Comment sont gérés et financés les logiciels libres ? Quels sont les modÚles existants et leurs évolutions au fil du temps ? Ces questions sont simples et pourtant les réponses ne sont pas évidentes.
Dans cet épisode, nous en faisons une premiÚre introduction avec Raphaël Semeteys, architecte et DevRel chez Wordline et Gonéri Le Bouder, Senior Software Engineer chez Red Hat.
Ăpisode avec RaphaĂ«l Semeteys et GonĂ©ri Le Bouder
Sommaire
Walid : bienvenue pour ce nouvel Ă©pisode de Projets Libres. Aujourdâhui, on va faire un Ă©pisode que je veux faire depuis le dĂ©part, sur lequel je me suis un peu cassĂ© la tĂȘte pendant trĂšs longtemps. Jâai demandĂ© de lâaide Ă deux personnes qui connaissent trĂšs bien ce sujet avec qui jâai travaillĂ©, on a travaillĂ© ensemble tous les trois il y a trĂšs longtemps (Ă lâĂ©poque, on Ă©tait au Centre Open Source dâAtos). Câest un sujet qui est aussi trĂšs frais dans nos tĂȘtes puisque hier et avant-hier, il y avait le salon Open Source Experience Ă Paris et on a parlĂ© Ă plein de gens de ces problĂ©matiques de modĂšles Ă©conomiques. Cela nous a donnĂ© plein de nouvelles idĂ©es et de choses Ă discuter.
Ce soir, pour parler des modĂšles Ă©conomiques du logiciel libre â on va dire une introduction, on abordera dâautres modĂšles dans dâautres interviews avec dâautres projets ou Ă©diteurs â jâai avec moi deux personnes, la premiĂšre câest GonĂ©ri Le Bouder, avec qui je travaille et je suis en contact depuis trĂšs longtemps, qui est Senior Developer chez Red Hat. Je le laisserai se prĂ©senter aprĂšs. Il connaĂźt bien ses sujets de licence puisque quand je lâai connu lâĂ©poque oĂč on a commencĂ© Ă travailler ensemble, il Ă©tait en train de passer son process pour devenir dĂ©veloppeur Debian. Et le sujet des licences Ă©tait un gros sujet.
La deuxiĂšme personne, câest RaphaĂ«l Semeteys, avec qui jâai aussi travaillĂ© chez Atos et qui avait Ă lâĂ©poque dĂ©veloppĂ© une mĂ©thode de qualification et de sĂ©lection de logiciels libres qui sâappelait QSOS : on va en parler assez rapidement. RaphaĂ«l est architecte et DevRel chez Worldline. Bonjour Ă tous les deux. Ăa fait vraiment plaisir de vous avoir et je pense que câest la premiĂšre fois quâon se reparle tous les trois depuis un certain nombre dâannĂ©es.,
RaphaĂ«l : câest vrai. Salut Ă tous.
Raphaël Semeteys (source : linkedin)
Gonéri : bonjour tout le monde.
Gonéri Le Bouder (source : ansible blog)
Walid : la premiĂšre question que je vais vous demander Ă tous les deux, câest de commencer par vous prĂ©senter et de mâexpliquer un peu comment vous ĂȘtes tombĂ© dans le logiciel libre et rapidement, quel est votre parcours ? GonĂ©ri ?
GonĂ©ri : moi, ça fait Ă peu prĂšs 20 ans que je fais du logiciel libre. Jâai commencĂ© avant KDE 1. Je me souviens que jâavais une version francisĂ©e dâune Slackware avec un Kernel 2.6.36 ou un truc comme ça. CâĂ©tait il y a quand mĂȘme longtemps. JâĂ©tais au lycĂ©e, jâavais contactĂ© les Ă©quipes de traduction de KDE Ă lâĂ©poque et câest lĂ oĂč jâavais commencĂ© Ă avoir des interactions avec des gens comme ça. Je nâĂ©tais pas du tout dĂ©veloppeur, ça mâavait permis de rencontrer des gens. Puis jâavais aussi dĂ©couvert le monde des LUGs, des Linux User Group quâil y avait dans ma rĂ©gion, en Bretagne. AprĂšs, je nâai pas vraiment arrĂȘtĂ©.
Walid : et maintenant, quâest-ce que tu fais ?
GonĂ©ri : ça fait dix ans que je travaille chez Red Hat. Jâai au dĂ©but, jâai gravitĂ© autour dâOpenStack pendant Ă peu prĂšs six ans. Depuis Ă peu prĂšs quatre ans, je suis dans lâĂ©quipe Ansible. Jâai fait plusieurs choses dans lâĂ©quipe Ansible. Mais lĂ , prĂ©sentement, je travaille sur un truc qui sâappelle Lightspeed, qui vise Ă doter Ansible dâune intelligence artificielle pour aider les dĂ©veloppeurs Ă produire leurs playbooks.
Walid : merci, Gonéri. Je vais pouvoir mettre le hashtag #IA sur cet épisode. Merci.
Gonéri : je suis désolé.
Walid : et toi, Raphaël ?
RaphaĂ«l : moi, je suis RaphaĂ«l, RaphaĂ«l Semeteys. Je travaille chez Worldline. Je suis architecte et DevRel depuis un an. Jâai lâhabitude de faire du design de systĂšmes dâinformation et ce genre de choses-lĂ . Avant, jâĂ©tais chez Atos. Nous avons Ă©tĂ© collĂšgues, dâailleurs, tous les trois, GonĂ©ri, toi et moi, dans lâOpen Source Center dâAtos, le centre de compĂ©tences open source. Pendant neuf ans, jâai dâabord participĂ© Ă crĂ©er le centre et aprĂšs, je me suis occupĂ© de pas mal des activitĂ©s de veille et de conseils autour de lâadoption de lâopen source, des risques quâon encoure etc. Câest dans ce cadre que jâai créé la mĂ©thode QSOS.
Lâopen source, je lâai dĂ©couvert quand je suis rentrĂ© en Ă©cole dâingĂ©nieur, dans une Ă©cole de TĂ©lĂ©coms. Jâai dĂ©couvert Internet et lâopen source en mĂȘme temps, câĂ©tait en 1994. Tout de suite, ça mâa beaucoup, beaucoup intĂ©ressĂ©, cette idĂ©e dâutiliser Internet pour interconnecter tout le monde et de commencer Ă Ă©changer du code et Ă©changer des idĂ©es de maniĂšre libre. Câest vrai que je me suis rendu compte que la construction dâInternet, ça a Ă©tĂ© aussi beaucoup basĂ© sur des logiciels libres et open source, puisquâil a fallu crĂ©er lâinfrastructure et câĂ©tait Ă base de composants libres.
Je monte un serveur de temps, je monte un serveur DNS, je monte un serveur Apache. Puis aprĂšs, quand le Web est apparu, câest devenu dynamique, des sites PHP/MySQL, etc. Donc on se rend compte que câest trĂšs liĂ© les deux. Et ça, câest quelque chose qui mâa beaucoup intĂ©ressĂ© dĂšs le dĂ©part. Aujourdâhui, je ne suis plus dans un mĂ©tier qui fait que de lâopen source, mais justement, je conseille sur la sĂ©lection de composants pour construire des offres, soit des plateformes oĂč on offre du service chez Worldline, soit pour des projets qui clients. Et il y a aussi cette problĂ©matique dâintĂ©grer ces composants-lĂ dans des architectures plus complexes et surtout de les opĂ©rer, dâen faire le run et tout ça sur la durĂ©e. Câest vrai que câest des choses qui sont importantes Ă regarder. Worldline, effectivement, câest une boite aujourdâhui, un opĂ©rateur mondial, on va dire, dans le domaine du paiement. Mais en fait, on ne fait pas que ça. On fait aussi tout ce qui va ĂȘtre systĂšmes avec beaucoup de transactions, donc haut volumes et trĂšs rĂ©gulĂ©s.
Walid : avec RaphaĂ«l, on vient de passer deux jours au salon Open Source Experience. CâĂ©tait la grande excitation. Alors maintenant, il faudrait quâon parle un tout petit peu, justement, de QSOS, puisque câest un peu le sujet. Enfin, câĂ©tait une partie du sujet. Donc, je voudrais quâon aborde juste trĂšs rapidement ce que câĂ©tait que QSOS.
QSOS (source : wikipedia)
RaphaĂ«l : QSOS, ça veut dire Qualification et SĂ©lection de Logiciels Open Source. Câest une mĂ©thode, une dĂ©marche que jâai créée dans les annĂ©es 2005-2006, quand jâĂ©tais dans lâOpen Source Center dâAtos. Dâabord pour des besoins internes : quand nous avions besoin de sĂ©lectionner des composants pour nos propres projets, ce genre de choses. Câest parti de quelque chose qui ressemblait un petit peu au kit comparatif quâon peut avoir avec la FNAC. On a un certain nombre de critĂšres et puis on a des Ă©toiles et cela permet de comparer. Ă partir de lĂ , on sâest rendu compte que ça câĂ©tait utile aussi pour les clients. Et puis finalement, je lâai intĂ©grĂ© dans la dĂ©marche de conseil et de veille que je faisais pour le compte des clients. Il faut savoir quâau dĂ©part, on Ă©tait sur des grilles de comparaison sur des fonctionnalitĂ©s, donc de la couverture fonctionnelle ou des aspects techniques. TrĂšs vite, jâai rajoutĂ© tout un ensemble de critĂšres qui est toujours le mĂȘme, quel que soit le domaine, que jâai appelĂ© « maturitĂ© » et qui permet dâĂ©valuer la maturitĂ©, la pĂ©rennitĂ© dâune solution et du projet qui la construit. Parce que câest hyper important pour un utilisateur, une entreprise ou une administration, dâĂ©valuer les risques quâil prend Ă adopter un logiciel open source par rapport au fait que le logiciel soit pĂ©renne, quâil soit toujours lĂ dans quelques annĂ©es ou quâil nây ait pas des changements de licence ou des changements de business model, comme on en parlera sĂ»rement aprĂšs.
Pour ça, jâai Ă©tabli une liste de critĂšres assez prĂ©cis quâon peut regarder parce quâon est dans le domaine du libre et que câest accessible. Ou lorsque ça ne lâest pas, justement, câest une information aussi. Par exemple qui contrĂŽle le projet ? Quelle est la licence du projet ? Qui dĂ©tient les droits sur le code ? Quels sont les business models ? Les core committers, est-ce quâils sont dans une seule entreprise ou ils sont payĂ©s par plusieurs entreprises, ou pas payĂ©s du tout ? Quel est le niveau dâindustrialisation du projet lui-mĂȘme ? comment gĂšre-t-il la sĂ©curitĂ© ? est-ce quâil y a de la gouvernance ?
Il y a tout un ensemble de critĂšres. On nâa pas de boule de cristal, on ne peut pas prĂ©voir tout ce qui va se passer dans le monde open source, mais ça permet dâanticiper quand mĂȘme certains risques. Effectivement, et dâailleurs, GonĂ©ri, câest ce que tu as apportĂ© quand jâai travaillĂ© avec toi lĂ - dessus. TrĂšs vite, tu mâas dit « Mais il faudrait avoir un format standard pour stocker les informations dâune Ă©valuation. » Et Ă partir de ce format-lĂ , qui Ă©tait un format XML (Ă lâĂ©poque, câĂ©tait encore Ă la mode), on a construit un ensemble dâoutils qui permettent Ă la fois de construire des grilles, puisquâil y a la couverture fonctionnelle qui va changer en fonction du domaine, et une fois quâon a une grille, de rĂ©aliser des Ă©valuations de la maniĂšre la plus objective possible. Une fois quâon a des Ă©valuations qui ont pu ĂȘtre rĂ©alisĂ©es par dâautres personnes, câest de les utiliser pour les comparer, avec un troisiĂšme type dâoutil, pour faire un choix dans un domaine donnĂ©, comparer plusieurs types de softs.
Ăa peut ĂȘtre des bases de donnĂ©es, MySQL, Postgres, MariaDB, etc : on fait un choix sur des critĂšres prĂ©cis et on modĂ©lise le contexte quâon a, nous. On choisit en mettant des poids sur ces critĂšres-lĂ . Si un critĂšre qui nâest pas important, on met un poids de zĂ©ro et puis un critĂšre qui est plus important, on va mettre un poids plus important. Ă partir de lĂ , on peut gĂ©nĂ©rer des graphes, des quadrants oĂč on voit la maturitĂ© par rapport Ă la couverture fonctionnelle, etc. Ăa, on lâa beaucoup utilisĂ© dans les travaux de veille. Dâailleurs, pas plus tard quâil y a quelques jours, quand on Ă©tait au Salon, jâai croisĂ© un client dans le secteur public qui mâa dit quâils utilisaient toujours la mĂ©thode QSOS quand ils sĂ©lectionnaient des logiciels et mĂȘme quâils demandaient Ă leurs prestataires de lâutiliser pour faire les Ă©tudes de veille. Je suis assez content et ça prouve que ça sert.
Walid : câest un sujet passionnant, lâĂ©valuation et la qualification des logiciels. Moi, bosser avec toi sur QSOS, ça mâa Ă©normĂ©ment appris.
Maintenant, on va rentrer dans le dur du sujet. On va commencer Ă parler des modĂšles Ă©conomiques. Comme je le disais en intro, des modĂšles Ă©conomiques, il y en a plĂ©thore. On en est mĂȘme quasiment arrivĂ©s Ă la conclusion quâil y a autant de modĂšles Ă©conomiques que de projets, puisque câest quand mĂȘme trĂšs liĂ© aux gens qui font le projet, au secteur, Ă un ensemble trĂšs vaste de facteurs. Le premier modĂšle dont on peut parler â et jâen ai dĂ©jĂ parlĂ© sur le podcast, vous pouvez Ă©couter lâĂ©pisode 1 avec Dolibarr et le premier Ă©pisode sur GLPI â câest le modĂšle communautaire. LĂ , le modĂšle communautaire, câest un modĂšle qui est trĂšs ancien et câest un modĂšle qui a eu son heure de gloire, un petit peu moins maintenant.
RaphaĂ«l : oui, effectivement, mĂȘme historiquement, les premiers business open source, ou premiers modĂšles dâorganisation autour des projets open source qui se sont faits, câĂ©taient des projets purement communautaires. Comme je lâai dit, câest concomitant de la crĂ©ation dâInternet. Quâest-ce quâon a fait ? On a commencĂ© Ă construire les outils dont on avait besoin pour faire lâinfrastructure dâInternet, puis ensuite pour dĂ©velopper des softs. Câest tous les frameworks de bas niveau, les gestionnaires de code, tous les IDE, toutes ces choses- lĂ . Câest vrai quâau dĂ©part, ce type de projet, il se veut vraiment communautaire. Câest vraiment le premier type de modĂšle : on va avoir un ou plusieurs dĂ©veloppeurs qui se retrouvent, qui commencent Ă travailler ensemble. Il nây a pas de gouvernance ou de structure hyper explicite pour organiser les travaux. AprĂšs, quand le modĂšle il grossit, ça peut se transformer en une gouvernance pas toujours si explicite que ça, mais oĂč il y a un rĂŽle quâon appelle « dictateur bienveillant » qui peut Ă©merger. Ăa, câest lâexemple quâon a avec le noyau Linux, avec Linus Torvald, qui aujourdâhui toujours a un peu ce rĂŽle-lĂ . Il faut se rappeler quâau dĂ©but, Linus, il a juste publiĂ© sur Internet le fait quâĂ lâĂ©poque, il Ă©tait jeune Ă©tudiant, quâil travaillait sur un noyau.

Des annĂ©es aprĂšs, le projet a Ă©normĂ©ment grossi. Il sâest structurĂ©, mais il y a toujours ce rĂŽle-lĂ de dictateur bienveillant. A un moment donnĂ© il y a quelquâun qui va prendre des dĂ©cisions sur le projet. Et quand on commence Ă avoir de plus en plus de contributeurs et notamment des gens qui vont avoir le rĂŽle de committer, câest-Ă -dire quâils peuvent modifier le code source mainstream du projet, alors câest un rĂŽle qui est important. Donc il peut y avoir un principe de mĂ©ritocratie qui se met en place. Au fur et Ă mesure que les contributions sont reconnues et que le reste de lâĂ©quipe core, on va dire, a confiance dans ces personnes-lĂ , ils peuvent avoir ce droit-lĂ , ce droit de committer sur le code. AprĂšs, la maniĂšre dont câest organisĂ©, ça peut ĂȘtre plus ou moins structurĂ©. On lâa vu avec le projet PostgreSQL, par exemple, oĂč ils ont une structure assez lĂąche, mais câest voulu, câest fait exprĂšs. Je pense que ce sera intĂ©ressant dâailleurs de faire un Ă©pisode dans les interviews de voir quâils expliquent comment ils fonctionnent. Le risque dans tout ça, câest quâau dĂ©but, ça marche bien, la mĂ©ritocratie, mais aprĂšs, sur des projets assez anciens, quid des nouveaux ?

Câest un peu compliquĂ©, ça peut se transformer en oligarchie un petit peu. Câest ça le risque.
Walid : Gonéri, est-ce que tu veux ajouter des choses supplémentaires ?
GonĂ©ri : lĂ , on parle plus de la façon dâorganiser un projet, mais pas forcĂ©ment du financement. Je pense quâau dĂ©but, dans le cas de Linux, câĂ©tait surtout quelquâun qui Ă©tait bĂ©nĂ©vole et ça a durĂ© longtemps comme ça. Et je pense que pendant longtemps, ça a Ă©tĂ© la source de rĂ©munĂ©ration. CâĂ©tait du bĂ©nĂ©volat ou câĂ©tait dans le cadre du travail pour rĂ©pondre Ă un besoin local. Et ce besoin de pĂ©renniser des projets, ce nâĂ©tait pas vraiment un sujet, je pense, Ă lâĂ©poque.
Walid : en France, sur ces modĂšles-lĂ , ces modĂšles un peu communautaires, on avait pas mal de projets qui ont commencĂ© en faisant des associations, par exemple. Avec des gens qui Ă©taient bĂ©nĂ©voles. Certains sont restĂ©s avec des associations, dâautres, effectivement, se sont peut-ĂȘtre transformĂ©s. Jâen parle un peu dans lâĂ©pisode sur GLPI, par exemple, oĂč il y avait une association et cette association elle-mĂȘme, elle avait des adhĂ©rents et il y avait des gens qui gravitaient autour. Et la gestion du projet, les mainteneurs, Ă©taient des bĂ©nĂ©voles. Et eux-mĂȘmes, par exemple, avaient des accords de partenariat avec des sociĂ©tĂ©s privĂ©es qui faisaient du conseil aussi. Ce nâest pas toujours un modĂšle qui est finalement trĂšs Ă©vident quand on essaye de faire du business avec des associations. Ce nâest pas toujours trĂšs Ă©vident parce quâ on a des gens qui sont⊠enfin câest une association, en tout cas en France, potentiellement Ă but non lucratif. Et dâun autre cĂŽtĂ©, on a des gens qui sont lĂ pour aussi faire de lâargent. Donc arriver Ă trouver les gens et Ă trouver la maniĂšre de faire le pont entre les deux, ce nâest pas toujours trĂšs Ă©vident.
Peut-ĂȘtre est-ce une des choses qui fait que ce modĂšle a un peu perdu de sa superbe ? Je ne sais pas. Quâest-ce que vous en pensez, GonĂ©ri, par exemple ?
GonĂ©ri : je pense quâil est encore trĂšs prĂ©sent. En fait, câest une question dâĂ©chelle aussi. Disons quâil y a 30 ans, une seule personne pouvait dĂ©velopper un logiciel qui allait ĂȘtre utilisĂ© massivement. Aujourdâhui, pour avoir autant dâimpact, il faut quand mĂȘme ĂȘtre une petite Ă©quipe. Il y a des coĂ»ts supplĂ©mentaires qui arrivent. Je ne pense pas que ce soit si simple, Ă moins de dĂ©velopper une librairie JavaScript ou des choses comme ça qui sont trĂšs prĂ©cises. On arrive toujours sur le problĂšme du pĂ©rimĂštre. Je ne sais pas ce que tu en penses, RaphaĂ«l.
RaphaĂ«l : en termes de business model, câest surtout que les dĂ©veloppeurs ne sont pas payĂ©s par le projet, puisque le projet nâa pas dâexistence Ă©conomique ou juridique. Il nây a pas de notion de rĂ©munĂ©ration de leur travail. Soit ils ne sont pas payĂ©s du tout, lĂ , il y a un risque intense sur la pĂ©rennitĂ© du projet. On lâa vu avec des projets comme ColorJS ou MakerJS oĂč finalement, le lead dev en a eu marre de ne pas gagner dâargent : il a un peu sabordĂ© son projet, ce qui a gĂȘnĂ© pas mal dâautres projets open source qui lâutilisaient.
Ăa peut ĂȘtre aussi des modĂšles comme on voit aujourdâhui sur le noyau Linux ou mĂȘme sur Postgres : câest de la coopĂ©tition, câest-Ă -dire quâil y a des entreprises qui payent des dĂ©veloppeurs, ça peut ĂȘtre mĂȘme Ă plein temps, pour travailler sur le noyau Linux ou sur Postgres, parce quâelles y ont un intĂ©rĂȘt. Cela fait partie de leur business model Ă elles, puisquâelles vont revendre du service ou des versions Enterprise comme EnterpriseDB. Ou tous les constructeurs qui veulent sâassurer que, par exemple, Linux tourne bien sur leurs machines. Donc lĂ , on est un peu dans ce modĂšle-lĂ .
AprĂšs, comment financer aussi quand on est dans du pure communautaire ? Ăa peut ĂȘtre des dons avec notamment le crowd sourcing, avec des sites comme Patreon ou ce genre de choses-lĂ . Il y a des projets qui vivent sur les dons, qui peuvent ĂȘtre aussi faits par des entreprises, soit sous forme dâargent ou aussi du matĂ©riel. Ăa peut permettre de faire tourner des infras, faire tourner la CI/CD, les tests, hĂ©berger le site web, etc. Et puis, il y en a aussi qui peuvent faire du merchandising, mais dans ce cas-lĂ , il faut avoir une marque un peu. Il nây a que besoin dâune entitĂ© lĂ©gale pour porter la marque et vendre des T- shirts, des mugs.
Walid : est-ce quâon peut donner des exemples pour que les auditrices, les auditeurs, puissent se figurer un peu de projets un peu connus, emblĂ©matiques, qui utilisent ce modĂšle un peu communautaire comme ça ?
RaphaĂ«l : oui, effectivement, on a des exemples de projets, câest souvent, comme on lâa dit, les premiers qui sont apparus et on les retrouve un peu dans les trucs qui vont faire lâinfrastructure de lâInternet aujourdâhui, par exemple dans la messagerie. Que ce soit Sendmail ou Postfix, ce sont des projets purs communautaires. Câest sur cette base lĂ que que sâest construite toute lâinfrastructure de mails dâInternet aujourdâhui, par exemple. On en parle aussi sur Linux et tout ce qui a permis de dĂ©velopper lâoutillage.
Walid : Gonéri, on avait noté aussi Debian, par exemple ?

GonĂ©ri : Debian, je pense que câest un exemple un peu Ă part. Câest propre Ă toutes les distributions Linux. Ce qui fait la force de ces organisations, câest que le travail est trĂšs structurĂ© et câest assez facile de devenir une petite fourmi ouvriĂšre dans le systĂšme et commencer Ă construire des paquets, des choses comme ça. Il y a quand mĂȘme une fondation, il y a quand mĂȘme une structure derriĂšre, qui a de lâargent, qui a un petit peu de moyens, niveau lĂ©gal et tout ça. Mais câest vrai que je dirais que 90% du travail est fait par ces mainteneurs de paquets qui sont des gens qui sont vraiment des bĂ©nĂ©voles purs et durs.
Walid : jâallais dire des gens comme VLC ?
GonĂ©ri : oui, il y a Vim aussi. Vim, câest vraiment un projet pur communautaire. Il nây a jamais eu de structure derriĂšre.
Walid : lĂ , il y a aussi le moyen dâavoir des dons financiers, ça peut passer par un certain nombre de moyens diffĂ©rents : dons, merchandising. On a parlĂ© hier et avant-hier de sponsoring. Je dois avouer que je nâĂ©tais pas trĂšs au fait de ça. Est- ce que tu peux en dire deux mots , des moyens pour ces projets de rĂ©colter de lâargent RaphaĂ«l ?
RaphaĂ«l : une des sources de financement, ça peut ĂȘtre les dons. Les dons peuvent ĂȘtre faits par des particuliers avec des projets comme Patreon ou ce genre de choses, ou ça peut mĂȘme ĂȘtre des subventions du domaine public. Par exemple, avec des projets qui viennent de lâEurope comme la fondation NLnet, projet trĂšs intĂ©ressant pour dynamiser tout lâĂ©cosystĂšme en Europe (NDLR : voir lâĂ©pisode avec Lwenn BussiĂšre de NLNet). Elle ne finance pas sur des montants complĂštement dĂ©lirants. Elle finance des projets qui en ont bien besoin pour les booster un peu : câest super. Pour ce faire, il faut effectivement que le projet se structure pour avoir au moins une entitĂ© lĂ©gale, morale, pour recevoir ces dons-lĂ et pouvoir les utiliser et les organiser. Ăa peut ĂȘtre aussi, du coup, gĂ©rer la marque avec un logo, une marque. Avec cela, ils vont peut-ĂȘtre pouvoir aussi gĂ©nĂ©rer de lâargent pour financer le projet en vendant des produits dĂ©rivĂ©s. On le voit quand on va au Salon Open Source Experience, mĂȘme dans le village des associations, il y a des logos, il y a des marques, on peut acheter des mugs, des sweatshirts, plein de choses comme ça. Câest vrai que câest intĂ©ressant.
GonĂ©ri : en sponsoring, il y a eu Transmeta. Transmeta, câest une entreprise qui voulait faire un processeur dans les annĂ©es 2000. Ils payaient Linus Torvald pour ça.
Le principe, câĂ©tait quâil devait porter Linux sur ce nouveau processeur. Mais la rĂ©alitĂ©, câest que câĂ©tait aussi une façon pour Transmeta de se faire connaĂźtre et de montrer quâils contribuaient, que techniquement, ils Ă©taient des bons acteurs. LĂ , on Ă©tait vraiment dans du sponsoring. CâĂ©tait une façon de populariser la marque Transmeta grĂące au travail de Linus Torsvald.
Transmeta (source : wikipedia)
Walid : pour finir avec ce modĂšle-lĂ , quâen est-il en ce qui concerne, la propriĂ©tĂ© intellectuelle ?
RaphaĂ«l : effectivement, sur ce type de projet communautaire, comme il nây a pas de business model en tant que tel, il nây a pas besoin de gagner de lâargent grĂące au code. Il nây a pas cette notion de propriĂ©tĂ© intellectuelle sur le code sur lequel une entitĂ© aurait besoin dâavoir le contrĂŽle. En fait, tu peux avoir un peu tous les types de licences. On retrouve un peu tout.
Cela a Ă©tĂ© surtout sur les premiers projets : câest lĂ oĂč sont créés les premiers types de licences. Effectivement, le projet nâest pas une entitĂ© qui a besoin dâavoir les droits sur le code. Et ce qui va sĂ©curiser le projet, câest que chaque contributeur dĂ©tient les droits sur sa propre contribution. Et câest ça qui rend le projet aussi stable et fort par rapport Ă une prise de contrĂŽle dâune autre entitĂ© qui pourrait prendre le contrĂŽle de la base de code, comme dans dâautres modĂšles quâon verra un peu plus tard. Je prends des exemples de projets open source qui ont dĂ©marrĂ© trĂšs tĂŽt comme PostgreSQL ou comme ceux que je citais tout Ă lâheure. Aujourdâhui, changer la licence de ces softs-lĂ , câest quelque chose qui serait trĂšs compliquĂ© parce quâil faudrait avoir lâaccord un peu de tout le monde.
Donc ça le protÚge.
GonĂ©ri : PostgresSQL, câest une licence BSD, je pense. Tu pourrais changer la licence. Dâailleurs il y a des versions propriĂ©taires de PosgreSQL.
Walid : il faut quâils donnent leur accord ?
Gonéri : non, pas avec une BSD.
Walid : passons au modĂšle suivant. Câest le modĂšle des fondations, qui est un autre modĂšle aussi trĂšs rĂ©pandu. RaphaĂ«l, est-ce que tu veux un introduire un peu ce modĂšle, sâil te plaĂźt ?
RaphaĂ«l : oui, les fondations. Câest le deuxiĂšme modĂšle qui est apparu et câest une Ă©volution possible. Lorsquâun projet commence Ă avoir beaucoup dâutilisateurs et de contributeurs, il peut y avoir la possibilitĂ© de crĂ©er une fondation autour du projet. Comme on lâa dit tout Ă lâheure, lâidĂ©e, câest de disposer dâune entitĂ© morale et juridique qui va ĂȘtre capable de reprĂ©senter le projet devant la loi, par exemple, et de gĂ©rer le budget et de distribuer lâargent. La fondation, elle va aussi organiser et protĂ©ger⊠Suivant la taille et de la maturitĂ© de la fondation, il y a des rĂŽles qui vont Ă©merger, qui sont assez clairs, assez prĂ©cis, avec cette idĂ©e de transparence autour de la mĂ©ritocratie et du fait de tenir ce rĂŽle ou pas. Quâest-ce que ça veut dire ? Certains des rĂŽles qui sont structurants par rapport au fonctionnement et Ă la gouvernance de la fondation peuvent ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©s carrĂ©ment. Il y a cette notion de budget qui est importante. En gĂ©nĂ©ral, comme je le dis, câest surtout sur des projets qui ont eu beaucoup dâutilisateurs et de contributeurs et qui ont tendance Ă crĂ©er dâautres projets annexes ou connexes et donc Ă faire Ă©merger cette notion dâĂ©cosystĂšme.
Fondation Apache (source : wikipedia)
On le voit avec des exemples comme la fondation Apache. Au dĂ©part, câĂ©tait un serveur web. Aujourdâhui, la fondation Apache contient Ă©normĂ©ment de projets. Pareil pour la fondation Eclipse : câest parti dâun IDE. Aujourdâhui, Eclipse fait bien plus quâun IDE, mĂȘme du Java.
Fondation Eclipse (source : wikipedia)
Les fondations de ce type-lĂ , au dĂ©but, ont eu tendance Ă pousser des protocoles et des standards ouverts parce que justement, elles sont en train de favoriser lâĂ©mergence dâĂ©cosystĂšmes. Câest via ces protocoles et standards quâon va pouvoir faire de lâintĂ©gration et construire et articuler les diffĂ©rentes choses comme des legos. Construire des choses de plus en plus complexes, de plus en plus sympa.
The Document Foundation est un bon exemple. Quand LibreOffice a Ă©tĂ© forkĂ© dâOpenOffice, un des premiers rĂ©flexes quâont eu les gens qui ont fait ça, câest de crĂ©er une fondation qui sâappelait The Document Foundation, avec un objectif clair qui Ă©tait de faire la promotion aussi de formats ouverts de bureautique. On voit comment une fondation peut ĂȘtre plus large que juste un seul projet. En gĂ©nĂ©ral, ces fondations-lĂ vont avoir tendance Ă vouloir accepter des nouveaux projets, Ă favoriser lâinnovation.
Pour ça, elles vont avoir des notions dâincubateurs dans lesquels il y a des projets qui peuvent prĂ©tendre Ă rentrer dans la fondation et donc Ă profiter un peu de tout ce quâelle propose en termes dâorganisation, protection juridique, etc. Mais cela passe par un process oĂč la maturitĂ© du projet va ĂȘtre Ă©valuĂ©e. Ils vont vĂ©rifier justement ces notions de propriĂ©tĂ© intellectuelle, Ă©ventuellement demander Ă changer de licence, pour un licence qui soit plus conforme Ă la stratĂ©gie de la fondation. Dâailleurs, on retrouve dans certaines fondations des mĂ©thodes qui ne sont peut-ĂȘtre pas aussi poussĂ©es que QSOS, parce que justement, ils ont besoin de vĂ©rifier ces aspects-lĂ .
GonĂ©ri : il y a aussi OpenStack. Je pense Ă la Linux Foundation oĂč OpenTofu, le fork de Terraform est entrĂ© il nây a pas trĂšs longtemps. Câest une façon de montrer quâils Ă©taient « sĂ©rieux », de montrer quâils voulaient vraiment structurer leur fork.
OpenTofu (source : Linux Fondation)
Walid : je ne sais pas si tu lâas mentionnĂ©, RaphaĂ«l, mais il y a aussi le cĂŽtĂ© dĂ©tention des marques et propriĂ©tĂ© du code.
RaphaĂ«l : contrairement aux premiers modĂšles communautaires, la fondation a besoin dâavoir la propriĂ©tĂ© intellectuelle sur le code pour ĂȘtre capable de le protĂ©ger, de protĂ©ger le projet au niveau juridique et au niveau lĂ©gal. Donc, câest lĂ oĂč, effectivement, apparaĂźt la notion de CLA, qui veut dire Contributor License Agreement. Il y a des variantes : individuel ou enterprise, mais lâidĂ©e, câest la mĂȘme derriĂšre. Lorsquâil y a une contribution est faite et va rentrer dans la base de code officielle du projet mainstream, il y a un partage ou carrĂ©ment une cession des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle sur le code, pour que ce soit la fondation, une entitĂ© morale, qui possĂšde le code. Et ça, câest ce qui va lui permettre de protĂ©ger les choses.
En termes de licences, par exemple celles que jâai citĂ©es, Eclipse, Apache, puis aprĂšs tout lâunivers Mozilla, par exemple, ont créé leur propres licences parce que ça correspondait effectivement Ă leur vision de quâest-ce que câĂ©tait lâopen source et de la maniĂšre dont eux voulaient fonctionner.
Mozilla Foundation (source : wikipedia)
Câest vrai quâen gĂ©nĂ©ral, les fondations ont des variantes de licences privilĂ©giĂ©es. Et lâensemble des projets qui sont sous le couvert de cette fondation-lĂ vont partager cette licence. Câest toujours la mĂȘme idĂ©e de pouvoir recomposer les projets les uns avec les autres et donc ne pas avoir de problĂšme de compatibilitĂ© entre licences puisquâils sont dans un univers, finalement, qui est homogĂšne. AprĂšs, effectivement, les CLA se sont avĂ©rĂ©s ĂȘtre un peu lourd parce quâil y a pas mal de choses Ă vĂ©rifier avant de se dire « Est-ce que tout est OK au niveau du code pour lâintĂ©grer ? » Et donc, certaines fondations qui ont adaptĂ© un petit peu ce concept-lĂ avec la notion de Developer Certificate of Origin, donc câest DCO. LĂ , lâidĂ©e, câest de faire confiance au dĂ©veloppeur en lui demandant de lui checker de son cĂŽtĂ© et de garantir que tout Ă©tait OK par rapport Ă la contribution quâil sâapprĂȘtait Ă faire. Quâil avait bien le droit, quâil respectait bien la propriĂ©tĂ© intellectuelle, quâil nâĂ©tait pas en train de violer des brevets ou ce genre de choses-lĂ . Donc, ça a permis de faciliter un petit peu les contributions parce que sinon, ça pouvait un peu rebuter certains contributeurs qui disaient « Câest hyper lourd, ça devient bureaucratique pour contribuer ». Ăa sâest un peu allĂ©gĂ© avec ça.
Walid : sur ces histoires de CLA et de DCO, on en parle aussi dans lâĂ©pisode avec Benjamin Jean. On va certainement reparler dans dâautres Ă©pisodes puisque jâai rencontrĂ© des gens qui sont trĂšs, trĂšs calĂ©s sur ce sujet-lĂ et parce que câest assez passionnant, ce sujet.
Pour finir, ce qui est intĂ©ressant, pour en avoir discuter avec les gens de la fondation Eclipse, câest quâil y a tout un cĂŽtĂ© dâapprentissage pour les gens qui viennent et qui disent « Moi, jâai un projet, je ne sais pas comment on fait pour structurer ça. » Il y a toute une partie Ă©ducation à « Comment bien faire un projet libre ? Comment accompagner les gens ? Comment bien contribuer ? » Je trouvais ça assez intĂ©ressant parce quâeffectivement, quand tu es une grosse boĂźte tu ne sais pas forcĂ©ment comment faire du libre. Ils sont lĂ aussi pour tâaccompagner. Câest ça qui est assez intĂ©ressant. Il y a diffĂ©rents types de fondations. Il y a des fondations qui sont plutĂŽt historiques. On a parlĂ© dâApache, on a parlĂ© de fondation Eclipse. Il y a dâautres nouvelles fondations aussi. Je nâirai pas plus loin sur le sujet parce que je ne le connais pas, mais on en reparlera, pareil, je pense, dans dâautres Ă©pisodes.
RaphaĂ«l : les fondations, puisquâelles organisent et elles essaient de faire la promotion dâĂ©cosystĂšmes, ont tendance Ă crĂ©er des standards, Ă crĂ©er des protocoles pour fĂ©dĂ©rer autour des diffĂ©rents projets quâelles crĂ©ent, The Document Foundation autour du projet LibreOffice pour dĂ©fendre des standards ouverts dans tout ce qui est bureautique. Et on le retrouve dans plein dâautres domaines et dâĂ©cosystĂšmes, par exemple XMPP, mĂȘme si aujourdâhui je ne sais pas si câest toujours Ă la mode, mais câest vraiment lâidĂ©e. On va le retrouver aussi dans le Fediverse, avec la crĂ©ation de protocoles.
Dans les business model des fondations, comment finalement elles rĂ©cupĂšrent de lâargent ? Câest un peu comme les premiers types de projets : elles peuvent recevoir des dons. Ăa marche aussi pas mal par dons, du sponsoring. Ăa peut ĂȘtre les sponsors dâentreprises qui disent « Moi, je participe Ă la fondation, Linux, Eclipse, etc. » en donnant de lâargent. Ăa peut mĂȘme ĂȘtre organisĂ© en fonction de niveaux Silver, Gold, Platinum. Parce que ça fait aussi de la pub, finalement, des gens qui sponsorisent, qui participent à ça. Ăa, câest quand les fondations, Ă©videmment, sont bien visibles.
RaphaĂ«l : ça peut ĂȘtre des subventions publiques Ă©galement. Et puis dâautres moyens que les fondations ont de gĂ©nĂ©rer de lâargent, ça peut ĂȘtre en crĂ©ant du merchandising, avec des logos, des T-shirts, tout ce quâil peut y avoir comme produits dĂ©rivĂ©s. Il y aussi, mais je ne sais pas si ça leur apporte de lâargent, lâorganisation des Ă©vĂ©nements comme lâApacheCon ou lâEclipseCon. Aujourdâhui, il y a beaucoup de choses qui se font comme ça. Ăa aide Ă animer et Ă fĂ©dĂ©rer la communautĂ© autour de la fondation. Et câest vraiment ça qui peut aussi leur ramener de lâargent. Je ne pense pas que ce soit leur premiĂšre source de revenus, mais câest Ă noter quand mĂȘme.
EclipseCon 2023 (source : eclipse)
Walid : il y a aussi un sujet avec la localisation oĂč se trouve la fondation. On en reparlera dans les prochains Ă©pisodes, je pense en particulier avec les fondateurs de Tryton qui font un fork de TinyERP Ă lâĂ©poque, ça ne sâappelait pas encore Odoo. Ils ont montĂ© une fondation de droit belge et qui expliquent justement pourquoi et ce que câest une fondation en Belgique ? Câest quoi les spĂ©cificitĂ©s, etc. Câest un autre sujet qui pourrait ĂȘtre traitĂ© aussi et qui mĂ©riterait beaucoup de temps pour voir un peu pourquoi il y a une fondation dans un pays, quâest-ce qui est diffĂ©rent dâun autre, etc.
Walid : le modĂšle suivant, câest un autre modĂšle qui existe depuis trĂšs longtemps et que nous-mĂȘmes avons pas mal pratiquĂ©. Câest le modĂšle qui concerne les services et le support. En gros, il y a un projet et il y a des entreprises qui vendent des services. Ăa peut ĂȘtre par exemple du dĂ©veloppement gĂ©nĂ©rique ou spĂ©cifique, du support sur le logiciel. Ce quâon paye, câest tous ces services. GonĂ©ri, est-ce que tu veux en dire quelques mots ?
GonĂ©ri : câĂ©tait le business model de Red Hat. Je pense que ça a Ă©voluĂ© quand mĂȘme, mais au dĂ©but, lâidĂ©e Ă©tait que les entreprises voulaient essayer Linux ou migrer depuis leur systĂšme Unix vers Linux. Ils avaient besoin dâun partenaire pour prendre les risques. Et câest lĂ oĂč Red Hat est arrivĂ©. Les clients payaient Red Hat pour avoir cette garantie. En Ă©change, Red Hat fournissait un support technique. Ăa existe toujours, mais câest vrai que maintenant, Red Hat est quand mĂȘme devenue une entreprise avec diffĂ©rents types de revenus. Cette stratĂ©gie nâest quâune des sources de revenus.
Walid : Raphaël ?
RaphaĂ«l : Ă partir du moment oĂč les projets, les communautĂ©s, ont besoin de trouver un modĂšle financier et continuer Ă payer les dĂ©veloppeurs, en tout cas, Ă ce quâils en vivent et donc Ă assurer aussi la pĂ©rennitĂ© du projet sur le long terme. Un modĂšle a Ă©tĂ© la vente, et ça lâest toujours dâailleurs : la vente de services et de supports sur le logiciel qui est créé par la communautĂ©. Effectivement, avec la crĂ©ation dâentreprises commerciales qui vont offrir et vendre ces services-lĂ . Donc, ce nâest pas une fondation, mais câest un autre moyen de gagner de lâargent et de pĂ©renniser, notamment, les dĂ©veloppeurs. Ăa, câest quelque chose quâon va regarder dans QSOS.
Justement, est-ce quâil y a un modĂšle commercial ? Qui paye les dĂ©veloppeurs ? Quelque part. Et aprĂšs, ça va dĂ©pendre des services qui sont fournis ou proposĂ©s par lâentreprise, parce quâil y a toute une gamme de services, Ă commencer par le service de support, donc corriger les bugs dans le code avec engagements potentiels sur le temps de correction. Ăa va dĂ©pendre du type de contrat : câest sĂ»r que pour faire ça, il vaut mieux avoir des core developpers et des committers dans son Ă©quipe, parce que sinon, ça va ĂȘtre difficile de prendre des engagements.
Ăa, câest un contrĂŽle qui va ĂȘtre plutĂŽt fort sur le projet, avec des engagements sur la qualitĂ© du code et puis aussi un peu sur la roadmap, sur les dĂ©cisions pour dĂ©velopper des nouvelles features pour des clients, etc. Les services peuvent ĂȘtre aussi simplement de lâintĂ©gration, de la customisation, des choses qui vont pas toucher au code, au cĆur du soft ou qui vont ĂȘtre Ă la pĂ©riphĂ©rie pour lâintĂ©grer dans dâautres environnements. Ăa peut ĂȘtre aussi de la formation ou de lâexpertise et ça peut aller mĂȘme jusquâĂ de la certification ou, par exemple avec Linux Professional Institute ou mĂȘme chez Red Hat, il y a ces notions de certification. Ăa, câest des choses qui sont payantes. Câest Ă©videmment quand le soft lui-mĂȘme a acquis une valeur et quâil y a besoin de dĂ©montrer quâon a lâexpertise sur lâutilisation et la mise en Ćuvre de ces logiciels-lĂ et de leur Ă©cosystĂšme. Câest aussi un autre modĂšle qui a pas mal marchĂ© et qui existe toujours.
LPI (source : lpi)
Gonéri : WordPress est aussi un bon exemple. Il y a une multitude de petites entreprises qui fournissent du service sur WordPress, qui ne contribuent pas forcément directement.
Walid : vous pouvez écouter un des épisodes précédents sur WordPress. On en parle justement avec Jean-Baptiste Audras, qui est un core committer de WordPress et qui explique un peu cela.
WordPress (source wordpress.com)
RaphaĂ«l : un autre service qui peut ĂȘtre offert, câest celui du SaaS avec lâapparition du Cloud : câest vendre du service, pas le soft lui-mĂȘme. Ăa veut dire que le soft, il est toujours sous licence open source, il peut ĂȘtre distribuĂ©, utilisĂ© par les gens qui veulent se lâinstaller eux-mĂȘmes. Mais lâentreprise va aussi fournir le service hĂ©bergĂ©, quâelle va hĂ©berger elle-mĂȘme et sur lequel elle va sâengager en termes de SLA, de contrat de service. Cela peut ĂȘtre associĂ© avec les autres services, de support, de formation, de certification. On voit par exemple, ça, câest le modĂšle de Red Hat, ça peut ĂȘtre mĂȘme vendu sous forme de souscription. Une souscription, câest quelque chose que tu payes rĂ©guliĂšrement et qui couvre un peu tout ça. Cela a pas mal marchĂ© auprĂšs des vendeurs, des entreprises ou des administrations qui avaient lâhabitude de payer des licences rĂ©guliĂšres annuelles auprĂšs de fournisseurs de logiciels privatifs : lĂ , ils retrouvent un peu leurs petits. Ils Ă©taient plus Ă lâaise, en tout cas, pour aborder lâentreprise et la maniĂšre de travailler. En revanche, puisquâil y a une entreprise commerciale, il y a besoin aussi dâavoir lâaccĂšs au code, mais il nây a pas forcĂ©ment besoin complĂštement de la CLA ou du DCO. Ăa va dĂ©pendre un peu de chaque projet, de chaque modĂšle. Câest vrai que si on fait de la formation ou de lâexpertise, possiblement on nâintervient mĂȘme pas sur le code et on nâa pas dâIP (propriĂ©tĂ© intellectuelle).
Walid : ce nâest pas toujours Ă©vident avec ce modĂšle non plus, le service, parce que cela fluctue pas mal. Quand tu as des dĂ©veloppeurs et que tu nâas pas de contrat, câest assez dur. Ce qui explique aussi pourquoi certains projets partent de ce modĂšle-lĂ , parce que tu vas chercher des revenus rĂ©currents pour pouvoir payer tes dĂ©veloppeurs. Et le service est quelque chose qui est plutĂŽt alĂ©atoire et donc ce nâest pas Ă©vident. GonĂ©ri, tu voulais dire quelque chose ?
GonĂ©ri : non, je pensais au SaaS, aux souscriptions. Et effectivement, je pense que câest la rĂ©ponse Ă ce que tu dis. Ăa permet de lisser un peu les sources de revenus, dâavoir de la visibilitĂ© sur ce qui va arriver. Et aussi dâavoir des groupes dâutilisateurs, de bien identifier les demandes qui viennent des clients pour les amĂ©liorations, des choses comme ça. Ce quâon nâa pas forcĂ©ment lorsquâon fait juste du support occasionnel.
Walid : la question que je me pose, mais peut-ĂȘtre que vous avez la rĂ©ponse : jâai lâimpression que sur les nouveaux projets qui se montent ou qui ont quelques annĂ©es, le service nâest pas un modĂšle qui est extrĂȘmement utilisĂ©. Mais peut- ĂȘtre que jâai une vision biaisĂ©e du truc. Je ne sais pas, RaphaĂ«l, quâest-ce que tu en penses ?
RaphaĂ«l : effectivement, ce qui va garantir quelque part que ce modĂšle est bon sur la durĂ©e. La pĂ©rennitĂ© de lâentreprise et des projets est bonne car câest prĂ©dictif. Le problĂšme du support, câest quâon ne peut pas prĂ©voir les rentrĂ©es dâargent que ça va gĂ©nĂ©rer, alors que quand on vend du service comme ça, notamment en mode SaaS, câest du rĂ©current, câest prĂ©dictible. Câest vrai que ça permet de sĂ©curiser et de vraiment payer des dĂ©veloppeurs et dâavoir des business plans et de convaincre des investisseurs sur la santĂ© financiĂšre de lâentreprise. Ce modĂšle-lĂ de support et de service, il a eu le vent en poupe. Aujourdâhui, ce nâest pas forcĂ©ment le modĂšle dominant. On verra quâil y a dâautres modĂšles qui sont aujourdâhui plus facilement utilisĂ©s, mais il y a des gens, des projets qui restent fidĂšles Ă cette vision-lĂ : avoir quelque chose de purement communautaire et dâoffrir des services. On en a rencontrĂ© lors du salon Ă Open Source Experience, câĂ©tait trĂšs intĂ©ressant. Ils sont fidĂšles Ă leurs valeurs, ils veulent gagner de lâargent, ils veulent pĂ©renniser leurs projets, mais pas au prix de ces valeurs-lĂ .
RaphaĂ«l : câest vrai que câest intĂ©ressant de voir quâil y a des entreprises qui vivent et qui survivent avec cette vision-lĂ .
Walid : câest vrai quâil y a des gens qui sont fondamentalement accrochĂ©s, dans le bon sens du terme, Ă ce modĂšle, qui savent quâils pourraient, par exemple, faire plus dâargent en passant Ă un mode Ă©diteur et en passant Ă un modĂšle open core, on va en parler aprĂšs, mais qui restent sur ce modĂšle-lĂ parce que ce modĂšle garantit que 100% du code est libre. Je connais plusieurs exemples de boĂźtes qui disent « Non, non, mais nous, 100% du code, il est libre, on fait du service, on sait quâon pourrait gagner plus dâargent autrement, mais on veut pas, on veut rester sur ce modĂšle. » GonĂ©ri ?
GonĂ©ri : quand on a une entreprise qui est basĂ©e sur le support, sur les formations, des choses comme ça, passer sur un autre modĂšle, câest quand mĂȘme pas Ă©vident. Parce que les clients quâon a, câest des gens qui sont lĂ aussi parce quâils apprĂ©cient cette dĂ©marche. Je pense que tu lâas vĂ©cu avec GLPI : quand on commence Ă dire Ă tous les clients quâon va changer, quâon va passer sur un systĂšme de souscription, quâon se retrouve Ă pĂ©daler un peu pendant plusieurs annĂ©es, câest aussi quelque chose qui freine, je pense, la transition vers un autre modĂšle.
Walid : tout Ă fait.
RaphaĂ«l : aprĂšs, effectivement, sur ce modĂšle-lĂ de support et de service, tout lâenjeu est de trouver un Ă©quilibre : pouvoir survivre dans le temps au niveau Ă©conomique. Il y a pas mal de projets et dâentreprises qui se sont cherchĂ©s en termes de business model. Et parfois, changer de business model, ça implique de changer la licence, quand ils ont justement la propriĂ©tĂ© intellectuelle sur le code. Mais le problĂšme câest que dĂšs quâon touche Ă la licence, on touche un peu au nerf de la guerre et il faut faire trĂšs attention aux rĂ©actions des utilisateurs qui peuvent ne pas comprendre le changement de licence, parce quâils sont habituĂ©s Ă pouvoir utiliser le soft de maniĂšre libre, au sens free software. Et ça peut leur faire peur. Et puis, on peut avoir aussi des rĂ©actions au niveau des contributeurs qui se disent « Mais quoi ? Changement de licence ? Est-ce quâil nây a pas un autre modĂšle Ă©conomique qui est en train dâĂ©merger ? » ou « En fait, finalement, on profite de mes travaux ? » Ce genre de choses. Donc, câest vrai que câest toujours un moment important dans la vie dâun projet quand il y a ces changements-lĂ .
En gĂ©nĂ©ral, les changements de licence, câest associĂ© Ă un changement de business model, notamment pour aller vers le type open core.
Walid : quand ton logiciel a toujours Ă©tĂ© libre et quâĂ un moment, tu commences Ă parler dâargent et Ă parler de gros mots comme souscription, licence, etc, effectivement, pour lâavoir vĂ©cu (on en parle pas mal dans lâĂ©pisode 2 sur GLPI) câest dur. Cela prend des annĂ©es et ce nâest dâailleurs mĂȘme pas forcĂ©ment les gens qui Ă©taient lĂ au dĂ©part qui restent ensuite. Parce que le modĂšle, il a changĂ©. Câest peut-ĂȘtre pour ça que des projets qui commencent, ils ne commencent pas avec ce modĂšle-lĂ .
Walid : ok, modĂšle suivant. ModĂšle trĂšs en vogue, un gros morceau. Câest le modĂšle quâon appelle le modĂšle open core, aussi les modĂšles Ă©diteurs. Il y a diffĂ©rentes saveurs de modĂšle open core. Câest un modĂšle qui a Ă©tĂ© inventĂ© en 2008. Je pensais que câĂ©tait plus rĂ©cent que ça, mais en fait non. DâaprĂšs la dĂ©finition de WikipĂ©dia, « cela consiste principalement Ă offrir une version de base ou limitĂ©e en termes de fonctionnalitĂ©s dâun logiciel open source, tout en offrant une version commerciale ou des add-ons sous forme de logiciel propriĂ©taire ». Dans le domaine dans lequel je suis, qui est le no-code, câest le modĂšle dominant pour les produits open source.
Je vous laisse introduire. RaphaĂ«l, quâest-ce que tu peux en dire de ce modĂšle ?
RaphaĂ«l : lĂ il y a toujours une entreprise commerciale qui va ĂȘtre autour du projet, avec dâautres moyens de trouver des financements. En gĂ©nĂ©ral, pour gĂ©nĂ©rer de lâargent, câest la vente des fonctionnalitĂ©s ou des choses qui ne sont pas forcĂ©ment toujours open source. Câest pour ça quâon parle dâOpen Core : avec un cĆur qui peut ĂȘtre open, qui est open source et avec des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es autour ou des plugins, des add-ons qui vont ĂȘtre payants. Câest lĂ -dessus que lâentreprise va se rĂ©munĂ©rer et pouvoir payer les dĂ©veloppeurs et payer tous les frais et essayer de faire des bĂ©nĂ©fices. Souvent, ces features-lĂ , câest des features qui vont sâadresser aux entreprises, puisquâon rentre dans le monde de lâentreprise et du business. Ce nâest pas forcĂ©ment des fonctionnalitĂ©s qui vont ĂȘtre utiles Ă des utilisateurs isolĂ©s ou Ă des petites Ă©quipes. Ăa va ĂȘtre des choses comme de lâintĂ©gration avec le reste dâun systĂšme dâinformation, la gestion dâutilisateurs avec des droits prĂ©cis, parce quâon en a beaucoup et quâil faut avoir des types dâutilisateurs, des rĂŽles, ce genre de choses, ou des choses qui vont ĂȘtre liĂ©es Ă lâindustrialisation, Ă lâobservabilitĂ©, etc.
Ăa va ĂȘtre aussi la capacitĂ© Ă sâengager sur des versions Ă long terme avec des Long Term Support versions, ce genre de choses-lĂ . AprĂšs, dans lâopen core, il y a autant de modĂšles, on lâa dit de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, mais dans lâopen core, câest encore plus vrai. Il y a autant de modĂšles quâil y a dâentreprises qui le pratiquent. On pourrait parler de 50 nuances dâopen source ou dâopen core.
Cela va du fauxpensource qui est la libĂ©ration du code pour ĂȘtre visibles et pour essayer de rĂ©cupĂ©rer des utilisateurs assez rapidement. Mais en fait, on ne cherche pas du tout Ă dĂ©velopper une communautĂ©. ForcĂ©ment, regarder lâIP sur le code, de toute façon, on ne va pas accepter les contributions, on ne les cherche pas et on va peut-ĂȘtre essayer de se faire racheter par une autre entreprise ou de gagner de lâinvestissement externe. AprĂšs, ça peut aller jusquâĂ des entreprises qui vont essayer dâarticuler de la maniĂšre la plus propre possible une partie communautaire et une partie business. Et en fait, câest la maniĂšre dont cette articulation est faite, plus ou moins bien, qui va garantir finalement le succĂšs de ce genre dâentreprise.
Lorsque lâentreprise arrive Ă bĂ©nĂ©ficier Ă la fois dâune communautĂ© qui est dynamique, qui est motivĂ©e, qui augmente la base dâutilisateurs, qui augmente la visibilitĂ© et dâun autre cĂŽtĂ©, des versions business qui sont claires avec des fonctionnalitĂ©s qui sont vraiment bien prĂ©cises pour certains types dâutilisateurs, il suffit quâils transforment une partie de leurs utilisateurs communautaires en utilisateurs commerciaux et lâentreprise peut avoir un bilan Ă©conomique qui est viable.
Walid : dans lâopen core, il y a pas mal de dĂ©clinaisons. Il y a un sujet qui est super intĂ©ressant, que jâessaye dâaborder dans les podcasts, justement, câest comment est-ce que tu fais pour trouver le bon Ă©quilibre entre une version libre qui a des fonctionnalitĂ©s suffisantes pour que les gens puissent lâutiliser au quotidien, mais dâun autre cĂŽtĂ©, certaines fonctionnalitĂ©s avancĂ©es qui font que les gens vont avoir envie de prendre une souscription. Et lĂ , il y a plein de modĂšles diffĂ©rents. Il y en a qui vont dire « Il y a des trucs rĂ©currents, des trucs du style dans la version propriĂ©taire, je mets par exemple tout ce qui concerne les authentifications, le SSO, ce genre de truc. ». Il y en a qui vont dire « Moi, je mets toutes les fonctionnalitĂ©s entreprises, câest-Ă -dire que tous les petits trucs pour les assos etc., ça va dans la version communautaire. » Il y en a qui vont dire, comme par exemple ça a Ă©tĂ© le cas pour Passbolt, que jâai interviewĂ© ou aussi sur GLPI, « On a des features, si on les met dans la version open source, on sait que ça va nous gĂ©nĂ©rer Ă©normĂ©ment de support et on sait quâon nâa pas la bande passante pour garantir ces supports, parce que ce sont des features sur lesquelles on doit revenir rĂ©guliĂšrement, etc. Et donc, on a besoin que les gens prennent des souscriptions pour ĂȘtre sĂ»r que ça soit traitĂ© correctement ».
Donc, il y a vraiment un panel assez grand et chaque projet gĂšre justement ce quâil met dans une version ou ce quâil met dans une autre de maniĂšre diffĂ©rente. Il y a encore dâautres projets qui vont dire « Moi, par exemple, je mets dans la version pas libre certaines features et quand jâestime quâelles sont rentabilisĂ©es, je les rebascule, je les backporte dans la version libre. » Il y a il y a plein de choses diffĂ©rentes et lĂ , câest vraiment en fonction de ton marchĂ©, peut-ĂȘtre de tes concurrents, des fondateurs de la boite, du marketing, du commerce. Par contre, il y a quand mĂȘme un certain nombre de choses lĂ -dedans, câest que trĂšs souvent, quand tu veux contribuer toi en tant quâindividu ou sociĂ©tĂ© externe, tu signes un accord des CLA en gĂ©nĂ©ral ou quelque chose comme ça. Et on a vu effectivement des sociĂ©tĂ©s aussi qui, potentiellement, peuvent changer de modĂšle Ă©conomique.
GonĂ©ri : il y a un modĂšle intermĂ©diaire oĂč câest le modĂšle produit-projet, qui est utilisĂ© par Red Hat. On a quasiment Ă chaque fois un projet communautaire avec les dĂ©fauts et les qualitĂ©s que ça apporte, avec une roadmap courte, peu de visibilitĂ© sur le long terme, des versions qui sâenchaĂźnent. Et Ă cĂŽtĂ©, on va avoir un produit oĂč la roadmap va ĂȘtre plus maĂźtrisĂ©e, il va y avoir des engagements oĂč le support va ĂȘtre plus long, des choses comme ça. Et dans les deux cas, ce sont des logiciels libres mais on a quand mĂȘme ce produit qui sâapparente plus Ă ce quâon vient de dĂ©crire, oĂč on va pouvoir le vendre comme un logiciel qui peut ĂȘtre dĂ©ployĂ©, qui pourra avoir un support sur le long terme.
RaphaĂ«l : effectivement, au niveau Open Core, il y a un point qui est important, ça va ĂȘtre sur la licence et la propriĂ©tĂ© intellectuelle (IP). Lâentreprise veut avoir plus ou moins le contrĂŽle sur la base de code. Donc elle va avoir besoin de la propriĂ©tĂ© intellectuelle en gĂ©nĂ©ral sur le code. Et donc, on retrouve ces notions de CLA (Contributor License Agreement), pour que, justement, lâentitĂ© commerciale puisse possĂ©der la base de code. En gĂ©nĂ©ral, on peut retrouver aussi ce modĂšle-lĂ â en tout cas, historiquement, il y en a eu â de dual licensing, oĂč le code est distribuĂ© (puisquâil appartient Ă une entitĂ©, elle peut dĂ©cider de le distribuer comme elle veut, câest toujours comme ça que ça commence au dĂ©but), sous une licence libre, mais aussi sous une licence qui est commerciale et privative, avec un contrat de licence qui est passĂ© avec les clients. En fonction de lâusage qui va ĂȘtre fait du soft, il y a telle ou telle licence qui va le permettre. Un bon exemple, câest MySQL. MySQL, dĂšs le dĂ©part, ça a Ă©tĂ© sous double licence, Ă la fois GPL et propriĂ©taire sans licence GPL comme câest une licence copyleft.
MySQL (source : wikipedia)
En gĂ©nĂ©ral, le Dual Licensing, ça marche bien avec les licences copyleft. Pourquoi ? Parce que lorsque lâentreprise va dĂ©cider distribuer aussi le soft sous licence propriĂ©taire. elle va enlever lâaspect contaminant, viral ou persistant (ça dĂ©pend comment on trouve le copyleft : est-ce que câest bien ou pas bien, peu importe, il nây a pas de jugement). Elle va enlever ces contraintes-lĂ et donc ça va permettre Ă des entreprises de contracter directement avec lâentreprise qui diffuse le soft, lĂ en lâoccurrence MySQL, sans avoir Ă livrer des modifications quâils auraient fait dans le code ou autour en intĂ©grant. On le retrouve pas mal dans lâembarquĂ© (embedded), par exemple, quand MySQL est intĂ©grĂ© dans du soft ou mĂȘme proche du hardware. Effectivement, câest plus facile Ă vendre Ă une entreprise, comme je lâai dit tout Ă lâheure, oĂč un acheteur va retrouver des choses quâil connaĂźt, puisque finalement, il a une licence assez classique, comme il a lâhabitude de faire.
Walid : ça, câest une question que jâaimerais bien aborder. Quel est le rĂŽle des capitaux risqueurs (VCs) dans tout ça ? Parce que tu montes ta boĂźte, on va te donner de lâargent. Un VC va mettre de lâargent dans ta boĂźte, il va attendre un retour. Quâest- ce qui se passe sâil nâa pas ce retour ? Quel est lâimpact sur tes beaux idĂ©aux de faire du logiciel libre, etc. ? On voit bien Ă lâheure actuelle quâil y a quand mĂȘme des problĂ©matiques qui sont liĂ©es au financement. Et ce modĂšle open core oĂč tu as une sociĂ©tĂ© qui est Ă©ditrice, si en plus de ça, elle a toute la propriĂ©tĂ© intellectuelle sur le code, rien ne lâempĂȘche de changer de licence et de partir sur des licences non-libres, finalement. Câest une problĂ©matique Ă prendre en compte de plus en plus. Et puis, une fois que tu as changĂ© de licence, rien ne dit que tu vas pas rechanger une deuxiĂšme fois de licence en plus.
RaphaĂ«l : cet aspect-lĂ sur le code est important en termes de maturitĂ©. Parce que câest vrai que cela nâarrive mĂȘme pas que dans le domaine open source : mĂȘme sur des grands projets, par exemple, quand on fait pour des grandes entreprises ou dans le secteur public, il y a ce besoin-lĂ dâavoir la garantie que le code et le soft sera toujours fonctionnel et donc potentiellement avoir accĂšs au code dans 20 ou 25 ans. Et donc, il nây a pas de garantie sur la pĂ©rennitĂ© de lâentreprise et câest pour ça que souvent, ça peut ĂȘtre demandĂ© de dĂ©poser le code, de le consigner, par exemple, Ă la Caisse des DĂ©pĂŽts pour sâassurer que mĂȘme si lâentreprise disparaĂźt, le code, lui, sera toujours disponible, et quâil y aura toujours quelquâun qui sera capable de le maintenir. Je pense par exemple Ă du code qui fait tourner des centrales nuclĂ©aires ou qui est envoyĂ© dans lâespace. Et câest vrai que de ce point de vue-lĂ , lâopen source, ça peut ĂȘtre une garantie pour certains de ces acteurs-lĂ de pĂ©rennitĂ© et de garder la maĂźtrise de ce quâils construisent parce quâils ont des usages critiques ou sur le long terme. Ăa va les rassurer.
GonĂ©ri : ça me fait penser Ă lâindustrie spatiale oĂč ils avaient ce genre de demande.
Walid : on avait des demandes de support sur 20 ans du logiciel et on expliquait quâil y a 20 ans, le logiciel nâexistait mĂȘme pas. CâĂ©tait un peu compliquĂ© pour nousâŠ
Il y a plusieurs niveaux dans lâopen core et aussi, ça, jâen parlerai, je pense, dans dâautres Ă©pisodes, parce quâon a parlĂ© pas mal avec des gens qui maintenant ont des modĂšles open core. Des sociĂ©tĂ©s qui commencent, partent directement sur un modĂšle open core. Ăa, ça peut se comprendre. Elles ont un peu tirĂ© les conclusions de tout ce qui sâest fait avant. Elles estiment que pour elles, ça semble mieux et aussi pour se financer.
Mais il y a aussi des entreprises qui se cherchent et qui essayent plusieurs modĂšles avant dâarriver Ă un modĂšle open core. Et certaines disent quâeffectivement, câest avec ce modĂšle-lĂ quâelles ont rĂ©ussi Ă se financer. On a mĂȘme discutĂ© avec des entreprises qui sont sur des modĂšles open core comme ça et qui nous disaient « Quand les clients nous appellent, on ne leur dit mĂȘme pas que câest libre. Ils cherchent une solution, on leur dit quâon a une solution, on ne leur dit mĂȘme pas que câest du libre. Tu vois, ça, ça peut se comprendre. Câest-Ă -dire que ceux qui veulent, ils utilisent la version libre, mais les gens, ils viennent nous voir pour une solution. Nous, on leur donne une solution ».
Il y a pas mal de gens qui sont venus Ă force Ă ce modĂšle et qui sont passĂ©s par du support. Ils ont essayĂ© plein de trucs, etc. Et puis, ils en sont arrivĂ©s Ă ce modĂšle-lĂ . Tu as aussi des sociĂ©tĂ©s qui vont faire du libre mais dont le seul but des fondateurs câest de se faire acheter. Et donc la pĂ©rennitĂ© du projet, ça peut ĂȘtre un peu compliquĂ© aussi.
GonĂ©ri : je pense quâil y a aussi la question des levĂ©es de fonds. Aujourdâhui, si on veut avoir une banque, des fonds dâinvestissement, des choses comme ça, et si on dit quâon nâa pas de propriĂ©tĂ© intellectuelle (IP), quâon nâa que des communautĂ©s et que les clients, ce sont gens qui nous donnent de lâargent parce quâils ont envie de nous le donner, cela devient trĂšs dur dâavoir des des investissements et de pouvoir faire grossir son entreprise rapidement. Jâai vu plusieurs fois des cas oĂč les entreprises avaient choisi des licences diffĂ©rentes pour pouvoir justement satisfaire ces demandes de la part des VCs. Les CLA, ça apporte une sĂ©curitĂ© Ă ce niveau-lĂ , câest un peu une façon de dire « OK, dans tous les cas, si les choses tournent mal, on a toujours moyen de prendre une licence propriĂ©taire Ă un moment donnĂ© ». Ce qui peut ĂȘtre une façon dâassurer lâinvestisseur.
RaphaĂ«l : parfois aussi ce nâest pas un modĂšle quâon prend tout de suite cet aspect communautaire. Justement, comme je le disais, lâarticulation entre parties business, parties communautaires. Moi, jâai mĂȘme lâexemple dâun ancien collĂšgues qui Ă©tait avec nous dans Open Source Center il y a pas mal dâannĂ©es et qui est parti chez un Ă©diteur open source comme ça, qui fournissait des services et une solution dans le domaine du e-commerce. Au dĂ©part, ils nâavaient pas forcĂ©ment cet aspect communautaire en vue. Lui, il a Ă©tĂ© embauchĂ©, il est venu pour faire ça, pour dĂ©velopper la partie communautaire. Il mâa dit que ça a pris beaucoup de temps, parce que ce nâest pas si simple que ça. Câest un vrai changement de mindset au sein des entreprises, de comprendre quâon ouvre des choses et quâon laisse des gens venir modifier la base de code, tout ça avec des rĂšgles et tout, et que ça nâavait vraiment pas Ă©tĂ© si simple et que ça lui avait pris pas mal de temps et dâĂ©nergie. Câest vrai quâencore une fois, on le voit, les modĂšles dont on parle, ils ne sont pas statiques. Les entreprises vont se chercher au fur et Ă mesure, mais Ă chaque fois quâil y a un changement de modĂšle, il y a une remise en cause et ce nâest pas anodin.
Câest vrai quâil peut y avoir des risques autour. Il y a des entreprises qui ont pu trouver des modĂšles et se stabiliser en le changeant une, deux ou trois fois de modĂšle. On a rencontrĂ© des gens sur le salon qui nous parlaient un peu de ça. Il y en a, ils ont pu se retrouver un peu dans des situations trĂšs compliquĂ©es parce que soit ils perdent leurs clients, soit ils perdent la communautĂ©. Ce nâest pas garanti.
GonĂ©ri : jâai lâimpression que câĂ©tait bien dans les annĂ©es 2000-2010 ce modĂšle-lĂ , mais que câest en perte de vitesse. Le modĂšle oĂč on essaye de grossir une communautĂ© dâutilisateurs le plus vite possible, de montrer, de se faire connaĂźtre, dâinvestir Ă coups de capitaux qui viennent dâinvestisseurs qui parient sur nous. Je pense Ă OpenStack, des choses comme ça, oĂč ça marchait trĂšs bien et maintenant les investisseurs sont un peu revenus sur ce modĂšle. Ils y croient moins, ou alors ils ont vu que ce nâĂ©tait pas forcĂ©ment toujours rentable. Dans les annĂ©es 2020, câest un modĂšle qui ne marche pas trop.
Walid : on avait notĂ© ensuite quâil y avait des nouvelles tendances, potentiellement des nouveaux types de licences, des projets qui changent de licence pour essayer de trouver une certaine pĂ©rennitĂ© que mĂȘme certains dâailleurs se refermaient complĂštement. On avait notĂ© un exemple assez connu qui est SugarCRM, par exemple, qui est assez, je pense, emblĂ©matique. Je ne sais pas si un de vous deux veut en dire un mot ou parler dâun autre logiciel ?
RaphaĂ«l : une grande tendance que jâai observĂ©e depuis le temps dans les Ă©volutions des business models dans lâopen source, ça a Ă©tĂ© des changements de licences qui sont liĂ©s Ă lâĂ©mergence du SaaS et du Cloud. Ce quâil faut bien comprendre, câest que les licences open source, les premiĂšres, les principales, les plus utilisĂ©es, elles ont Ă©tĂ© créées avant lâapparition du cloud. Donc, elles nâĂ©taient pas prĂ©vues ni armĂ©es pour cet usage-lĂ . Le seul qui avait vraiment un petit petit peu anticipĂ© le truc lorsque câest apparu, câest Richard Stallman. Câest vrai que parfois, on le traite un peu de dingue, de gardien du temple, mais lui, il avait anticipĂ© le truc. Il avait dit « Le Cloud, ça va nous poser un problĂšme par rapport aux licences de la Free Software Foundation. » Câest pour ça quâil a créé lâAffero GPL, qui est lâAGPL, pour dire « La viralitĂ©, elle ne sâarrĂȘte pas lorsquâon passe en mode service fourni sur le cloud». Câest-Ă -dire que si on fait des modifs sur le code et quâon vend du service, dans ce cas-lĂ , ces modifs, il faut aussi quâelles soient contribuĂ©es. La copuleft sâapplique toujours.
FSF (source : gnu.org)
Câest pour ça quâil a créé cette licence-lĂ , alors que les autres licences plus open source, plus permissives, elles nâont pas de dispositif pour garantir le fait quâune base de code va continuer Ă Ă©voluer parce que les gens lâutilisent et la modifie. Câest pour ça que ça a donnĂ© tout un mouvement avec lâĂ©mergence des Cloud Service Providers pour qui, ça e coĂ»te pas grand chose, effectivement, de rĂ©utiliser un composant open source et de le fournir en mode SaaS avec beaucoup dâinvestissements et de la qualitĂ© de service, des SLA comme on disait, et ça donne des projets comme MongoDB. CâĂ©tait un des premiers, en tout cas, un des plus visibles qui a fait ça, qui a changĂ© sa licence et qui a créé une nouvelle licence qui sâappelle la « Server-side Public License », donc la SSPL. Elle dit que si tu fournis du Mongo-as-a-Service, dans ce cas- lĂ , toutes les modifications que tu fais dans Mongo et autour pour lâindustrialiser il faut aussi que tu le reverses au pot commun et au projet, donc Ă nous, Mongo. Ăa revient Ă crĂ©er une sorte de « copyleft » mais sur des licences qui Ă©taient pas⊠Sur des projets qui Ă©taient pas prĂ©vus comme ça au dĂ©part. Et ça, câest vraiment pour lutter contre les Amazon et les autres cloud providers.
AprĂšs, il y en a dâautres qui lâont fait. Il y a Elastic aussi qui est passĂ© avec une Elastic License oĂč lĂ ils vont plus loin. Eux interdisent carrĂ©ment lâ« Elastic-as-a-service » câest-Ă -dire quâils interdisent les « managed services ». Ils disent que les seuls qui pourront vendre vraiment du Elasticsearch ou du Kibana as-a-Service, câest nous. Ăa ne veut pas dire quâon ne peut pas lâutiliser pour vendre des services, mais des services qui sont bien plus larges, qui ne sont pas focalisĂ©s que sur ce service de base qui est le nĂŽtre. Câest comme ça quâils essaient de garantir leur pĂ©rennitĂ© aussi et de se battre un peu. Ăvidemment, dĂšs quâils ont fait ça, il y a les grands fournisseurs de Cloud qui les ont forquĂ©s en disant « Nous, on va continuer Ă utiliser les autres versions, on va les faire Ă©voluer. » Câest sĂ»r que de ce point de vue-lĂ , si ce nâest pas bien expliquĂ© dâabord, ça peut faire peur aux utilisateurs et aux clients.
Du coup câest plus conforme Ă lâOpen Source Definition puisquâon est en train de mettre une restriction, ce qui nâest pas dans la dĂ©finition open source ni logiciel libre. Plus rĂ©cemment encore, on a vu dâautres types de rĂ©actions à ça. Ăa, câest MariaDB. MariaDB, câĂ©tait dĂ©jĂ le fork de MySQL par Monty, qui avait créé MariaDB lorsque ça a Ă©tĂ© rachetĂ© par Oracle. Eux, ils ont innovĂ©, ils ont créé la Business Source License, la BUSL, Ă pas confondre avec la BSL qui est la Boost Server License, type BSD.
Dans le cas de MariaDB, dâabord, on peut mettre des restrictions sur un usage commercial de la solution pour dire « Si vous voulez utiliser sans vouloir faire de lâargent directement avec, câest OK. Si vous commencez Ă vouloir faire de lâargent, faut quâon discute. » Et surtout, il y a une notion de promesse dans le temps de ce quâon met sous cette licence-lĂ va devenir open source Ă terme. On lâa vu, MySQL câĂ©tait sous dual licence commerciale et GPL. Ăa reste sous GPL, mais les nouvelles fonctionnalitĂ©s qui sortent cĂŽtĂ© MariaDB, elles vont ĂȘtre sur BUSL et câest au bout de quatre ans quâils sâengagent, câest Ă©crit dans la licence, Ă libĂ©rer le code et Ă ce que ça repasse sous licence GPL. Câest open source Ă terme.
Walid : jâai vu sur un autre projet que je suis qui est rĂ©cent oĂč câest pareil, ils disent « On est sur une licence BUSL, mais par contre, dans quatre ans, on sera dans une licence MIT. » Oui, sauf que ça se trouve, toi, dans quatre ans, startup tâexistera plusâŠ
RaphaĂ«l : lĂ , il y a une histoire dâavoir confiance dans le fait que le projet va continuer Ă Ă©voluer et Ă innover, mais dans un premier temps, il a besoin, avec cette nouveautĂ©, de garantir sa pĂ©rennitĂ© financiĂšre, mais ça remet pas forcĂ©ment en cause lâidĂ©e que ce soit open source Ă terme. En revanche, ça remet en cause la dĂ©finition Ă nouveau de lâOpen Source Definition.
Walid : ça, câest une espĂšce de lame de fond quand mĂȘme. Il y a quand mĂȘme beaucoup de projets qui dĂ©cident de changer de licence. Surtout ces derniers temps, on en a quand mĂȘme entendu quelques-uns, mais des assez emblĂ©matiques, qui dĂ©cident de changer de licence.
GonĂ©ri : ils cherchent ou on leur demande de changer de business model. Câest vrai. Le board est pas forcĂ©ment les personnes quâon imagine. Dans les annĂ©es 2020, 2010, câĂ©tait assez facile, je pense, dâavoir des investissements de VC, si on faisait du logiciel, du moment quâon avait une grosse base dâutilisateurs, quâon avait de la notoriĂ©tĂ©, quâon arrivait Ă faire du lock-in sur les utilisateurs, des choses comme ça et Ă vendre ça aux VC. Aujourdâhui, les VC ont compris que ce nâĂ©tait pas vrai, quâon pouvait trĂšs bien avoir Amazon qui dĂ©barque et qui commence Ă faire une offre commerciale SaaS de ces mĂȘmes logiciels et en quelques semaines, les utilisateurs commencent Ă migrer. On perd lâinvestissement qui avait Ă©tĂ© fait. Et pour moi, ces changements de licence sont liĂ©s à ça. Ă chaque fois, câest ces des entreprises qui sont quand mĂȘme des entreprises amĂ©ricaines qui ont connu des grosses croissances rapides, oĂč il y a eu forcĂ©ment des injections de capitaux. Il y a un bon exemple qui est arrivĂ© il nây a pas longtemps, câest Elasticsearch, qui est devenu OpenSearch. En fait, OpenSearch, câest le fork agressif dâAmazon qui lâa forkĂ© parce que Elasticsearch a changĂ© sa licence pour empĂȘcher quâAmazon fasse du SaaS avec et vampirise les revenus.
En fait, câest une situation qui est assez facile pour une entreprise comme AWS de faire du SaaS parce quâils ont toute lâinfrastructure, ils ont les connaissances, ils ont les vendeurs, ils ont vraiment tout pour pouvoir faire du SaaS. Et derriĂšre, on a les Ă©diteurs de logiciels libres qui ne sont pas armĂ©s de la mĂȘme façon et qui se retrouvent Ă devoir se dĂ©fendre par rapport Ă des acteurs comme ça agressifs. Pour moi, ça montre lâintĂ©rĂȘt des fondations quand mĂȘme, parce quâune fondation qui a Ă©tĂ© créée il y a 15 ans, elle sera encore lĂ dans 15 ans. Câest un modĂšle qui est quand mĂȘme⊠Qui stabilise vraiment ce genre de choses.
Tous les logiciels qui sont gĂ©rĂ©s par des fondations depuis longtemps, Ă ma connaissance, il nây a pas eu dâhistoires.
Walid : avant, on faisait du modĂšle communautaire, on nâavait pas dâargent, on cherchait un autre modĂšle. Maintenant, ils faisaient des modĂšles open core et ils cherchent un autre modĂšle. Moi, ce que je retiens un peu de tout ça, câest que ces Ă©cosystĂšmes sont en Ă©volution permanente. Il y a des changements de modĂšles. Câest bien, câest pas bien, jâen sais rien, mais en tout cas, câest assez passionnant Ă suivre !
Walid : pour finir cette liste, il y a des petits side-projects dont je voulais quand mĂȘme quâon parle parce quâon peut pas faire comme si ça existait pas. Je sais pas comment sâappelle la personne, mais câest en regardant une confĂ©rence de Capitole de Libre 2022 que jâai pris conscience de ça. Ce sont les licences quâon appelle maintenant les licences Ă©thiques. La plupart des gens Ă qui jâen parle, ils me disent « Mais pourquoi tu veux parler de ces trucs- lĂ ? De toute façon, ce nâest pas libre. » Mais mon avis, câest que tu peux pas faire comme si, parce que ce nâest pas libre, ça nâa pas dâintĂ©rĂȘt dâen parler.
Et donc il y a des licences qui sont pas libres parce quâelles mettent des restrictions sur lâutilisation. On en avait citĂ© plusieurs, RaphaĂ«l. Moi, jâen ai rencontrĂ© il nây a pas trĂšs longtemps une qui Ă©tait une Anticapitalist License. Et toi, tu en as mis dâautres. Est-ce que tu peux juste les lister celles que tu as mis ?
RaphaĂ«l : lĂ , on est Ă la lisiĂšre de lâopen source. Câest par exemple lâHippocratic License ou la Do Not Arm License. Elles veulent sâassurer quâelles vont mettre des conditions sur le comportement que vont avoir les utilisateurs, ou mĂȘme lâusage quâils vont avoir des softwares. Et ça, ça couvre souvent des aspects sociaux liĂ©s Ă lâenvironnement ou aux droits humains. Par rapport Ă la dĂ©finition de lâopen source, ça devient problĂ©matique et en gĂ©nĂ©ral, ça sort de lâOSD. Ce nâest plus considĂ©rĂ© comme open source, parce que ça met des restrictions.


Ce genre de phĂ©nomĂšne-lĂ est arrivĂ© un peu dans la foulĂ©e. A un moment donnĂ©, câĂ©tait Ă la mode de faire des codes of conduct sur les projets dans les grandes communautĂ©s. Ca correspond aussi, pour moi, au renouvellement des contributeurs avec des nouvelles gĂ©nĂ©rations. Eux, câest leur point dâattention, leur centre dâintĂ©rĂȘt aujourdâhui. Ils ont une vision du monde sur lequel ils se projettent et lâenvironnement pour eux sera important, les mouvements sociaux ou ce genre de considĂ©rations aussi. Ils vont ĂȘtre regardants par rapport à ça. On le voit dans les entreprises quand on les embauche, mais on le voit aussi dans les communautĂ©s et sur les projets.
Pour rĂ©cupĂ©rer ces contributeurs-lĂ potentiels, il faut aussi mettre en avant des valeurs dans lesquelles ils vont se retrouver. Le problĂšme, câest quâeffectivement, aprĂšs, ce nâest plus conforme aux dĂ©finitions qui datent, certes, de la FSF ou de lâOSI. Il y en a qui demandent Ă ce que ces notions-lĂ soient revisitĂ©es ou soit revues. On retrouve ce phĂ©nomĂšne et câest un bon exemple dans tout ce qui est intelligence artificielle. Dans ce domaine-lĂ , on retrouve aussi ces problĂ©matiques de licence. Pour commencer, quand on parle de licence dâun modĂšle, par exemple dâIA gĂ©nĂ©rative, il faut voir de quoi on parle. Est-ce quâon parle du dataset, du modĂšle, des poids, du code qui est associĂ©, etc. ? Ăa peut ĂȘtre assez complexe. Ce sont des choses que je suis en train dâanalyser. On retrouve cette notion de « on est ouvert, mais on met des restrictions Ă lâusage ». On va retrouver ce genre de choses avec ce quâon appelle les « OpenRAIL licenses » â « rail », ça veut dire « responsable ai », donc licence oĂč ils vont dire « Oui, ce modĂšle, vous pouvez lâutiliser, mais Ă©videmment, il ne faut pas faire de mal, il faut respecter la loi, etc». Mais parfois, cela peut restreindre un usage mĂ©dical, ou en lien avec le militaire.
On voit que câest associĂ© Ă des idĂ©aux, Ă une vision des choses. Mais cela peut ĂȘtre aussi « On interdit de faire du hosted services » et donc dâoffrir le modĂšle pour ĂȘtre concurrent dâun Meta ou dâun autre fournisseur de modĂšles. Avec ces notions dâethical, il y a un dĂ©placement un peu, et je pense que câest quand mĂȘme liĂ© Ă les Ă©volution de la sociĂ©tĂ© : on ne peut pas les ignorer parce que le monde change et les contributeurs, les gens qui contribuent et qui vont utiliser les softs changent aussi. MĂȘme si ce nâest pas pur open source, câest quelque chose quâil faut considĂ©rer, selon moi.
Gonéri : dans 95% des cas, ces licences sont indéfendables devant un jury, déjà .
Walid : moi, ce qui mâintĂ©resse lĂ -dedans, ce nâest pas quâelles soient dĂ©fendables ou pas, mais ce qui mâintĂ©resse, câest de comprendre les vraies motivations des gens qui font ça, sachant quâils savent certainement pertinemment que leurs licences ne sont pas libres.
GonĂ©ri : Ă partir du moment oĂč quelquâun a du temps libre et quâil a envie de crĂ©er un logiciel et quâil met sa licence, je ne vois pas en quoi câest un problĂšme. Ăa peut ĂȘtre un shareware, ça peut ĂȘtre une licence propriĂ©taire un peu originale comme ça. Moi, pour moi, ça reste que la personne utilise son temps comme il le souhaite. On nâa pas Ă juger ce quâil en fait. Par contre, il ne faut pas lui dire que câest une licence libre. Câest un mensonge.
Walid : je ne pense pas que les gens disent que câest une licence libre. Je regarde parce que jâessaye de comprendre le profil des gens qui font ça pour essayer de voir sâil y a des tendances. Ăa mâintĂ©resse.
Gonéri : ça me donne envie de faire ma licence.
Walid : voilĂ , on a fait un premier panorama. Il y aura certainement encore Ă©normĂ©ment de choses Ă dire. Mais on va garder cela pour des Ă©pisodes suivants, soit avec des spĂ©cialistes de certains domaines, soit avec des projets qui utilisent ou qui se sont cherchĂ©s et qui finissent par utiliser un modĂšle plutĂŽt quâun autre. Câest certainement une sĂ©rie qui va continuer pendant assez longtemps, je pense. Je suis trĂšs content quâon ait fait cet Ă©pisode tous les trois. Je vous laisse chacun faire un petit mot de la fin avant que lâon conclue.
RaphaĂ«l : ça mâa bien fait plaisir de participer Ă ce podcast. JâĂ©tais super content de revoir la tĂȘte de GonĂ©ri, parce que ça fait quand mĂȘme un bail que je ne tâavais pas vu. Tu as les cheveux un peu grisonnants, câest dire il sâen est passĂ© des choses depuis.
Effectivement, mĂȘme dans le domaine de lâopen source, on a vu pas mal dâĂ©volution sur les business models et sur les licences, avec notamment les tendances quâon a Ă©voquĂ©, et puis lâĂ©volution des diffĂ©rents modĂšles communautaires, aprĂšs Service, aprĂšs Open Core, etc.
Je pense que les licences et les business models qui sont associĂ©s, parce que moi je ne diffĂ©rencie pas les deux, cela reste important Ă regarder. Parce que câest vrai quâautour de moi, des gens qui disent « Moi, la licence, je mâen fous un peu, votre open source câest pas trĂšs important. Moi, du moment que le code, il est sur GitHub, je fork le projet, puis aprĂšs, je ferai une Merge Request, etc. » Attention, parce quâil y a quand mĂȘme des droits et des devoirs et câest dommage de ne pas comprendre un peu quelles sont ces contraintes-lĂ .
Il y a un autre truc qui me rend heureux aprĂšs 20, 25 ans dans le domaine : les licences qui ont Ă©tĂ© créées Ă lâĂ©poque, et les fondations qui se sont créées aussi, sont toujours lĂ . Pour certaines elles sont bien prĂ©sentes. Elles ont aidĂ© Ă structurer ce qui est le paysage de lâIT aujourdâhui de maniĂšre gĂ©nĂ©rale et pas quâopen source. Cela prouve que ce sont des choses qui marchent, qui fonctionnent, qui sont stables. Aujourdâhui, lâopen source est devenu mainstream, il est partout. Aujourdâhui, on ne se pose plus la question de « est-ce quâil faut dâopen source ? », câest plutĂŽt « comment ? ». On a vu aussi dans ces business models, quâil y a pas mal dâentreprises, fondations, de projets qui se sont cherchĂ©s et qui ont pu changer au cours du temps. Ăa veut dire que rien nâest figĂ© et que ça peut toujours Ă©voluer. Câest pour cela quâil faut rester au courant de ce qui se passe et suivre un peu, notamment avec la mĂ©thode QSOS, quels sont les points qui peuvent ĂȘtre soumis Ă changement. Et on lâa vu, quand il yâa besoin, il y a dâautres types de licences qui vont commencer Ă Ă©merger.
AprĂšs, on peut avoir un dĂ©bat, est-ce que câest open source ou pas open source ? Peu importe. En tout cas, on voit quâil y a des nouveaux besoins qui apparaissent et quâ il y a besoin de les couvrir. Câest un domaine qui reste encore trĂšs dynamique, et moi cela me rend heureux parce que ce nâest pas poussiĂ©reux : on nâest pas sur des combats dâarriĂšre-garde. On voit que câest dans la sociĂ©tĂ© avec tout ce quâon a dit sur les licences Ă©thiques, ce genre de choses-lĂ . Demain, on nâest pas Ă lâabri que dâautres types de licences Ă©mergent et mĂȘme de nouveaux types de business model apparaissent. Câest ce qui est excitant : mĂȘme aprĂšs des dizaines et des dizaines dâannĂ©es, câest un domaine qui reste complĂštement foisonnant avec des communautĂ©s, des ĂȘtres humains qui veulent co-crĂ©er, puisque lâidĂ©e, elle est bien lĂ : crĂ©er ensemble et aller toujours un peu plus loin dans ce quâon va ĂȘtre capable dâinventer. Cela ne me fait pas regretter de mâĂȘtre intĂ©ressĂ© aussi profondĂ©ment Ă tout ça, parce que câest trĂšs satisfaisant.
Merci beaucoup Walid de mâavoir invitĂ© et dâavoir pu mâĂ©pancher sur tout ça, en plus de vous retrouver tous les deux. LĂ , on a lâimpression dâĂȘtre back in time. CâĂ©tait sympa.
Walid : merci beaucoup. Gonéri ?
GonĂ©ri : pareil. Merci pour lâinvitation. Il y a un modĂšle dont on nâa pas beaucoup parlĂ©, câest celui qui est portĂ© par des grosses entreprises. Je pense Ă AngulairJS ou Kubernetes. Je crois que ça sâappelle Borg ou Grok chez Google ou ça sâappelait comme ça. Câest ce modĂšle oĂč un Ă©norme acteur qui a un besoin produit en interne et il crĂ©e ce produit, mais il nâa pas forcĂ©ment envie de le vendre. Il va juste le rendre libre et le maintenir.

Oui, jâai trouvĂ© ça intĂ©ressant. Le sujet est vaste. Jâavais peur quâon se perde : je pense quâon sâest un petit peu perdu, malgrĂ© tout. Mais, je pense que malgrĂ© tout câĂ©tait une discussion intĂ©ressante. Merci. CâĂ©tait chouette de voir vos faces.
Walid : moi, je retiens effectivement le cĂŽtĂ© « câest un Ă©cosystĂšme qui vit et qui nâest pas sclĂ©rosĂ© ». Et ça me semble hyper important parce que les gĂ©nĂ©rations passent, parce que les modĂšles Ă©voluent et tout. Et câest assez passionnant, surtout vu nos Ăąges avancĂ©s, dâavoir vu tous ces modĂšles et de les continuer Ă les voir. Pour ceux qui sont intĂ©ressĂ©s, qui veulent en savoir plus, vous pouvez Ă©couter lâĂ©pisode avec Benjamin Jean.
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Ă bientĂŽt, portez- vous bien et vive le logiciel libre !
Cet épisode a été enregistré le 8 décembre 2023. Transcription réalisée par Walid Nouh
Sources pour aller plus loin
Licence
Ce podcast est publiĂ© sous la double licence Art Libre 1.3 ou ultĂ©rieure â CC BY-SA 2.0 ou ultĂ©rieure.
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LâERP Tryton : histoire et perspectives N. Evrard & C. Krier â B2CK
Lâhistoire de lâERP Tryton
Sommaire
Walid: bienvenue sur ce nouvel Ă©pisode de Projets Libres! Aujourdâhui, câest un Ă©pisode un peu spĂ©cial. Les deux invitĂ©s que jâai aujourdâhui, ce nâest pas la premiĂšre fois que je les interview. Il se trouve que la premiĂšre fois que jâai participĂ© Ă une interview⊠câĂ©tait il y a 15 ans, sur une radio qui sâappelait Radio Panic, avec FrĂ©dĂ©ric PĂ©ters, Fabrice Flore-ThĂ©bault et Pierre Cros. On avait une Ă©mission qui sâappelait Good Morning Stallman, Ă laquelle on participait. Et un jour, le 14 janvier 2009, nous avons reçu nos invitĂ©s, Nicolas Evrard et CĂ©dric Krier, pour prĂ©senter ce qui Ă©tait Ă lâĂ©poque, je pense, une des premiĂšres interviews de Tryton, un ERP open source dont on va parler aujourdâhui. Donc voilĂ , 15 ans aprĂšs, normalement, si vous Ă©coutez cet Ă©pisode, il doit sortir le 14 janvier 2024, câest-Ă -dire 15 ans pile aprĂšs la premiĂšre interview. Petite touche humoristique. Et cette idĂ©e dâinterview mâest venue parce que ça fait longtemps que je voulais parler de fork et faire une sĂ©rie sur ce que câĂ©tait que les forks. Jâai repensĂ© Ă cette interview et jâai donc recontactĂ© Nicolas et CĂ©dric. Ils ont gentiment acceptĂ© mon invitation. Donc jâespĂšre que vous allez bien tous les deux.
Nicolas: oui, oui, on va bien. Jâai un peu peur quâon rĂ©pĂšte ce quâon a dit il y a 15 ans, mais voilĂ .
Walid: ça fait 15 ans, ça va. Je pense quâon ne dira pas la mĂȘme chose Ă mon avis. Alors pour les auditrices et les auditeurs, je mettrai dans les notes du podcast le lien vers lâĂ©mission de Good Morning Stalman de 2009. VoilĂ , pour ceux qui sont motivĂ©s, ils pourront aller Ă©couter. La premiĂšre partie, câest que je vais vous demander Ă tous les deux de vous prĂ©senter, nous expliquer un petit peu quel est votre parcours. Comment vous avez connu le logiciel libre ?
Nicolas: bon, je vais y aller moi, je suis plus vieux. Donc, Nicolas Evrard, je suis un dĂ©veloppeur Tryton. Comment jâai connu le logiciel libre ? Câest Ă lâuniversitĂ©, dans les annĂ©es 90, donc ça fait quand mĂȘme un bail lĂ maintenant. On bossait sur des Unix et Ă la maison, pour faire des TP, le plus simple câĂ©tait dâavoir un Linux. Et donc jâai installĂ© une Red Hat, qui si je me rappelle bien Ă©tait la 5.2. Et puis voilĂ , puis finalement jâai mis une Debian et je me suis retrouvĂ© Ă bosser sur Zope, un framework de dĂ©veloppement web en Python. Puis une chose en amenant une autre, je me suis retrouvĂ© Ă faire de lâOpenERP, TinyERP mĂȘme Ă lâĂ©poque ça sâappelait, qui est devenu OpenERP. Et puis jâai quittĂ©, câest devenu Odoo. Et jâai rencontrĂ© CĂ©dric peu avant de quitter, puisque pour la petite histoire je faisais les interviews des gens qui arrivaient chez Odoo et jâai interviewĂ© CĂ©dric. Et il mâa bien plu parce quâil lisait ses emails par Mutt. Ce qui est complĂštement stupide, mais bon, voilĂ . CâĂ©tait une façon de trier les gens quand mĂȘme.
CĂ©dric: ouais, donc, CĂ©dric, jâai une formation dâingĂ©nieur. Jâai commencĂ© Ă connaĂźtre le logiciel libre, je pense, pendant aussi mes Ă©tudes. Jâai dĂ» installer une Mandrake Ă lâĂ©poque (NDRL : pour en savoir plus voir lâinterview de GaĂ«l Duval), que jâavais eue dans un magazine, câĂ©tait des CDs. Jâai un peu laissĂ© de cĂŽtĂ©. Jâai commencĂ© mon parcours professionnel comme dĂ©veloppeur dans une sociĂ©tĂ© qui faisait un logiciel pour des banques, en Cobol. Je suis restĂ© quelques annĂ©es lĂ , et puis jâai switchĂ©, et jâai travaillĂ© dans une boĂźte qui Ă©tait dans la sĂ©curitĂ©, qui faisait des network appliances. Et aprĂšs ça, jâai Ă©tĂ© engagĂ© chez Tiny, pour travailler sur TinyERP. Et puis, quelques annĂ©es aprĂšs⊠on a dĂ©marrĂ© Tryton et maintenant on travaille tous les deux chez B2CK, une sociĂ©tĂ© quâon a créée pour le support du logiciel.
Walid: je me rappelle trĂšs bien de la Red Hat 5.1 ou 5.2, on doit avoir Ă peu prĂšs le mĂȘme Ăąge. Vous ĂȘtes basĂ© en Belgique, vous ĂȘtes basĂ© oĂč ?
Cédric: on est à LiÚge.
Nicolas: tous les deux liégeois.
Walid: alors maintenant que vous ĂȘtes prĂ©sentĂ©s, commençons par introduire Tryton. La plupart des gens qui sont lĂ , je ne suis pas sĂ»r quâils connaissent Tryton. Donc dĂ©jĂ , câest un ERP, un logiciel Enterprise Resource Planning. Câest un logiciel dont le but est de gĂ©rer un peu lâensemble des process dâune sociĂ©tĂ©. Est-ce que vous pouvez nous prĂ©senter Tryton ?
CĂ©dric: oui, en fait, on a mĂȘme plutĂŽt tendance Ă dire que câest plutĂŽt un progiciel quâun ERP. Câest un peu plus large que vraiment les features (NDLR : fonctionnalitĂ©s) dâun ERP. Câest vraiment un peu au-delĂ .
Donc, Tryton, câest un logiciel libre, quâon a dĂ©veloppĂ©, qui vient initialement dâun fork de TinyERP. On en parlera un peu plus tard. Ses caractĂ©ristiques, câest quâil est Ă©crit en Python, quâil se base sur une base de donnĂ©es Postgres, quâil est sur une architecture trois tiers. Donc on a un client, un client lĂ©ger, un serveur qui est le serveur applicatif, donc il y a la connaissance mĂ©tier, les process mĂ©tiers, etc. Et puis la base de donnĂ©es pour le stockage.
Cédric Krier
On a deux clients, en fait, deux clients lĂ©gers. Un client dans le navigateur, Ă©crit en JavaScript. et un client ou bureau Ă©crit avec GTK, compilĂ© en application native. AprĂšs, les fonctionnalitĂ©s quâon a de base, câest les grosses fonctionnalitĂ©s quâon attend dâun ERP : achat, vente, gestion de stock, comptabilitĂ©, facturation, productionâŠ
Nicolas: vente en ligne plus ou moins, enfin il y a moyen de construire. Câest aussi ça qui est dans la philosophie de Tryton, câest quâon fournit les briques pour aller plus loin. Tout nâest pas intĂ©grĂ©. Jâimagine que les gens connaissent mieux Odoo. Et Odoo, ça vient avec son e-commerce dedans, et avec Tryton, câest plutĂŽt construit sur le cĂŽtĂ©. On a dâailleurs construit quelques-uns.
CĂ©dric: une des idĂ©es dâarchitecture du logiciel, câest dâĂȘtre modulaire, pouvoir activer les modules dont on a besoin, et crĂ©er des modules si on veut en plus. Et en plus dâĂȘtre interopĂ©rable, donc on peut lâutiliser, dâĂȘtre facile Ă connecter Ă dâautres applications, Ă dâautres solutions. Et donc entre autres pour lâe-commerce, on a un module pour se connecter Ă Shopify, un module pour Vuestorefront. Et on a dĂ©jĂ dĂ©veloppĂ© plusieurs fois des petits connecteurs pour dâautres e-commerces. On a aussi des solutions de connexion avec des solutions de paiement en ligne. On gĂšre automatiquement : on a Stripe et Braintree, filiale de Paypal. Vraiment, lâidĂ©e câest lâinteropĂ©rabilitĂ©.
Nicolas: jâajouterais en plus que le projet, cette vision dâinteropĂ©rabilitĂ© a permis quâil y ait dâautres projets qui sont construits en parallĂšle Ă Tryton. Entre autres, il y en a un logiciel libre qui sâappelle GNU Health, qui est donc un logiciel de gestion dâhĂŽpitaux et de dossiers patients. Il se dĂ©ploie, alors il paraĂźt, en Espagne, mais essentiellement dans les pays en voie de dĂ©veloppement. On en a vu au Laos, il y en a en Afrique, on sait quâil y en a aussi en Argentine, en JamaĂŻque, Ă Cuba, je pense. Mais je pense quâil y a des cliniques en Espagne qui lâutilisent. Et il y a aussi un logiciel de gestion dâassurance qui sâappelle Coog, Ă©ditĂ© par des clients Ă nous, qui fait de la gestion dâassurance et qui se base sur Tryton. Et eux, ils ont pris essentiellement la compta, mais rien du tout de la vente, du stock, etc. Et ils ont construit des centaines de modules qui gĂšrent des assurances.
Cédric: autre exemple de verticalisation, il y a aussi GnuVet, une version pour la gestion de vétérinaires.
Walid: vous avez fait des petits, lĂ !
Nicolas: oui, oui, oui.
Walid: alors, justement, commençons par la genĂšse de Tryton. Pour parler de la genĂšse de Tryton, il faut donc parler de lâĂ©poque oĂč vous Ă©tiez chez OpenERP. Moi, ce que jâaimerais comprendre, câest quel est le cheminement qui vous a amenĂ© Ă vouloir crĂ©er Tryton, en fait ?
CĂ©dric: je pense quâon va me refaire une petite prĂ©cision. En rĂ©alitĂ©, jâai dĂ©marrĂ© le projet avec un autre associĂ©, Bertrand, qui travaille aussi chez Tiny, et Nicolas a rejoint par aprĂšs. Donc, vraiment la genĂšse du projet Tryton, ce serait plutĂŽt de mon cĂŽtĂ©. AprĂšs, Nicolas a eu un peu la mĂȘme dĂ©marche, mais de maniĂšre un peu diffĂ©rente. Donc, Tiny, ça sâappelait Tiny Ă lâĂ©poque, la boĂźte, et qui Ă©ditait Tiny ERP, un logiciel gestion dâentreprise aussi open source.
En tant quâemployĂ© dans la structure, qui Ă©tait une petite structure, je crois quâon Ă©tait moins de 10 Ă lâĂ©poque, avec mon collĂšgue Bertrand, on Ă©tait, aprĂšs une annĂ©e et demie, deux ans de travail dans la sociĂ©tĂ© et dâexpĂ©rience, pas trĂšs contents en rĂ©alitĂ© du service au client qui Ă©tait fourni. On Ă©tait toujours un peu pas Ă lâaise par rapport aux promesses faites au client et par rapport Ă ce que la solution offrait et ce quâil fallait dĂ©velopper, rĂ©parer en cours de route, etc. Donc, câĂ©tait assez frustrant en tant quâemployĂ© de ne pas avoir la possibilitĂ© de fournir un travail considĂ©rĂ© valorisant. Du coup⊠on sâest dit quâon pouvait faire mieux. Et de lĂ , assez rapidement, je pense quâon sâest dĂ©cidĂ©, en deux ou trois mois, on sâest dit on va se lancer. Et donc, on a dĂ©missionnĂ© et puis on a dĂ©marrĂ©.
Cédric Krier
On nâa pas directement repris le code qui Ă©tait hĂ©bergĂ© un subversion (NDLR : autrement appelĂ© SVN), mais en fait, câĂ©tait un subversion qui Ă©tait privĂ©e. Donc, en tant quâemployĂ©, on y avait accĂšs, mais en nâĂ©tant plus employĂ©, on nâĂ©tait plus censĂ© y avoir accĂšs. Donc, on nâa pas repris, on nâa pas su reprendre lâhistorique, parce quâĂ lâĂ©poque, le logiciel Ă©tait juste publiĂ© en release, de maniĂšre un peu irrĂ©guliĂšre. Et donc on est reparti dâune archive, mais on ne lâa pas intĂ©grĂ©e telle quelle directement dans notre dĂ©pĂŽt. On a repris des bouts, bloc par bloc, parfois en réécrivant des parties, et on a reconstruit en piochant dans le code existant. Ce qui nous a permis, dĂšs le dĂ©but, de corriger des erreurs quâon connaissait de lâarchitecture initiale, dâessayer dâĂ©viter de les reprendre pour notre dĂ©part. Avec le temps, on sâest aperçu quâon avait laissĂ© passer des problĂšmes Ă cette Ă©poque-lĂ quâon ne connaissait pas. Et de lĂ , on a commencĂ© Ă reconstruire. Ăa, câĂ©tait vraiment pour le cĆur, le cĆur avec le client lĂ©ger.
Walid: donc, en fait, la dĂ©cision de faire votre propre boĂźte et votre propre ERP, elle nâest pas liĂ©e Ă des problĂ©matiques techniques, elle est liĂ©e Ă des problĂ©matiques de relations clients, câest bien ça ? Ou il y en a aussi des problĂ©matiques techniques, en fait ?
CĂ©dric: quand on Ă©tait employĂ©, on avait identifiĂ© des problĂšmes techniques quâon a essayĂ© de faire corriger et de rectifier en interne. Mais on nâavait pas la possibilitĂ©, on ne nous a pas donnĂ© les moyens de pouvoir le faire. Ă lâĂ©poque, je sais bien que la sociĂ©tĂ© nâavait pas beaucoup de ressources non plus, donc câĂ©tait difficile, il fallait balancer entre le client et ce genre de dĂ©veloppements. AprĂšs, on ne connaissait pas tout de la sociĂ©tĂ©, on nâĂ©tait pas dans les secrets du management Ă lâĂ©poque. Nous, on avait lâimpression quâon pouvait faire mieux. Mais ce nâĂ©tait pas possible de le faire en interne, enfin dans la structure. La structure Ă©tait plus Ă courir aprĂšs des clients, Ă essayer de rentrer un maximum de clients que de rectifier les problĂšmes de genĂšse du projet.
Nicolas: pour la petite histoire, en fait, quand je suis parti et que jâai fait engager CĂ©dric Ă Fabien (NDLR Pinkears, fondateur de TinyERP) Ă lâĂ©poque, je suis parti avec quelquâun que jâai rencontrĂ© chez Tiny, qui sâappelle GaĂ«tan de Menten, et on est partis tous les deux avec, exactement ça câest trĂšs drĂŽle, les mĂȘmes constats et les mĂȘmes envies de changer techniquement les choses et dâavoir une autre relation au code et Ă la façon de faire les choses de façon gĂ©nĂ©rale. Bon, nous ça sâest plantĂ© beaucoup plus, Tryton a rĂ©ussi Ă sâen venir, nous ça nâa pas du tout marchĂ©. Parce que nous, on a réécrit dĂšs le dĂ©but from scratch, on nâa pas voulu du tout ĂȘtre dans le fork. En fait, on a voulu partir de zĂ©ro et câest le plus difficile.
Walid: il y a naissance de Tryton. Si je comprends bien, les premiĂšres actions, ces premiĂšres actions, câest reprendre le code, faire du nettoyage, etc. Vous publiez une premiĂšre version quand ?
CĂ©dric: jâai regardĂ© le premier commit quâon a fait, le 19 dĂ©cembre 2007. Et la premiĂšre release, on lâa faite le 17 novembre 2008, donc quasiment un an. Je pense que câest Ă peu prĂšs ce quâon sâĂ©tait donnĂ© comme objectif : un an pour avoir une solution utilisable, dĂ©montrable, et pour commencer Ă essayer dâattirer des clients. On a eu un client trĂšs tĂŽt, qui nous a suivis dĂšs le dĂ©marrage, ce qui nous a permis de survivre pendant cette annĂ©e-lĂ . Ă la premiĂšre release, assez rapidement, il y a une petite communautĂ© qui sâest créée, principalement des gens qui venaient de TinyERP et qui Ă©taient un peu déçus aussi par la qualitĂ© et par la gestion du projet. Je pense quâon a surtout capitalisĂ© sur le fait que nous, on a directement publiĂ© le dĂ©pĂŽt. Notre dĂ©pĂŽt Ă©tait public, ce qui nâĂ©tait toujours pas, je pense, le cas de TinyERP Ă lâĂ©poque. Avec notre premiĂšre release, on avait une discussion ouverte et on Ă©tait prĂȘts Ă discuter avec les contributeurs Ă©ventuels, ce qui nâĂ©tait absolument pas le cas chez Tiny. Il y avait bien un forum, mais en fait, câĂ©tait plutĂŽt un forum dâutilisateurs qui sâentraidaient, et les employĂ©s de la sociĂ©tĂ© nâavaient pas dâautorisation dâaller aider sur ce forum, ça ne passait que par une relation commerciale.
Walid: dans quel Ă©tat dâesprit vous Ă©tiez quand vous avez fait le fork ? Je mâexplique, jâai participĂ© Ă un fork dâun projet libre, et pendant un an câĂ©tait la grosse excitation, parce quâil y avait des possibilitĂ©s qui sâouvraient et tout. Alors, dans quel Ă©tat dâesprit vous Ă©tiez Ă ce moment-lĂ ?
CĂ©dric: assez enthousiastes, on nâavait pas de passif. On nâavait pas Ă prendre en considĂ©ration un passĂ©, maintenir une compatibilitĂ© avec quelque chose dâexistant, etc.
Donc câest vrai quâon pouvait casser tout et dĂ©cider de changer des grosses choses, de faire des gros changements structurels sans trop de contraintes. Et donc câest vrai que pendant cette annĂ©e-lĂ , câĂ©tait assez gai de dĂ©velopper et de travailler sur le projet. Mais une fois quâon a fait une premiĂšre release, on sâest imposĂ© des rĂšgles.
Cédric Krier
Et du coup, ces rĂšgles ont un peu cadenassĂ© : il y a eu plus de challenges pour arriver Ă faire ce quâon voulait dans les contraintes quâon sâest donnĂ©es. Et un petit peu moins de libertĂ©, mais dans un sensâŠ
Walid: câĂ©tait quoi ces rĂšgles ?
CĂ©dric: un utilisateur doit pouvoir passer dâune version Ă lâautre sans avoir besoin de services externes. Ce qui permet de ne pas avoir de vendor lock-in, ce qui est souvent reprochĂ© sur certains projets : Ă partir du moment oĂč ils utilisent leurs solutions libres, on est obligĂ© de passer par leur service pour maintenir, parce quâil y a personne dâautre qui ne sait le faire. Câest ce que fait Odoo pour lâinstant. Ăa, câĂ©tait une premiĂšre contrainte. Essayer dâavoir une backward compatibility (NDLR : compatiblitĂ© descendante) des API le plus possible. Bien quâon ait dĂ©cidĂ© Ă plusieurs reprises de casser cela, on a fait la publicitĂ© de ces changements, expliquĂ© et mis tout le monde au courant.
Walid: je voulais vous demander quel Ă©tait le panorama en fin 2008 des ERP libres et open source. Il y avait quoi ? Il y avait Dolibarr, TinyERP, il y avait quoi dâautre ?
Nicolas: Dolibarr, TinyERP, ERP5. CâĂ©tait un ERP fait en Python, si je me rappelle bien, par un Lillois ou quelque chose comme ça. Les concepts Ă©taient un peu intĂ©ressants, dâailleurs. Je me rappelle, il y a eu un bouquin sur le design des logiciels, et il y a un chapitre dessus. Ăa existe toujours dâailleurs. Ah bah oui, il y a eu un commit il y a cinq jours. VoilĂ .
Cédric: GnuCash. Je ne sais pas si ça peut se monter comme ERP, mais il y a GnuCash qui existe.
Nicolas: un truc en Java, comme Compiere.
Cédric: ⊠Compiere.
Walid: il nây avait pas grand-chose.
Nicolas: non. Au final, il nây a toujours pas grand-chose.
Cédric: ERPnext.
Nicolas: ERPnext en effet.
Cédric: oui. Il y a aussi⊠Alexor.
Walid: il y avait de la place pour un nouvel ERP libre open source.
CĂ©dric: la premiĂšre concurrence, je pense, câest avec Excel. Dans beaucoup dâentreprises, ils travaillent avec Excel. Donc, il faut remplacer Excel, on remplace souvent Excel. Ou alors aprĂšs, il y a vraiment les logiciels propriĂ©taires, Navision, SAP. Câest plutĂŽt la concurrence que les autres logiciels open source.
Walid: vous publiez la premiĂšre version, vous avez une communautĂ© qui se crĂ©e. La question que je me pose, câest : est-ce que vous gardez des contacts Ă lâĂ©poque chez Tiny ? Est-ce que vous savez sâils regardent un peu ce que vous faites ? Est-ce que vous, vous regardez ce quâils font aussi ? Est-ce quâil y a des Ă©changes un peu dans un sens ou dans les deux ? Comment ça se passe ?
Cédric:
le dĂ©but Ă©tait un peu chaotique. Parce quâon a eu une premiĂšre affaire avec Fabien, donc Fabien Pinckaers, le directeur de lâentreprise, qui, assez rapidement, quand on a publiĂ© du code, etc., nous a accusĂ©s de le voler. Alors quâon Ă©tait repartis sur la version publique, ce qui Ă©tait sous licence GPL2. De ce point de vue-lĂ , on nâa en fait rien Ă se reprocher. Dâailleurs, aprĂšs nous avoir accusĂ©s de maniĂšre publique, on a juste Ă©crit une premiĂšre lettre avec lâaide dâun avocat pour lui dire quâil se calme un peu sur les accusations. Et dâailleurs ça nâa jamais Ă©tĂ© plus loin.
Cédric Krier
Donc je pense que câĂ©tait plus une crainte dâavoir un concurrent qui dĂ©barque quâautre chose.
Walid: câĂ©tait pour dire bienvenue.
Cédric: si on veut.
Ensuite, par la suite, il y a eu du code qui a Ă©tĂ© repris. Je pense principalement Ă une petite librairie quâon avait dĂ©veloppĂ©e, quâon avait appelĂ©e VAT Number, qui est pour valider les numĂ©ros de TVA dâun peu partout, de plein de pays. Et donc, on collectait des formats et on ajoutait des validateurs, etc. Et on a retrouvĂ© notre code repris tel quel, en copier-coller, Ă lâintĂ©rieur des modules dâOdoo. Ce qui ne nous avait pas trop plu, câĂ©tait le manque⊠Ils nâavaient pas gardĂ© lâattribution de lâauteur, le copyright. Au niveau licence, câĂ©tait bon parce que ça restait GPL, si je me rappelle bien.
Cédric Krier
On a dĂ» un peu leur rappeler quâil fallait mettre⊠Ils ont mis le nom en commentaire quelque part dans le fichier. Ce nâest pas tout Ă fait la bonne pratique, mais on nâa pas Ă©tĂ© plus loin que de leur rappeler ça. Donc, il y a eu ce genre dâĂ©changes de code qui sont partis dans cette direction-lĂ . Ce quâon a mĂȘme trouvĂ© un peu regrettable, câest que nous, on a tendance Ă dĂ©velopper des librairies pour des fonctionnalitĂ©s gĂ©nĂ©rales qui ne sont pas directement liĂ©es Ă Tryton ou Ă lâERP, de maniĂšre Ă ce quâelles puissent ĂȘtre utilisables par dâautres. Et on a vu quâils ne rĂ©utilisaient pas notre librairie, mais la bundle de maniĂšre un peu cachĂ©e. On trouvait que câĂ©tait un peu dommage de ne pas avoir cet esprit oĂč justement on aurait pu contribuer ensemble sur un projet⊠un bout de code, un bout de projet
Nicolas: oui, par exemple. Sensiblement la mĂȘme idĂ©e, câest quand on a fait notre client. Parce quâil y a le client JavaScript, il y a le client GTK, donc desktop. Pour faire les tests, on a fait aussi un client en ligne de commande, enfin, plus ou moins. Au final, ce client, il a aussi eu une existence. Enfin, lâidĂ©e a Ă©tĂ© reprise. Ils auraient Ă©videmment pas pu reprendre exactement la mĂȘme chose. Mais il y a eu de lâinspiration, je pense, des deux projets de lâun Ă lâautre. On est passĂ©s Ă lâActive Record (NDLR : un design pattern logiciel, un patron de conception). Ils ont suivi un an ou deux plus tard. Et nous, on regarde ce quâils font et ça nous inspire de temps en temps.
CĂ©dric: nous, de maniĂšre claire et publique. Il nous arrive de voir des commits passer ou des changements chez Odoo et de dire : « ah bah tiens, câest peut-ĂȘtre intĂ©ressant, câest une idĂ©e intĂ©ressante ». Et du coup, on ouvre un bug dans notre bug tracker avec le lien vers le commit en disant : « tiens, ils font ça comme ça, ça pourrait ĂȘtre applicable pour nous et ça pourrait ĂȘtre intĂ©ressant ». Dans lâautre sens, il y a, je pense, clairement la volontĂ© de ne pas parler du projet Tryton. Du coup, on nâa pas vraiment de preuves, mais il y a parfois des coĂŻncidences, des choses. On dĂ©couvre quâon a une idĂ©e, on dĂ©veloppe quelque chose, et on retrouve lâidĂ©e un peu similaire qui est dĂ©veloppĂ©e quelques mois aprĂšs. Alors, câest possible que ce soit des coĂŻncidences ou pas. Câest difficile Ă savoir. Mais de leur cĂŽtĂ©, je pense clairement que le mot dâordre câest dâignorer et de faire comme si le projet Tryton nâexistait pas.
Walid: donc le projet est en licence GPL V3+. Quand vous avez récupéré le code au départ, il était en licence quoi ? GPL2 ? Il était déjà en licence ?
CĂ©dric: en GPL2. On lâa upgradĂ© Ă la GPL3. CâĂ©tait Ă lâĂ©poque oĂč la GPL3 venait de sortir. Il y avait tout un terme autour de la Tivoization. On sâest dit que câĂ©tait probablement une bonne idĂ©e dâupgrader.
Walid: quelque chose dâautre qui mâintĂ©resse beaucoup. Jâai Ă©coutĂ© dâautres podcasts que je mettrai en description dans lesquels vous parlez un peu du deuxiĂšme sujet qui mâintĂ©resse : la gouvernance que vous avez mise en place. Il y a cette volontĂ©, dĂšs le dĂ©part, de faire en sorte que le code reste libre. Jâai trouvĂ© ça vraiment trĂšs intĂ©ressant, surtout dans une pĂ©riode un peu troublĂ©e comme maintenant oĂč les projets ont tendance Ă changer de licence pour passer sur des licences plus ou moins libres. Et puis entre-temps, vous avez aussi créé une fondation. Est-ce que vous pouvez un peu mâexpliquer le cheminement qui a conduit Ă la gouvernance que vous avez maintenant ? Est-ce que câĂ©tait ce que vous vouliez faire au dĂ©part ? Et puis maintenant, quelle est la gouvernance ? Comment le projet est-il gĂ©rĂ© maintenant ?
CĂ©dric: je pense quâau dĂ©marrage du projet, Bertrand et moi, nous nâavions absolument aucune idĂ©e de comment le projet allait ⊠au niveau communautaire⊠de comment on allait gĂ©rer. On nâavait absolument pas de vision. On sâĂ©tait dit : on va faire un projet open source comme les autres projets open source.
Nicolas: au niveau de la licence, il y a le fait que tout bĂȘtement⊠OpenERP ou Odoo, je ne sais plus, Tiny, je pense. Tiny a toujours le copyright sur une partie du code, et donc on ne peut pas le changer. On voulait le changer, il faudrait quâon demande, et je ne pense pas quâils seraient dâaccord.
Mais sinon, notre vision Ă ce niveau-lĂ , ça a toujours Ă©tĂ© dâattribuer le code aux personnes qui lâont Ă©crit, dans le sens oĂč plus de personnes ont le copyright, plus il est difficile de changer ensuite. Et donc, ça oblige le code Ă rester open source. Câest aussi pour ça quâil nây a pas de CLA, Contributor License Agreement, parce quâun CLA, au final, ça donne lâautorisation Ă une boĂźte de faire ce quâelle veut avec son code.
Nicolas Evrard
Je ne sais pas si on en a vraiment discutĂ©, mais câest quelque chose sur lequel on Ă©tait dâaccord quasi naturellement.
CĂ©dric: oui, nous, dĂšs le dĂ©but, on sâest attribuĂ© Ă chacun le copyright du code quâil a Ă©crit. Ăa ne sert Ă rien de faire autrement. Et on ne voit pas dâintĂ©rĂȘt Ă le faire autrement. Quâest-ce que ça nous apporterait, Ă part des contraintes juridiques ? Il faudrait un CLA, il faudrait en avoir un, le faire signer, le conserver, etc. Et pour quel intĂ©rĂȘt ? Si on me demande de signer un CLA, câest parce quâon veut changer la licence par aprĂšs.
Walid: câest parce que lâentreprise garde le droit de faire ce quâelle veut avec le logiciel auquel une communautĂ© de gens a potentiellement contribuĂ©, ce qui est assez sournois finalement quand on y pense.
CĂ©dric: oui, oui. Et alors, je dois dire aussi, je pense quâil y a un point Ă rajouter.
Au dĂ©but du projet, la communautĂ© sâest principalement construite avec des gens venant du monde de Tiny, dâOpenERP et Odoo, qui ont eu une forte tendance Ă changer de licence tous les 3-4 ans. Ils sont passĂ©s dâune GPL Ă , je pense, une AGPL, puis une LGPL, et maintenant ils ont un mix avec une partie propriĂ©taire et une partie qui reste LGPL, mais ils se rĂ©servent le droit de basculer du code dâun cĂŽtĂ© Ă lâautre. Tous ces changements de licence ont créé une crainte chez certains utilisateurs ou participants Ă cette communautĂ©, qui se sont redirigĂ©s vers nous. Et du coup, câĂ©tait un critĂšre important pour eux : sâassurer que les rĂšgles nâallaient pas changer en cours de route.
Cédric Kreir
Nous, dĂšs le dĂ©part, on disait que lâidĂ©e Ă©tait dâavoir B2CK comme une entreprise qui contribue au projet, mais qui reste une entreprise comme les autres. De ne pas avoir un avantage ou la possibilitĂ© de dire, Ă un moment donnĂ©, « la communautĂ© est assez grande, maintenant hop on ferme, on garde pour nous et on vous fait payer une licence pour la suite ». CâĂ©tait une crainte que beaucoup avaient, et du coup notre mode de travail⊠la maniĂšre dont on gĂ©rait dĂ©jĂ Ă©tait rassurant. Du coup, on a pu construire cette idĂ©e que plus on partage le copyright, plus câest protĂ©gĂ©, et plus la licence est figĂ©e. Câest un peu ce qui sâest passĂ© avec le kernel Linux (NDLR : noyau Linux), qui dâailleurs nâa pas pu passer Ă la GPL3 parce quâil nâest pas possible dâavoir lâaccord de tous les contributeurs. Ă lâĂ©poque, la clause initiale nâavait pas mis « ou plus tard ». Câest ça, donc câest une GPL2 stricte.
Nicolas: ça nous permet dâembrayer sur la fondation, parce que la fondation vient dâune de ces craintes en rĂ©alitĂ©.
Ă ce moment-lĂ , on avait B2CK, et on est allĂ©s rencontrer des gens en Espagne qui Ă©taient utilisateurs dâOpenERP et contributeurs de certains modules, etc. Une de leurs craintes, câĂ©tait en effet que B2CK copie ce quâavait fait Tiny et prenne le contrĂŽle sur la chose. Et une façon de les rassurer, câĂ©tait de crĂ©er la fondation. La fondation, câest un mĂ©canisme juridique en Belgique qui permet de crĂ©er une sorte de sociĂ©tĂ© avec un but particulier, qui doit ĂȘtre non commercial, si je me rappelle bien.
Nicolas Evrard
CĂ©dric: câest sĂ©curiser un bien.
On a dĂ» donner Ă la fondation un bien, qui est en fait le nom Tryton, simplement. La fondation a pour objet de le protĂ©ger. Donc, on a dĂ©fini des rĂšgles, mais ce sont des rĂšgles immuables. On ne peut plus modifier lâobjet de la fondation, et ça, câest une garantie qui va au-delĂ de simplement sâengager. LâĂtat nous oblige Ă respecter cette situation.
Cédric Krier
Nicolas: si dâaventure, le conseil dâadministration de la fondation ne respecte pas les rĂšgles, par exemple en fermant le code source, nâimporte qui pourrait attaquer ce conseil dâadministration devant les tribunaux belges en lâoccurence, pour faire respecter le caractĂšre open source.
Walid: et donc là , vous décidez de créer la fondation. Là , on est en quelle année ?
Cédric: en 2012.
Nicolas: ouais, novembre 2012. On peut voir ça comme une façon de rassurer les gens, parce quâau final, pour nous, on ne voyait pas le problĂšme.
CĂ©dric: on avait sĂ©curisĂ© en quelque sorte le code source, mais lâautre risque, câĂ©tait le nom. La marque Tryton et le nom de domaine Ă©taient la propriĂ©tĂ© de B2CK. On les avait achetĂ©s avec B2CK, parce quâil fallait bien sortir les fonds Ă un moment donnĂ©. Et du coup un des risques Ă©tait quâon prenne le contrĂŽle du domaine et quâon pointe vers autre chose. Tout le travail de construction de la marque soit volĂ© en quelque sorte. CâĂ©tait une maniĂšre de protĂ©ger le projet.
On a cherchĂ© la bonne forme juridique. Ce nâest pas Ă©vident parce que les juristes ne font pas ça souvent et ne comprennent pas toujours la demande, la difficultĂ©. Mais aussi ce qui est souvent fait, ce sont des organisations type ASBL (NDLR : association sans but lucratif), mais ça ne protĂšge pas de la mĂȘme maniĂšre. Il y a toujours moyen de prendre le contrĂŽle dâune ASBL et de changer son objet social.
Cédric Krier
Donc, ça a pris du temps entre chercher, Ă©crire des statuts qui nous conviennent et qui protĂ©geaient le projet. De trouver un mĂ©canisme qui permet un bon Ă©quilibre entre ceux qui vont avoir la responsabilitĂ© de la fondation et le reste de la communautĂ© qui va avoir une espĂšce dâĂ©quilibre de pouvoir. VoilĂ donc ça ça a Ă©tĂ© des choses Ă inventer et Ă imaginer.
Nicolas: dans notre fondation, on a le principe des supporters, parce quâune fondation ne peut pas avoir de membres. Le terme « membre » ne pouvait pas apparaĂźtre dans les statuts, donc on a utilisĂ© le terme « supporter ». Les gens deviennent des supporters de Tryton et constituent une assemblĂ©e des supporters. Cette assemblĂ©e des supporters peut, Ă une majoritĂ© de 2/3 ou 50%, â je ne sais plus, de toute façon ça nâarrive jamais â dĂ©cider changer complĂštement le board de la fondation. Il est Ă©lu pour 5 ans.
Walid: ce board, il est composé de qui ?
CĂ©dric: Ă la crĂ©ation, on Ă©tait trois fondateurs, donc les trois propriĂ©taires de B2CK. On est fondateurs parce que câest nous qui apportons le bien. Donc on a une qualitĂ© juridique spĂ©ciale. On a choisi quatre autres membres. Donc, on sâest mis tous les trois dans le nombre fondateur, dans le conseil dâadministration, et on a inclus quatre autres membres. Alors, on a essayĂ© dâavoir une diversitĂ© gĂ©ographique.
Nicolas: il y avait Udo dâAllemagne, Albert dâEspagne. Sharon dâInde, et le quatriĂšme,
Cédric: Sebastien,
Nicolas: ah bah si, voilĂ , eĂ©bastian, donc dâArgentie.
CĂ©dric: dâArgentie. Donc on a essayĂ© dâavoir une universitĂ© gĂ©ographique, aussi de pays, Ă©videmment, de langues, enfin de cultures, enfin dâessayer de reprĂ©senter la diversitĂ© quâil y a dans la communautĂ© dans le bord. Ensuite, le bord se renouvelle tous les cinq ans par cooptation. On lance un appel Ă candidats, en fait, pour quâils se prĂ©sentent. Câest comme ça que le bord dĂ©cide de fonctionner. Ăa, ce nâest pas vraiment dans les statuts. On va devoir aider les candidats et le bord prĂ©cĂ©dent choisit les membres suivants. Ăa peut ĂȘtre les mĂȘmes. Il nây a pas de limite sur le nombre de mandats que personne peut faire. Il est dĂ©jĂ assez difficile de trouver des gens. Câest en limite, on risque deâŠ
Walid: donc, il y a une fondation avec des membres qui sont représentatifs de la communauté. Il y a la communauté. Donc, je suppose que dans cette communauté, il y a des utilisateurs. Il y a aussi potentiellement des sociétés de services, des gens qui⊠quelle est la diversité de la communauté autour de Tryton ?
CĂ©dric: si tu parles juste des supporters, lĂ , on en⊠ĂȘtre supporters câest juste demander, il faut juste demander, donc il y a un peu tout, il y a des utilisateurs, il y a des dĂ©veloppeurs, il y a des sociĂ©tĂ©s de services qui fournissent du service sur Tryton. Donc on a vraiment tout type dâentitĂ©s. AprĂšs, si on veut parler de la communautĂ© plus gĂ©nĂ©rale, plus large, la partie vraiment vivante qui participe, etc., câest principalement quand mĂȘme des dĂ©veloppeurs qui sont⊠souvent des dĂ©veloppeurs qui sont dans une sociĂ©tĂ© qui fournit du service sur Tryton.
Nicolas: la communautĂ© se rassemble essentiellement autour du forum et on voit quâil y a quand mĂȘme une bonne petite partie de dĂ©veloppeurs allemands, pas mal dâhispanophones aussi qui font du GNU Health ou du Tryton.
Cédric: oui, au final,
on nâa pas une trĂšs claire vision de qui utilise Tryton, sur le forum, on a des pseudos, mais on ne sait pas toujours ce quâil y a derriĂšre. On a des Ă©vĂ©nements en live, et donc on peut mettre des visages sur des pseudos, mais câest toujours une partie. En fait, on est assez dans le flou de savoir qui utilise Tryton, et qui est vraiment dans la communautĂ©.
Nicolas Evrard
Walid: vous avez des clients que vous avez le droit de citer, juste pour donner un exemple, qui peut utiliser Tryton par exemple ?
Nicolas: jâai citĂ© Coopengo, oui, mais ce sont des gens qui font la verticalisation dont je parlais, Tryton, les assurances, câest un de nos principaux clients.
CĂ©dric: je crois quâon peut parler de Jurassic Fruit.
Nicolas: on a Jurassic Fruit,
CĂ©dric: câest un site. Câest un site de vente de fruits en ligne.
Nicolas: on a quelques⊠Ah oui, clients prestigieux, Saint Luc.
CĂ©dric: câest les leaders des boules de billard. Je crois quâils font 80% des boules de billard du monde. Et ils lâutilisent pour presque⊠ils sont en train de passer Ă presque tout leur processus.
CĂ©dric: oui, ils ont commencĂ© par la gestion dâentrepĂŽt et puis progressivement, ils rajoutent des fonctionnalitĂ©s, les achats, les ventes. Ils complĂštent, ils remplacent un ERP fait maison, historique, par Tryton.
Nicolas: on sait que dans les gens qui contribuent Ă Tryton, il y a une sociĂ©tĂ© qui fait je ne sais plus combien de pourcents des fraises qui sont faites en Espagne. VoilĂ . Donc Ă mon avis, câest des gens quâon ne connaĂźt pas, mais il y en a certains qui ont bonne part de marchĂ© dans leur secteur. Et ce qui se passe, câest que comme on nâa pas une entreprise tĂȘtiĂšre qui dirige le marketing, qui dirige le logiciel, au final, on ne sait pas. On ne sait pas ce qui se passe. Enfin, si, on le sait Ă©videmment, parce que comme on est quand mĂȘme des gens qui contribuent beaucoup, les gens nous parlent, mais au final, il y a quand mĂȘme des gens qui lâutilisent sans jamais rien nous dire.
CĂ©dric: et B2CK, si on revient sur B2CK, on a principalement comme client dâautres sociĂ©tĂ©s dâIT qui ont des clients. Donc, on est souvent plutĂŽt en deuxiĂšme niveau. On a certains clients en premier niveau direct, mais on a principalement des clients en deuxiĂšme niveau. Donc, du coup, on peut un peu deviner les clients quâil y a derriĂšre. Oui, et il y a aussi un point en plus. Je pense quâil y a aussi une partie de rebranding. Donc, il y a des sociĂ©tĂ©s de service qui vont installer Tryton, mais sans dire que câest Tryton. Peut-ĂȘtre juste rebrandant le logo, ou en faisant un logo Ă leur sauce, et en mettant un petit thĂšme sur sur le client et hop, ils en font leur solution. Dans un sens, ça nous va. Ils ont tout Ă fait le droit de le faire. Câest un peu regrettable pour la notoriĂ©tĂ© du projet.
Walid: vous avez parlĂ© dâun forum. Quels sont les outils qui sont utilisĂ©s pour collaborer ?
Nicolas: alors le forum, câest Discourse. Plus en plus de logiciels libres sont en train dây passer.
CĂ©dric: on a un forum IRC. PlutĂŽt calme, parce que sur Discourse câest quand mĂȘme beaucoup plus agrĂ©able et plus asynchrone, donc ça permet beaucoup.
Nicolas: il y avait des mailing lists, mais on les a tuées pour Discourse.
CĂ©dric: on nâa pas voulu multiplier les canaux, disperser, sinon chacun reste dans son silo, dans son canal prĂ©fĂ©rĂ©. Donc on a vraiment tout centralisĂ© sur Discourse.
Nicolas: et puis ça fait barbu, les mailing lists.
Walid: IRC aussi.
CĂ©dric: et dâailleurs, maintenant que Discourse a⊠On a activĂ© aussi les chats sur Discourse. Câest vrai quâil y a un cĂŽtĂ© un peu redondant. LâintĂ©rĂȘt de lâIRC Ă©tait pour les petits messages rapides, quelquâun qui a un petit problĂšme, il peut poser sa question et avoir une rĂ©ponse rapidement. En fait, le chat de Discourse pourrait remplacer IRC dans un sens.
Walid: et pour les forges ?
Cédric: on a notre dépÎt sur Mercurial depuis le début.
Nicolas: et câĂ©tait self-hostĂ© (NDRL : auto-hĂ©bergĂ©)
CĂ©dric: oui, on lâa hostĂ© sur nos serveurs avec juste le service web de base quâil y a dans Mercurial. Et on utilisait Rietvelt comme outil de Code Review (NDLR : revue de code). CâĂ©tait lâoutil que Guido van Rossum, lâinventeur de Python, avait Ă©crit quand il travaillait chez Google pour le review du projet Python, que le projet Python a arrĂȘtĂ© dâutiliser depuis quelques annĂ©es. Le projet nâest plus trop maintenu, je pense quâon devait ĂȘtre les derniers encore Ă lâutiliser. Du coup, ça nous a poussĂ© Ă chercher une solution alternative. Et lĂ , depuis un an, on est passĂ© sur une forge qui sâappelle Heptapod, qui est en fait un fork de GitLab avec le support Mercurial. Câest un fork qui se veut friendly (NDLR : amical), donc en fait, ils viennent juste rajouter des composants pour supporter Mercurial Ă la place de Git. Et on est hostĂ© sur leur plateforme. Ils ont une plateforme de⊠Donc câest foss.heptapod.net. Donc lĂ , on a notre projet Tryton quâon a migrĂ© maintenant en un monorepo. Donc avant, on avait un dĂ©pĂŽt par projet et module. Pour la migration, pour le passage Ă la forge, on a fait un monorepo. Les modifications quâon fait ont assez souvent des implications dans plusieurs modules, voire mĂȘme dans tous les modules. Câest beaucoup plus pratique dâavoir une seule Merge Request globale qui contient tout lâhistorique du changement que dâavoir plein de petits dĂ©pĂŽts avec des Merge Requests qui doivent ĂȘtre faites en mĂȘme temps. En plus, ça permet aussi dâavoir une CI (NDLR : intĂ©gration continue) qui est beaucoup plus stable puisquâon teste toujours un tout cohĂ©rent, une version, enfin un snapshot de lâensemble du logiciel.
Nicolas: câest la fondation qui a sponsorisĂ© le switch.
Walid: oĂč est-ce quâil en est le projet aujourdâhui et quels sont les points forts de Tryton en fait ? Pourquoi Tryton est bien adaptĂ© aujourdâhui maintenant ?
CĂ©dric: moi je dirais la modularitĂ©. On a vraiment poussĂ© le concept vraiment Ă lâextrĂȘme, câest-Ă -dire quâon peut, via lâajout dâun module, modifier quasiment nâimporte quel comportement du logiciel. Donc on peut modifier les flux standards quâon implĂ©mente, qui sont des flux gĂ©nĂ©ralement classiques, mais chaque entreprise a sa petite spĂ©cificitĂ©, etc. Donc on peut aller se plugger (NDLR : brancher) nâimporte oĂč dans le code pour altĂ©rer le comportement et adapter aux besoins, et donc de pouvoir vraiment sâadapter Ă des flux de travail trĂšs spĂ©cifiques.
Nicolas: par contre, par rapport oĂč on est le projet en gĂ©nĂ©ral, lĂ ,
Cédric: on est en vitesse de croisiÚre, je dirais
Nicolas: oui câest ça, on a une vitesse de croisiĂšre. Nous, B2CK, on connaĂźt pas mal dâentreprises qui utilisent Tryton depuis 10, 15 ans et qui fonctionnent.
Alors, on ne connaĂźt pas lâexplosion exponentielle que connaĂźt par exemple Odoo. Ăa, câest sĂ»r, on ne va pas le nier. Personnellement, ce nâest pas quelque chose que je recherche particuliĂšrement, donc ça ne mâinquiĂšte absolument pas. Oui, on pourrait probablement avoir plus de dĂ©veloppeurs, mais ça ne vient pas non plus sans dâautres contraintes et sans parfois une certaine friction ou des choses ainsi.
Nicolas Evrard
Cédric:
il est assez facile dâavoir des gens qui veulent contribuer, dâajouter des modules, de faire un module pour leurs besoins, etc. Ce qui est beaucoup plus difficile, câest dâavoir des contributeurs qui vont faire vraiment le travail de maintenance du projet, maintenir les dĂ©pendances Ă jour, faire Ă©voluer sur les nouvelles versions, corriger des bugs un peu compliquĂ©s dans le cĆur, etc. Ou mĂȘme juste optimiser.
Cédric Krier
Vraiment tout ce qui est travail dâoptimisation, dâamĂ©lioration, vraiment dans le cĆur du moteur. On a B2CK qui travaille et on a quelques contributeurs qui le font. Ce nâest pas Ă©norme et câest difficile de trouver parce que ce nâest pas Ă©vident. Il faut avoir beaucoup dâexpĂ©rience, connaĂźtre bien lâintĂ©gralitĂ© du code parce que quand on touche au cĆur, ça peut avoir des impacts partout. Ce nâest pas Ă©vident. Mais il y a beaucoup de dĂ©veloppement qui est fait, mais en dehors vraiment de Tryton. Il y a des dĂ©pĂŽts un peu partout qui existent, de projets personnels ou de sociĂ©tĂ©s qui implĂ©mentent des modules spĂ©cifiques aux besoins quâils ont rencontrĂ©s, etc. Donc il y a toute une partie de modules qui existent dans la nature. Dâailleurs, il y a un projet dâessayer de mettre en place, de faire une cartographie, un rĂ©pertoire dâun peu tous ces modules externes pour donner un peu de visibilitĂ©.
Walid: dernier point que je voulais aborder, qui Ă©tait le futur en fait. Quels sont les gros sujets que vous estimez ĂȘtre importants pour lâavenir ?
Nicolas: au niveau de la communautĂ©, il y a cette cartographie des modules tiers. On se demande aussi sâil ne faudrait pas⊠Mais ça, câest une grosse « polĂ©mique » dans la communautĂ© de savoir si les modules doivent ĂȘtre hĂ©bergĂ©s ou pas par le projet lui-mĂȘme ou par des externes. Nous, naĂŻvement, on pensait que ça se ferait tout seul, mais ça nâa pas lâair de⊠ForcĂ© de constater que ça ne sâest pas fait. Il nây a pas non plus de cartographie qui sâest faite toute seule, un peu Ă la Django Package. Django Package, par exemple, câest vraiment bien, ça montre tous les packages, les gens peuvent mettre des commentaires, etc. Mais ce nâest pas le projet de Django qui a dĂ©cidĂ© de le faire, câest dâautres gens qui lâont fait, et puis ils se sont dit, ah, câest cool,
Cédric: on peut reprendre.
Nicolas: Django le reconnaĂźt,
Cédric: quoi.
Nicolas: il y a ça au niveau de la communautĂ©, je pense que ça va prendre encore du temps pour que ça arrive, puisque ça traĂźne depuis des annĂ©es. Mais je pense que sâil y a une volontĂ© plus forte maintenant que ça arrive, je pense que ça arrivera. Et puis, il y a des dĂ©fis techniques qui sont des mises Ă jour. Il faudrait quâon mette Ă jour le client, par exemple, Ă GTK4. Jâen parle quasi tous les ans. On pourrait réécrire⊠le JavaScript quâon utilise est datĂ©, on pourrait le rĂ©organiser autrement, on pourrait le moderniser, ça simplifie la vie Ă plein de gens.
CĂ©dric: on a lâidĂ©e dâimplĂ©menter une API REST avec une architecture particuliĂšre pour permettre de dĂ©velopper plus facilement des sites connexes et communiquer juste avec une API REST. Pour lâinstant, la maniĂšre dont on dĂ©veloppe ce genre de site est fort couplĂ©e avec Tryton. Donc je pense que ce serait bien de pouvoir le dĂ©coupler un peu plus avec une API. Ăa, câest un des projets.
Nicolas:
on dit souvent quâon nâa pas de roadmap, les gens nous demandent parfois » est-ce quâil y a une roadmap, quand est-ce que ce module-lĂ va ĂȘtre disponible ? ». En fait, ça nâexiste pas. Câest la communautĂ© qui le fait, et alors la communautĂ© le fait soit en le dĂ©veloppant elle-mĂȘme, soit en payant une des boĂźtes dans la communautĂ© pour le faire.
Nicolas Evrard
CĂ©dric: les dĂ©veloppements sont drivĂ©s par le besoin, en fait. Je viens de penser Ă un autre projet qui est aussi en cours, qui est la réécriture de la documentation. En fait, il y a un an et demi, deux ans, on a structurĂ© la maniĂšre dont on voulait documenter chaque module avec un squelette prĂ©dĂ©fini quâon doit appliquer Ă tous les modules. On a dĂ©jĂ réécrit la documentation pour les principaux, on a réécrit 50. La difficultĂ©, câest quâil faut connaĂźtre pour réécrire la doc, et une fois quâon connaĂźt, ce nâest pas trĂšs intĂ©ressant dâĂ©crire la doc.
Walid: on arrive sur la fin de lâinterview. Jâavais, en guise de conclusion, des questions Ă vous poser. PremiĂšre question, câest quâest-ce que vous diriez pour parler de Tryton Ă des gens qui nâont pas dâERP ?
CĂ©dric: jâimagine que sâils nâont pas dâERP, ils travaillent avec Excel, ça permet de ne pas avoir des milliers de feuilles Excel Ă mettre Ă jour et Ă dupliquer, Ă copier-coller Ă gauche Ă droite et reporter des infos.
Nicolas: ça cadre les processus aussi. Il y aura moins de déviations par rapport à la norme et ça va permettre de mieux optimiser.
CĂ©dric: standardiser les processus et aussi la communication Ă lâintĂ©rieur de lâentreprise. Et donc on va pouvoir communiquer tout le monde avec la mĂȘme info. Lâinformation sera plus partagĂ©e, plus diffusĂ©e.
Nicolas: et en fonction aussi de la taille de lâentreprise, ça peut dĂ©finir mieux les tĂąches de chacun.
Walid: deuxiĂšme question, quâest-ce que vous diriez pour prĂ©senter Tryton Ă des personnes qui, comme moi, ont dĂ©ployĂ© dâautres ERP, libres ou pas libres ?
CĂ©dric: avec Tryton, la configuration, la personnalisation est trĂšs poussĂ©e. On peut rĂ©pondre aux besoins du client, de lâutilisateur quasiment dans tous les cas, et que la base sur laquelle va ĂȘtre reposĂ©e lâinstallation, donc la base sur laquelle on va construire, est saine et a un design cohĂ©rent et stable aussi. Mais on a basĂ© beaucoup de notre design au dĂ©but sur un bouquin de design dâERP, en fait : data model resource. Lâarchitecture, ce sur quoi on va⊠vous allez construire. Câest des bases stables et robustes.
Nicolas: et aussi que les migrations sont incluses.
Walid: ça introduit ma derniÚre question qui est comment est-ce que vous présenteriez Tryton à des libristes qui travaillent déjà sur des ERP libres comme Dolibarr ou Odoo ?
Cédric: les migrations sont incluses.
Walid: pour Dolibarr aussi. Dolibarr,
Nicolas: câest pas inclus.
Walid: ah si, câest dedans. Si, si, je peux dire que câest dedans les migrations.
Nicolas: par Odoo par exemple ça lâest pas.
Walid: Ă part la migration.
CĂ©dric: Tryton fonctionne. Est vraiment orientĂ© objet. On travaille sur des objets quâon fait Ă©voluer, sur lesquels il y a des flux, des dĂ©connexions, etc. En fait, câest assez agrĂ©able, parce quâon nâa pas besoin dâĂ©crire beaucoup de code pour rĂ©pondre aux besoins. Le code est assez clair et assez lisible, assez vite comprĂ©hensible.
Nicolas: pour Odoo, je rajouterais aussi, par exemple, quâon ne fait pas des calculs avec des float (NDLR : nombres flottants), tout bĂȘtement. Câest un peu mauvaise langue, mais voilĂ , quand on fait de la comptabilitĂ© avec des flots, câest pas terrible.
Walid: câest la private joke pour finir. On arrive Ă la fin. Est-ce que je vous fais une petite tribune libre si vous avez un message Ă passer ?
Nicolas: zut, je mâĂ©tais dit, câest le moment que je prĂ©fĂšre. Il pense Ă un truc cool et jâai oubliĂ©.
CĂ©dric: ben, Mercurial, câest cool. Câest mieux que Git.
Nicolas: oui, voilĂ .
Walid: vous ĂȘtes un des derniers que je connais qui utilisent Mercurial, si ce nâest les derniers.
CĂ©dric: ah bon ? En fait, Mercurial est utilisĂ© par Google, Facebook, Nokia. Câest probablement un des systĂšmes de version de source qui a probablement la plus grosse base, qui gĂšre les plus grosses bases de code.
Nicolas: oui, je ne mâaventurerais pas juste Ă dire ça.
CĂ©dric: alors, chez Google, je crois quâils réécrivent des bouts, etc. Mais câest des boĂźtes qui ont des monorepos qui sontâŠ
Walid: câest en tout cas la premiĂšre fois quâon parle sur Projets Libres! de Mercurial.
Nicolas: on peut expliquer pourquoi ?
CĂ©dric: ce qui est vraiment bien avec Mercurial, câest la ligne de commande. Les options sont cohĂ©rentes, le fonctionnement est cohĂ©rent Ă lâintĂ©rieur de tout le projet, et il nây a pas dâĂ©tonnement. Et en plus, câest extrĂȘmement difficile de casser son repo. Il y a des sĂ©curitĂ©s partout. Mercurial empĂȘche de faire des bĂȘtises, alors que je nâutilise plus trĂšs souvent Git. Mais chaque fois que jâutilise, rĂ©guliĂšrement, je me trouve Ă casser mon repo et Ă devoir re-cloner parce que je suis perdu ou jâai perdu des dĂ©veloppements.
Nicolas: Mercurial, Ă ce cĂŽtĂ© : ils ont fait une ligne de commande qui est vraiment ultra clean et qui fait ce quâil faut, alors que Git, câest un vrai bordel. Alors, ça fait Ă©normĂ©ment de choses, câest super bien, câest super rapide, câest ultra performant, mais câest un bordel sans fin.
Walid: ça marche. Ăcoutez, merci beaucoup dâavoir pris du temps pour Ă©changer 15 ans aprĂšs sur Tryton pour voir un petit peu les solutions trĂšs intĂ©ressantes que vous avez mises en place et assez originales finalement comme lâhistoire de la fondation. Ăa, câest vraiment hyper intĂ©ressant de pouvoir Ă©changer lĂ -dessus. Jâinvite tout le monde Ă aller voir Tryton. Je mettrai les liens, bien sĂ»r, en description. Comme dâhabitude, aux auditeurs, aux auditrices, parlez-en autour de vous. NâhĂ©sitez pas Ă commenter. Le meilleur moyen de commenter, câest sur Mastodon ou aussi sur LinkedIn. Les deux, je rĂ©ponds. Câest les deux maniĂšres les plus simples. Ă bientĂŽt. JâespĂšre vous reparler dans quelques temps. Portez-vous bien et Ă une prochaine.
Nicolas: merci,
Cédric: salut.
Walid: Ă bientĂŽt.
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