sont des rĂšgles immuables. On ne peut plus modifier lâobjet de la fondation, et ça, câest une garantie qui va au-delĂ de simplement sâengager. LâĂtat nous oblige Ă respecter cette situation.
Cédric Krier
Nicolas: si dâaventure, le conseil dâadministration de la fondation ne respecte pas les rĂšgles, par exemple en fermant le code source, nâimporte qui pourrait attaquer ce conseil dâadministration devant les tribunaux belges en lâoccurence, pour faire respecter le caractĂšre open source.
Walid: et donc là , vous décidez de créer la fondation. Là , on est en quelle année ?
Cédric: en 2012.
Nicolas: ouais, novembre 2012. On peut voir ça comme une façon de rassurer les gens, parce quâau final, pour nous, on ne voyait pas le problĂšme.
CĂ©dric: on avait sĂ©curisĂ© en quelque sorte le code source, mais lâautre risque, câĂ©tait le nom. La marque Tryton et le nom de domaine Ă©taient la propriĂ©tĂ© de B2CK. On les avait achetĂ©s avec B2CK, parce quâil fallait bien sortir les fonds Ă un moment donnĂ©. Et du coup un des risques Ă©tait quâon prenne le contrĂŽle du domaine et quâon pointe vers autre chose. Tout le travail de construction de la marque soit volĂ© en quelque sorte. CâĂ©tait une maniĂšre de protĂ©ger le projet.
On a cherchĂ© la bonne forme juridique. Ce nâest pas Ă©vident parce que les juristes ne font pas ça souvent et ne comprennent pas toujours la demande, la difficultĂ©. Mais aussi ce qui est souvent fait, ce sont des organisations type ASBL (NDLR : association sans but lucratif), mais ça ne protĂšge pas de la mĂȘme maniĂšre. Il y a toujours moyen de prendre le contrĂŽle dâune ASBL et de changer son objet social.
Cédric Krier
Donc, ça a pris du temps entre chercher, Ă©crire des statuts qui nous conviennent et qui protĂ©geaient le projet. De trouver un mĂ©canisme qui permet un bon Ă©quilibre entre ceux qui vont avoir la responsabilitĂ© de la fondation et le reste de la communautĂ© qui va avoir une espĂšce dâĂ©quilibre de pouvoir. VoilĂ donc ça ça a Ă©tĂ© des choses Ă inventer et Ă imaginer.
Nicolas: dans notre fondation, on a le principe des supporters, parce quâune fondation ne peut pas avoir de membres. Le terme « membre » ne pouvait pas apparaĂźtre dans les statuts, donc on a utilisĂ© le terme « supporter ». Les gens deviennent des supporters de Tryton et constituent une assemblĂ©e des supporters. Cette assemblĂ©e des supporters peut, Ă une majoritĂ© de 2/3 ou 50%, â je ne sais plus, de toute façon ça nâarrive jamais â dĂ©cider changer complĂštement le board de la fondation. Il est Ă©lu pour 5 ans.
Walid: ce board, il est composé de qui ?
CĂ©dric: Ă la crĂ©ation, on Ă©tait trois fondateurs, donc les trois propriĂ©taires de B2CK. On est fondateurs parce que câest nous qui apportons le bien. Donc on a une qualitĂ© juridique spĂ©ciale. On a choisi quatre autres membres. Donc, on sâest mis tous les trois dans le nombre fondateur, dans le conseil dâadministration, et on a inclus quatre autres membres. Alors, on a essayĂ© dâavoir une diversitĂ© gĂ©ographique.
Nicolas: il y avait Udo dâAllemagne, Albert dâEspagne. Sharon dâInde, et le quatriĂšme,
Cédric: Sebastien,
Nicolas: ah bah si, voilĂ , eĂ©bastian, donc dâArgentie.
CĂ©dric: dâArgentie. Donc on a essayĂ© dâavoir une universitĂ© gĂ©ographique, aussi de pays, Ă©videmment, de langues, enfin de cultures, enfin dâessayer de reprĂ©senter la diversitĂ© quâil y a dans la communautĂ© dans le bord. Ensuite, le bord se renouvelle tous les cinq ans par cooptation. On lance un appel Ă candidats, en fait, pour quâils se prĂ©sentent. Câest comme ça que le bord dĂ©cide de fonctionner. Ăa, ce nâest pas vraiment dans les statuts. On va devoir aider les candidats et le bord prĂ©cĂ©dent choisit les membres suivants. Ăa peut ĂȘtre les mĂȘmes. Il nây a pas de limite sur le nombre de mandats que personne peut faire. Il est dĂ©jĂ assez difficile de trouver des gens. Câest en limite, on risque deâŠ
Walid: donc, il y a une fondation avec des membres qui sont représentatifs de la communauté. Il y a la communauté. Donc, je suppose que dans cette communauté, il y a des utilisateurs. Il y a aussi potentiellement des sociétés de services, des gens qui⊠quelle est la diversité de la communauté autour de Tryton ?
CĂ©dric: si tu parles juste des supporters, lĂ , on en⊠ĂȘtre supporters câest juste demander, il faut juste demander, donc il y a un peu tout, il y a des utilisateurs, il y a des dĂ©veloppeurs, il y a des sociĂ©tĂ©s de services qui fournissent du service sur Tryton. Donc on a vraiment tout type dâentitĂ©s. AprĂšs, si on veut parler de la communautĂ© plus gĂ©nĂ©rale, plus large, la partie vraiment vivante qui participe, etc., câest principalement quand mĂȘme des dĂ©veloppeurs qui sont⊠souvent des dĂ©veloppeurs qui sont dans une sociĂ©tĂ© qui fournit du service sur Tryton.
Nicolas: la communautĂ© se rassemble essentiellement autour du forum et on voit quâil y a quand mĂȘme une bonne petite partie de dĂ©veloppeurs allemands, pas mal dâhispanophones aussi qui font du GNU Health ou du Tryton.
Cédric: oui, au final,
on nâa pas une trĂšs claire vision de qui utilise Tryton, sur le forum, on a des pseudos, mais on ne sait pas toujours ce quâil y a derriĂšre. On a des Ă©vĂ©nements en live, et donc on peut mettre des visages sur des pseudos, mais câest toujours une partie. En fait, on est assez dans le flou de savoir qui utilise Tryton, et qui est vraiment dans la communautĂ©.
Nicolas Evrard
Walid: vous avez des clients que vous avez le droit de citer, juste pour donner un exemple, qui peut utiliser Tryton par exemple ?
Nicolas: jâai citĂ© Coopengo, oui, mais ce sont des gens qui font la verticalisation dont je parlais, Tryton, les assurances, câest un de nos principaux clients.
CĂ©dric: je crois quâon peut parler de Jurassic Fruit.
Nicolas: on a Jurassic Fruit,
CĂ©dric: câest un site. Câest un site de vente de fruits en ligne.
Nicolas: on a quelques⊠Ah oui, clients prestigieux, Saint Luc.
CĂ©dric: câest les leaders des boules de billard. Je crois quâils font 80% des boules de billard du monde. Et ils lâutilisent pour presque⊠ils sont en train de passer Ă presque tout leur processus.
CĂ©dric: oui, ils ont commencĂ© par la gestion dâentrepĂŽt et puis progressivement, ils rajoutent des fonctionnalitĂ©s, les achats, les ventes. Ils complĂštent, ils remplacent un ERP fait maison, historique, par Tryton.
Nicolas: on sait que dans les gens qui contribuent Ă Tryton, il y a une sociĂ©tĂ© qui fait je ne sais plus combien de pourcents des fraises qui sont faites en Espagne. VoilĂ . Donc Ă mon avis, câest des gens quâon ne connaĂźt pas, mais il y en a certains qui ont bonne part de marchĂ© dans leur secteur. Et ce qui se passe, câest que comme on nâa pas une entreprise tĂȘtiĂšre qui dirige le marketing, qui dirige le logiciel, au final, on ne sait pas. On ne sait pas ce qui se passe. Enfin, si, on le sait Ă©videmment, parce que comme on est quand mĂȘme des gens qui contribuent beaucoup, les gens nous parlent, mais au final, il y a quand mĂȘme des gens qui lâutilisent sans jamais rien nous dire.
CĂ©dric: et B2CK, si on revient sur B2CK, on a principalement comme client dâautres sociĂ©tĂ©s dâIT qui ont des clients. Donc, on est souvent plutĂŽt en deuxiĂšme niveau. On a certains clients en premier niveau direct, mais on a principalement des clients en deuxiĂšme niveau. Donc, du coup, on peut un peu deviner les clients quâil y a derriĂšre. Oui, et il y a aussi un point en plus. Je pense quâil y a aussi une partie de rebranding. Donc, il y a des sociĂ©tĂ©s de service qui vont installer Tryton, mais sans dire que câest Tryton. Peut-ĂȘtre juste rebrandant le logo, ou en faisant un logo Ă leur sauce, et en mettant un petit thĂšme sur sur le client et hop, ils en font leur solution. Dans un sens, ça nous va. Ils ont tout Ă fait le droit de le faire. Câest un peu regrettable pour la notoriĂ©tĂ© du projet.
Walid: vous avez parlĂ© dâun forum. Quels sont les outils qui sont utilisĂ©s pour collaborer ?
Nicolas: alors le forum, câest Discourse. Plus en plus de logiciels libres sont en train dây passer.
CĂ©dric: on a un forum IRC. PlutĂŽt calme, parce que sur Discourse câest quand mĂȘme beaucoup plus agrĂ©able et plus asynchrone, donc ça permet beaucoup.
Nicolas: il y avait des mailing lists, mais on les a tuées pour Discourse.
CĂ©dric: on nâa pas voulu multiplier les canaux, disperser, sinon chacun reste dans son silo, dans son canal prĂ©fĂ©rĂ©. Donc on a vraiment tout centralisĂ© sur Discourse.
Nicolas: et puis ça fait barbu, les mailing lists.
Walid: IRC aussi.
CĂ©dric: et dâailleurs, maintenant que Discourse a⊠On a activĂ© aussi les chats sur Discourse. Câest vrai quâil y a un cĂŽtĂ© un peu redondant. LâintĂ©rĂȘt de lâIRC Ă©tait pour les petits messages rapides, quelquâun qui a un petit problĂšme, il peut poser sa question et avoir une rĂ©ponse rapidement. En fait, le chat de Discourse pourrait remplacer IRC dans un sens.
Walid: et pour les forges ?
Cédric: on a notre dépÎt sur Mercurial depuis le début.
Nicolas: et câĂ©tait self-hostĂ© (NDRL : auto-hĂ©bergĂ©)
CĂ©dric: oui, on lâa hostĂ© sur nos serveurs avec juste le service web de base quâil y a dans Mercurial. Et on utilisait Rietvelt comme outil de Code Review (NDLR : revue de code). CâĂ©tait lâoutil que Guido van Rossum, lâinventeur de Python, avait Ă©crit quand il travaillait chez Google pour le review du projet Python, que le projet Python a arrĂȘtĂ© dâutiliser depuis quelques annĂ©es. Le projet nâest plus trop maintenu, je pense quâon devait ĂȘtre les derniers encore Ă lâutiliser. Du coup, ça nous a poussĂ© Ă chercher une solution alternative. Et lĂ , depuis un an, on est passĂ© sur une forge qui sâappelle Heptapod, qui est en fait un fork de GitLab avec le support Mercurial. Câest un fork qui se veut friendly (NDLR : amical), donc en fait, ils viennent juste rajouter des composants pour supporter Mercurial Ă la place de Git. Et on est hostĂ© sur leur plateforme. Ils ont une plateforme de⊠Donc câest foss.heptapod.net. Donc lĂ , on a notre projet Tryton quâon a migrĂ© maintenant en un monorepo. Donc avant, on avait un dĂ©pĂŽt par projet et module. Pour la migration, pour le passage Ă la forge, on a fait un monorepo. Les modifications quâon fait ont assez souvent des implications dans plusieurs modules, voire mĂȘme dans tous les modules. Câest beaucoup plus pratique dâavoir une seule Merge Request globale qui contient tout lâhistorique du changement que dâavoir plein de petits dĂ©pĂŽts avec des Merge Requests qui doivent ĂȘtre faites en mĂȘme temps. En plus, ça permet aussi dâavoir une CI (NDLR : intĂ©gration continue) qui est beaucoup plus stable puisquâon teste toujours un tout cohĂ©rent, une version, enfin un snapshot de lâensemble du logiciel.
Nicolas: câest la fondation qui a sponsorisĂ© le switch.
Walid: oĂč est-ce quâil en est le projet aujourdâhui et quels sont les points forts de Tryton en fait ? Pourquoi Tryton est bien adaptĂ© aujourdâhui maintenant ?
CĂ©dric: moi je dirais la modularitĂ©. On a vraiment poussĂ© le concept vraiment Ă lâextrĂȘme, câest-Ă -dire quâon peut, via lâajout dâun module, modifier quasiment nâimporte quel comportement du logiciel. Donc on peut modifier les flux standards quâon implĂ©mente, qui sont des flux gĂ©nĂ©ralement classiques, mais chaque entreprise a sa petite spĂ©cificitĂ©, etc. Donc on peut aller se plugger (NDLR : brancher) nâimporte oĂč dans le code pour altĂ©rer le comportement et adapter aux besoins, et donc de pouvoir vraiment sâadapter Ă des flux de travail trĂšs spĂ©cifiques.
Nicolas: par contre, par rapport oĂč on est le projet en gĂ©nĂ©ral, lĂ ,
Cédric: on est en vitesse de croisiÚre, je dirais
Nicolas: oui câest ça, on a une vitesse de croisiĂšre. Nous, B2CK, on connaĂźt pas mal dâentreprises qui utilisent Tryton depuis 10, 15 ans et qui fonctionnent.
Alors, on ne connaĂźt pas lâexplosion exponentielle que connaĂźt par exemple Odoo. Ăa, câest sĂ»r, on ne va pas le nier. Personnellement, ce nâest pas quelque chose que je recherche particuliĂšrement, donc ça ne mâinquiĂšte absolument pas. Oui, on pourrait probablement avoir plus de dĂ©veloppeurs, mais ça ne vient pas non plus sans dâautres contraintes et sans parfois une certaine friction ou des choses ainsi.
Nicolas Evrard
Cédric:
il est assez facile dâavoir des gens qui veulent contribuer, dâajouter des modules, de faire un module pour leurs besoins, etc. Ce qui est beaucoup plus difficile, câest dâavoir des contributeurs qui vont faire vraiment le travail de maintenance du projet, maintenir les dĂ©pendances Ă jour, faire Ă©voluer sur les nouvelles versions, corriger des bugs un peu compliquĂ©s dans le cĆur, etc. Ou mĂȘme juste optimiser.
Cédric Krier
Vraiment tout ce qui est travail dâoptimisation, dâamĂ©lioration, vraiment dans le cĆur du moteur. On a B2CK qui travaille et on a quelques contributeurs qui le font. Ce nâest pas Ă©norme et câest difficile de trouver parce que ce nâest pas Ă©vident. Il faut avoir beaucoup dâexpĂ©rience, connaĂźtre bien lâintĂ©gralitĂ© du code parce que quand on touche au cĆur, ça peut avoir des impacts partout. Ce nâest pas Ă©vident. Mais il y a beaucoup de dĂ©veloppement qui est fait, mais en dehors vraiment de Tryton. Il y a des dĂ©pĂŽts un peu partout qui existent, de projets personnels ou de sociĂ©tĂ©s qui implĂ©mentent des modules spĂ©cifiques aux besoins quâils ont rencontrĂ©s, etc. Donc il y a toute une partie de modules qui existent dans la nature. Dâailleurs, il y a un projet dâessayer de mettre en place, de faire une cartographie, un rĂ©pertoire dâun peu tous ces modules externes pour donner un peu de visibilitĂ©.
Walid: dernier point que je voulais aborder, qui Ă©tait le futur en fait. Quels sont les gros sujets que vous estimez ĂȘtre importants pour lâavenir ?
Nicolas: au niveau de la communautĂ©, il y a cette cartographie des modules tiers. On se demande aussi sâil ne faudrait pas⊠Mais ça, câest une grosse « polĂ©mique » dans la communautĂ© de savoir si les modules doivent ĂȘtre hĂ©bergĂ©s ou pas par le projet lui-mĂȘme ou par des externes. Nous, naĂŻvement, on pensait que ça se ferait tout seul, mais ça nâa pas lâair de⊠ForcĂ© de constater que ça ne sâest pas fait. Il nây a pas non plus de cartographie qui sâest faite toute seule, un peu Ă la Django Package. Django Package, par exemple, câest vraiment bien, ça montre tous les packages, les gens peuvent mettre des commentaires, etc. Mais ce nâest pas le projet de Django qui a dĂ©cidĂ© de le faire, câest dâautres gens qui lâont fait, et puis ils se sont dit, ah, câest cool,
Cédric: on peut reprendre.
Nicolas: Django le reconnaĂźt,
Cédric: quoi.
Nicolas: il y a ça au niveau de la communautĂ©, je pense que ça va prendre encore du temps pour que ça arrive, puisque ça traĂźne depuis des annĂ©es. Mais je pense que sâil y a une volontĂ© plus forte maintenant que ça arrive, je pense que ça arrivera. Et puis, il y a des dĂ©fis techniques qui sont des mises Ă jour. Il faudrait quâon mette Ă jour le client, par exemple, Ă GTK4. Jâen parle quasi tous les ans. On pourrait réécrire⊠le JavaScript quâon utilise est datĂ©, on pourrait le rĂ©organiser autrement, on pourrait le moderniser, ça simplifie la vie Ă plein de gens.
CĂ©dric: on a lâidĂ©e dâimplĂ©menter une API REST avec une architecture particuliĂšre pour permettre de dĂ©velopper plus facilement des sites connexes et communiquer juste avec une API REST. Pour lâinstant, la maniĂšre dont on dĂ©veloppe ce genre de site est fort couplĂ©e avec Tryton. Donc je pense que ce serait bien de pouvoir le dĂ©coupler un peu plus avec une API. Ăa, câest un des projets.
Nicolas:
on dit souvent quâon nâa pas de roadmap, les gens nous demandent parfois » est-ce quâil y a une roadmap, quand est-ce que ce module-lĂ va ĂȘtre disponible ? ». En fait, ça nâexiste pas. Câest la communautĂ© qui le fait, et alors la communautĂ© le fait soit en le dĂ©veloppant elle-mĂȘme, soit en payant une des boĂźtes dans la communautĂ© pour le faire.
Nicolas Evrard
CĂ©dric: les dĂ©veloppements sont drivĂ©s par le besoin, en fait. Je viens de penser Ă un autre projet qui est aussi en cours, qui est la réécriture de la documentation. En fait, il y a un an et demi, deux ans, on a structurĂ© la maniĂšre dont on voulait documenter chaque module avec un squelette prĂ©dĂ©fini quâon doit appliquer Ă tous les modules. On a dĂ©jĂ réécrit la documentation pour les principaux, on a réécrit 50. La difficultĂ©, câest quâil faut connaĂźtre pour réécrire la doc, et une fois quâon connaĂźt, ce nâest pas trĂšs intĂ©ressant dâĂ©crire la doc.
Walid: on arrive sur la fin de lâinterview. Jâavais, en guise de conclusion, des questions Ă vous poser. PremiĂšre question, câest quâest-ce que vous diriez pour parler de Tryton Ă des gens qui nâont pas dâERP ?
CĂ©dric: jâimagine que sâils nâont pas dâERP, ils travaillent avec Excel, ça permet de ne pas avoir des milliers de feuilles Excel Ă mettre Ă jour et Ă dupliquer, Ă copier-coller Ă gauche Ă droite et reporter des infos.
Nicolas: ça cadre les processus aussi. Il y aura moins de déviations par rapport à la norme et ça va permettre de mieux optimiser.
CĂ©dric: standardiser les processus et aussi la communication Ă lâintĂ©rieur de lâentreprise. Et donc on va pouvoir communiquer tout le monde avec la mĂȘme info. Lâinformation sera plus partagĂ©e, plus diffusĂ©e.
Nicolas: et en fonction aussi de la taille de lâentreprise, ça peut dĂ©finir mieux les tĂąches de chacun.
Walid: deuxiĂšme question, quâest-ce que vous diriez pour prĂ©senter Tryton Ă des personnes qui, comme moi, ont dĂ©ployĂ© dâautres ERP, libres ou pas libres ?
CĂ©dric: avec Tryton, la configuration, la personnalisation est trĂšs poussĂ©e. On peut rĂ©pondre aux besoins du client, de lâutilisateur quasiment dans tous les cas, et que la base sur laquelle va ĂȘtre reposĂ©e lâinstallation, donc la base sur laquelle on va construire, est saine et a un design cohĂ©rent et stable aussi. Mais on a basĂ© beaucoup de notre design au dĂ©but sur un bouquin de design dâERP, en fait : data model resource. Lâarchitecture, ce sur quoi on va⊠vous allez construire. Câest des bases stables et robustes.
Nicolas: et aussi que les migrations sont incluses.
Walid: ça introduit ma derniÚre question qui est comment est-ce que vous présenteriez Tryton à des libristes qui travaillent déjà sur des ERP libres comme Dolibarr ou Odoo ?
Cédric: les migrations sont incluses.
Walid: pour Dolibarr aussi. Dolibarr,
Nicolas: câest pas inclus.
Walid: ah si, câest dedans. Si, si, je peux dire que câest dedans les migrations.
Nicolas: par Odoo par exemple ça lâest pas.
Walid: Ă part la migration.
CĂ©dric: Tryton fonctionne. Est vraiment orientĂ© objet. On travaille sur des objets quâon fait Ă©voluer, sur lesquels il y a des flux, des dĂ©connexions, etc. En fait, câest assez agrĂ©able, parce quâon nâa pas besoin dâĂ©crire beaucoup de code pour rĂ©pondre aux besoins. Le code est assez clair et assez lisible, assez vite comprĂ©hensible.
Nicolas: pour Odoo, je rajouterais aussi, par exemple, quâon ne fait pas des calculs avec des float (NDLR : nombres flottants), tout bĂȘtement. Câest un peu mauvaise langue, mais voilĂ , quand on fait de la comptabilitĂ© avec des flots, câest pas terrible.
Walid: câest la private joke pour finir. On arrive Ă la fin. Est-ce que je vous fais une petite tribune libre si vous avez un message Ă passer ?
Nicolas: zut, je mâĂ©tais dit, câest le moment que je prĂ©fĂšre. Il pense Ă un truc cool et jâai oubliĂ©.
CĂ©dric: ben, Mercurial, câest cool. Câest mieux que Git.
Nicolas: oui, voilĂ .
Walid: vous ĂȘtes un des derniers que je connais qui utilisent Mercurial, si ce nâest les derniers.
CĂ©dric: ah bon ? En fait, Mercurial est utilisĂ© par Google, Facebook, Nokia. Câest probablement un des systĂšmes de version de source qui a probablement la plus grosse base, qui gĂšre les plus grosses bases de code.
Nicolas: oui, je ne mâaventurerais pas juste Ă dire ça.
CĂ©dric: alors, chez Google, je crois quâils réécrivent des bouts, etc. Mais câest des boĂźtes qui ont des monorepos qui sontâŠ
Walid: câest en tout cas la premiĂšre fois quâon parle sur Projets Libres! de Mercurial.
Nicolas: on peut expliquer pourquoi ?
CĂ©dric: ce qui est vraiment bien avec Mercurial, câest la ligne de commande. Les options sont cohĂ©rentes, le fonctionnement est cohĂ©rent Ă lâintĂ©rieur de tout le projet, et il nây a pas dâĂ©tonnement. Et en plus, câest extrĂȘmement difficile de casser son repo. Il y a des sĂ©curitĂ©s partout. Mercurial empĂȘche de faire des bĂȘtises, alors que je nâutilise plus trĂšs souvent Git. Mais chaque fois que jâutilise, rĂ©guliĂšrement, je me trouve Ă casser mon repo et Ă devoir re-cloner parce que je suis perdu ou jâai perdu des dĂ©veloppements.
Nicolas: Mercurial, Ă ce cĂŽtĂ© : ils ont fait une ligne de commande qui est vraiment ultra clean et qui fait ce quâil faut, alors que Git, câest un vrai bordel. Alors, ça fait Ă©normĂ©ment de choses, câest super bien, câest super rapide, câest ultra performant, mais câest un bordel sans fin.
Walid: ça marche. Ăcoutez, merci beaucoup dâavoir pris du temps pour Ă©changer 15 ans aprĂšs sur Tryton pour voir un petit peu les solutions trĂšs intĂ©ressantes que vous avez mises en place et assez originales finalement comme lâhistoire de la fondation. Ăa, câest vraiment hyper intĂ©ressant de pouvoir Ă©changer lĂ -dessus. Jâinvite tout le monde Ă aller voir Tryton. Je mettrai les liens, bien sĂ»r, en description. Comme dâhabitude, aux auditeurs, aux auditrices, parlez-en autour de vous. NâhĂ©sitez pas Ă commenter. Le meilleur moyen de commenter, câest sur Mastodon ou aussi sur LinkedIn. Les deux, je rĂ©ponds. Câest les deux maniĂšres les plus simples. Ă bientĂŽt. JâespĂšre vous reparler dans quelques temps. Portez-vous bien et Ă une prochaine.
Nicolas: merci,
Cédric: salut.
Walid: Ă bientĂŽt.
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